Incendies : nouveau coup dur pour les vignerons français

Après le gel du printemps, les incendies : dans le sud de la France, de nombreux vignobles viennent d’être ravagés par les flammes. Brice Eymard, directeur général du Conseil interprofessionnel des Vins de Provence, revient sur les dégâts et les attentes des vignerons.

Euractiv France
Wildfires in southern France
En plus de milliers d'hectares de forêt, les feux dans le sud de la France auront aussi ravagé de nombreux vignobles. [Guillaume Horcajuelo/epa]

Après le gel du printemps, les incendies : dans le sud de la France, de nombreux vignobles viennent d’être ravagés par les flammes. Brice Eymard, directeur général du Conseil interprofessionnel des Vins de Provence, revient sur les dégâts et les attentes des vignerons.

L’année 2021 aura été rude les producteurs français. Après une vague de gel dévastatrice en avril et des inondations au mois de juillet, l’heure est aux incendies.

Dans le Var, théâtre du plus important incendie de l’année, les feux, déclarés le 16 août mais maîtrisés seulement ce lundi (23 août), auront détruit plusieurs milliers d’hectares de forêt en une semaine – mais pas que : selon les premières estimations, jusqu’à mille hectares de vignes ont subi l’impact des flammes. Un nouveau coup dur pour la filière, à quelques jours seulement du début des vendanges.

S’il est encore trop tôt pour chiffrer les dégâts, Brice Eymard, directeur général du Conseil interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP), estime qu’au moins une trentaine de vignerons auront été impacté par l’incendie, sur les 70 travaillant sur la zone concernée. « A l’échelle de notre appellation, l’impact n’est pas énorme », explique-t-il en entretien avec EURACTIV France, « mais à l’échelle des vignobles, c’est dur ».

La bonne nouvelle : tout n’aura pas été perdu dans les flammes. Car les vignes sont en effet un pare-feu naturel. « Le bois de vigne ne prend pas facilement feu », explique M. Eymard. Conséquence : habituellement, même sur les parcelles les plus touchés, seulement les premiers rangs sont véritablement brûlés – à moins qu’il s’agisse de très petites parcelles.

Le vrai problème est ailleurs. « Là où le feu aura été très proche, la chaleur aura fait sécher les feuilles des plantes. Le cèpe lui-même n’est donc pas mort, mais les feuilles de l’année vont tomber et le raisin ne va pas pouvoir terminer de mûrir. On a donc beaucoup de bords de parcelles qui deviennent non-vendangeables. »

Même problématique pour les zones aspergées de retardants – produits chimiques qui rendent les raisins impropres à la consommation – ou couverts de cendres. Enfin, la fumée aussi peut avoir un impact négatif, en imprégnant le raisin et lui conférant un goût de brûlé. « Ça, les vignerons le verront qu’au moment de la vendange, en goûtant le raisin, mais ça peut aussi ressortir seulement plus tard, au moment de la vinification », explique M. Eymard.

Le directeur général du CIVP se veut néanmoins optimiste : « On a bon espoir qu’une grande partie des parcelles touchées restent vendangeables. »

L’urgence dans l’immédiat, c’est surtout de rendre ces vendanges possibles : alors que ceux-ci doivent commencer dans les jours qui viennent, les vignerons touchés devront faire analyser chaque parcelle pour identifier les parties qui restent vendangeables. Autre mesure à mettre en place d’urgence, un tri pour séparer les raisins en fonction de l’impact subi et attendre l’évolution du goût du vin.

Enfin, pour les producteurs ayant perdu leur matériel dans les flammes, il s’agira d’emprunter le nécessaire avant le début des vendanges. « On voit qu’il y a une grande solidarité qui se met en place pour ceux dont le matériel ou la cave ont été touchés », selon M. Eymard, sous forme notamment de prêts de matériel à travers la chambre d’agriculture ou par les fournisseurs, mais aussi la mise en place de cagnottes.

Mais si les assurances et la solidarité sur place devront aider les vignerons à faire face aux dégâts actuels, quelle perspective pour l’avenir, alors que le changement climatique rend les extrêmes météorologiques de plus en plus probables ? Sur la zone touchée par l’incendie, la Plaine des Maures, « nous sommes dans une zone naturelle, donc les vignerons sont soumis à beaucoup de contraintes », explique M. Eymard. Le débroussaillage y est interdit et l’implantation de nouvelles vignes strictement encadrée.

Pour le directeur général du CIVP, il est « important que cela évolue, que nous puissions mettre en place les pratiques pour préserver les vignes à l’avenir ». Les vignerons demandent en outre une accélération du système d’aide et d’autorisation de renouvellement des parcelles – faute de quoi il faudra attendre 2022 pour pouvoir remplacer les pieds brûlés. En comptant trois à quatre ans après cela jusqu’à ce que ces vignes deviennent productives, le chemin de croix se fait décidément long pour les producteurs français sous le coup des extrêmes météorologiques depuis le début de cette année.