Les vols se multiplient dans les exploitations agricoles européennes
Les exploitations françaises et européennes vont face à une recrudescence de vols, un phénomène d'ampleur qui s'explique en partie par l'inflation.
Les exploitations françaises et européennes vont face à une recrudescence de vols, un phénomène d’ampleur qui s’explique en partie par l’inflation.
Si les fermiers ont toujours eu à subir des vols de fruits et autres larcins, le phénomène a pris une tournure nouvelle. « Des vols pendant les vendanges, c’est déjà arrivé, mais c’est la première fois que je me fais vendanger toute la parcelle », raconte à Euractiv Catherine Hannoun, vigneronne dans le Jura, à Port-Lesnay.
Sur 32 ares de culture, il ne lui en reste plus que deux. Mi-septembre, alors qu’elle était en déplacement, entre 2 et 2,5 tonnes de raisin ont été dérobées. Elle déplore un manque à gagner de 40 000 euros. « Ce niveau d’agression est dépitant. On s’en prend au fruit de notre travail et à notre travail tout entier », s’insurge-t-elle.
Cette année, trois exploitations viticoles du Jura ont subi des vols à grande échelle. Une année exceptionnelle, d’après l’interprofession des vins du Jura.
Mais les vignes ne sont pas les seules à attirer les ennuis. Dans la nuit du 24 au 25 septembre, 400 kg de tomates ont été dérobés dans une ferme urbaine près de Nantes. Dans le nord de la France, les fermiers déplorent un « vol massif’ de légumes. Cela concerne aussi les machines, et autres équipements. Cette année, dans l’Eure, un exploitant a récemment alerté contre la multiplication des vols de GPS.
Inflation
« Les chiffres sont à consolider, mais nous voyons une progression du phénomène qui était déjà très élevé 2022. Cela se généralise et se banalise du fait de l’augmentation des prix alimentaires et du gasoil », explique à Euractiv Luc Smessaert, vice-président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).
Le vol pourrait donc s’expliquer en partie par l’inflation alimentaire qui a augmenté de 11,1 % cette année. Mais pas seulement.
« Lorsque des gens vendangent une rangée entière de parcelles, on sait que ce n’est pas pour nourrir une famille. Nous avons affaire à un marché parallèle », précise M. Smessaert.
S’il est difficile de savoir où se retrouvent les produits dérobés, les données concernant les vols de tracteurs révèlent un trafic impliquant des filières de pays de l’est de l’Europe, en ce moment la Roumanie, et Moldavie, selon l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) récemment interrogé par Radio France. Chaque année, plusieurs centaines de tracteurs se retrouvent sur un marché parallèle.
Rondes de gendarmerie
Pour prévenir ce phénomène, chaque département français mobilise des gendarmes spécialisés pour assurer une surveillance renforcée des exploitations. Un dispositif émanant de la Cellule Démeter, lancé en 2019 par le ministère de l’Intérieur pour lutter contre l' »agribashing ».
Cette cellule s’accompagne d’initiatives régionales, comme le « plan champagne » dans la région du même nom, proposant une visibilité renforcée de la gendarmerie dans le domaine viticole, ou l’opération « On ne vous lâche pas la grappe ! » lancée dans le Jura avec une sensibilisation des viticulteurs et des vendangeurs aux risques de vol notamment.
Ces mesures portent leurs fruits selon le vice-président de la FNSEA, qui rappelle que des filières de vente de produits de « luxe » comme l’ail, les huîtres ou le raisin ont été démantelées. Les données remontent désormais plus vite grâce à ce maillage territorial, et les agriculteurs portent plainte plus facilement qu’auparavant.
« Il faut que cesse l’impunité »
Alors que les vendanges battent leur plain sur les coteaux jurassiens, la vigneronne Catherine Hannoun attend le retour au calme pour se réunir avec les viticulteurs de la région et réfléchir à de nouveaux modes de protections. « Il y a certes des patrouilles, mais on peut toujours facilement rentrer dans l’exploitation », se désole-t-elle, en attendant les résultats de l’enquête en cours.
« Il faut que cesse l’impunité, les sanctions doivent être plus importantes. S’attaquer à une exploitation c’est comme s’en prendre à une pharmacie, c’est intolérable. D’autant qu’il y a des salaires à payer, des contrats à honorer… Les gens ne se rendent pas compte », insiste Luc Smessaert.
Selon lui l’État doit mettre plus de moyens dans la répression des fraudes pour contrer le marché parallèle de produits agricoles. Il suggère d’amplifier les rondes de gendarmes, notamment en été pendant les vacances, et rappelle aux agriculteurs d’être vigilants, d’installer des caméras dans les exploitations, et porter de plainte.
Ces cris d’alerte se font également entendre ailleurs en Europe, que ce soit en Italie, ou en Espagne. Au Royaume-Uni, les autorités déplorent 300 % d’augmentation de vols de machines agricoles en 2023. Une récente enquête menée dans les fermes irlandaises révèle que plus de la moitié des agriculteurs ont été victimes de vol.