Hyperloop : de la science-fiction à la priorité du prochain commissaire européen aux Transports
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a chargé son nouveau commissaire aux Transports de développer l’hyperloop, mais un test récent de cette technologie montre qu’il reste beaucoup à faire avant qu’elle ne devienne le prochain mode de transport à grande vitesse.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a chargé son nouveau commissaire aux Transports de développer l’hyperloop, mais un test récent de cette technologie montre qu’il reste beaucoup à faire avant qu’elle ne devienne le prochain mode de transport à grande vitesse.
L’hyperloop est un système de transport de pointe dans lequel une capsule est poussée dans un tube hermétique sans air. Les capsules sont censées voyager plus vite que les avions — jusqu’à 700 kilomètres par heure — et le système est censé être énergétiquement plus économe que les trains.
Ces prouesses sont rendues possibles par la nature presque sans friction de la technologie, qui repose sur un vide à l’intérieur du tube et sur des aimants pour faire léviter les capsules.
Bien que ce système de transport n’en soit qu’à ses débuts, il a été mentionné dans la lettre de mission de la présidente Ursula von der Leyen au commissaire aux Transports qu’elle a désigné, le Grec Apóstolos Tzitzikóstas, qui doit encore être auditionné par le Parlement.
Le commissaire grec devra « proposer une stratégie pour la promotion et le développement de technologies de pointe telles que l’hyperloop », peut-on lire dans sa lettre de mission qui précise que le plan devra inclure un calendrier et une stratégie d’investissement.
« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu », a déclaré Roel van de Pas, directeur commercial de Hardt Hyperloop, citant Victor Hugo, lors du grand événement de l’European Hyperloop Centre (EHC) le 9 septembre. Son entreprise travaille actuellement sur le développement de la technologie de l’hyperloop.
Le véhicule Hardt Hyperloop a effectué son premier test avec succès lors de l’événement, parcourant 90 mètres dans le tube de 420 mètres de l’EHC, une installation d’essai ouverte située à Veendam, aux Pays-Bas.
Hardt Hyperloop fait partie du programme de développement de l’Hyperloop (HDP), un partenariat public-privé financé par la Commission européenne.
Loin de devenir une réalité
« Cette réussite marque une étape clé vers la concrétisation de l’hyperloop en Europe et dans le monde entier », a annoncé Roel van de Pas aux journalistes.
Jusqu’à présent, cependant, seuls des composants individuels de la technologie hyperloop ont été testés. Les éléments de traction, y compris la lévitation magnétique, ont été éprouvés lors de l’événement, mais d’autres pièces clés manquaient.
Par exemple, le véhicule s’est déplacé à moins de 30 kilomètres par heure, ce qui est loin de la vitesse rapide annoncée.
Sur un site d’essai hyperloop à Lausanne, des vitesses atteignant jusqu’à 100 kilomètres par heure ont été atteintes, affirme Klaus Rudischhauser, directeur général du HDP, à Euractiv.
Le test de Veendam a été réalisé dans des conditions atmosphériques, ce qui signifie que le tube ne contenait pas de vide. Pourtant, le communiqué de presse qui l’accompagne indique que « l’infrastructure hyperloop de l’EHC a déjà démontré sa capacité à maintenir […] la pression envisagée pour un système hyperloop opérationnel ».
D’autres aspects importants n’ont pas été démontrés ni testés, notamment la capacité des capsules à changer de voie et à prendre des virages.
Le premier essai de changement de voie n’aura lieu qu’à la fin de cette année à l’EHC, avec une vitesse promise de 100 kilomètres par heure.
Interrogé par Euractiv sur la date à laquelle la technologie de l’hyperloop sera validée, le directeur général du HDP indique qu’elle serait certifiée et démontrée d’ici 2030.
L’hyperloop contre le rail
L’hyperloop se présente comme une solution rapide et économe en énergie, avec « une consommation d’énergie dix fois inférieure à celle des voitures ou des avions », selon le communiqué de presse de l’événement EHC.
Les avantages promis comprennent également des coûts d’exploitation et d’investissement inférieurs à ceux du transport ferroviaire et une « intégration territoriale moins compliquée », ce qui signifie que les tubes Hyperloop pourraient être plus faciles à déployer que le transport ferroviaire à grande vitesse conventionnel.
Toutefois, le déploiement d’un réseau hyperloop nécessitera des investissements importants, qui pourraient, à un moment donné, entrer en concurrence avec les fonds réservés au transport ferroviaire. Roel van de Pas assure que ce ne sera pas le cas.
Conçues pour transporter une cinquantaine de passagers, les capsules hyperloop se veulent très ciblées et offrent des liaisons directes sans arrêts intermédiaires.
Le prix des billets, quant à lui, devra être compétitif, ajoute le directeur commercial de Hardt Hyperloop.
Avant son intégration au portefeuille du nouveau commissaire aux Transports, la Commission avait promis un cadre réglementaire pour l’hyperloop, qui devait être publié en 2023 et qui n’a toujours pas vu le jour.
Les observateurs ne sont pas tous convaincus. « Pourquoi les décideurs politiques parlent-ils toujours d’hyperloop ? Ce sont des dispositifs voués à l’échec ! », a écrit sur LinkedIn Philip Amaral, directeur des politiques et du développement à la Fédération européenne des cyclistes, ajoutant que l’hyperloop est un « concept technologique complètement mort ».
Pour le directeur commercial de Hardt Hyperloop, le système hyperloop doit commencer à être considéré comme une solution politique plutôt que comme de la science-fiction — un objectif qu’Apóstolos Tzitzikóstas pourrait bien atteindre, s’il est confirmé dans son rôle par les eurodéputés à l’issue des prochaines auditions parlementaires.