INTERVIEW : La musique indé subit des dommages collatéraux dans la lutte de l'UE contre les déchets

La plateforme de vente de musique en ligne Bandcamp met en lumière les conséquences imprévues de la politique environnementale et commerciale de l'UE

EURACTIV.com
[Photo : Peter Nicholls/Getty Images]

Le secteur mondial de la musique indépendante est mis à mal par une série de nouvelles réglementations européennes, affirme Paul Langworthy, directeur général de Bandcamp, une plateforme en ligne sur laquelle les musiciens vendent leurs morceaux et leurs produits dérivés directement à leurs fans.

Véritable géant parmi les petits acteurs de l’industrie musicale indépendante, Bandcamp tire la sonnette d’alarme face à une tempête réglementaire européenne qui imposera une taxe de 3 € sur les petits colis, une taxe supplémentaire potentielle de 2 € sur les colis en provenance de pays non européens, ainsi qu’une nouvelle loi visant à endiguer la vague croissante de déchets d’emballage.

« L’Union européenne doit penser aux PME qui commercent vers et au sein de l’UE – en particulier vers l’UE – d’une manière plus globale qu’elle ne le fait aujourd’hui », déclare Langworthy à Euractiv. 

Il se fait l’écho d’un concert d’inquiétudes de la part des petits commerçants, qui considèrent le récent règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) comme une menace potentiellement existentielle pour leurs activités. Ces règles obligent les vendeurs à désigner un représentant agréé dans chaque pays de l’UE vers lequel ils expédient leurs marchandises, les frais s’élevant de plusieurs centaines d’euros à 1 000 €. 

Cette mesure arrive à un mauvais moment pour un secteur musical indépendant déjà mis à mal par l’essor des services de streaming depuis plus d’une décennie. « Nous constatons déjà l’impact de la petite taxe à l’importation de 3 euros », explique Langworthy. « Nous observons une baisse d’environ 7 % des importations européennes de musique depuis sa mise en œuvre en juillet. » 

Bandcamp est devenu une bouée de sauvetage pour les labels indépendants et les musiciens, qui peuvent vendre des vinyles, des CD, des cassettes audio et des produits dérivés directement à leurs fans. « Certains artistes et labels prospèrent sur Bandcamp, mais pour beaucoup, il s’agit avant tout de survivre », explique Langworthy. 

« Le sujet de toutes les conversations »

Les vendeurs conservent 80 % des recettes générées par les ventes sur Bandcamp, contre seulement quelques centimes pour 1 000 écoutes sur les plateformes de streaming telles que Spotify, leader du marché, qui a enregistré un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars l’année dernière. Bandcamp évolue à un tout autre niveau, avec un chiffre d’affaires de 225 millions de dollars l’année dernière, généré en partie par la vente directe de 1,65 million de vinyles et de 850 000 CD.

Les nouvelles règles européennes sur les déchets d’emballage ont suscité cet été un tollé sur les réseaux sociaux de la part des micro-entrepreneurs. Le coût de la mise en conformité avec le PPWR est « inabordable pour les artistes et les petits labels », affirme Langworthy. Les maisons de disques ont demandé à Bandcamp de permettre aux utilisateurs de refuser l’expédition de produits vers l’UE.

Cette question a été identifiée comme un obstacle majeur pour le secteur lors de la cérémonie des Awards de l’Association of Independent Music (AIM) de cette année, qui s’est tenue à Londres le 22 septembre. « C’est le sujet de toutes les conversations », affirme Langworthy.

Un ralentissement des ventes dans l’UE aurait un impact considérable sur les résultats financiers de Bandcamp, l’UE étant son deuxième marché en importance depuis le Brexit. « Environ 25 % de nos vendeurs et environ 25 % de nos acheteurs sont basés dans l’UE », ajoute-t-il.

La plateforme de musique indépendante, ainsi que les musiciens qui comptent sur les ventes directes pour gagner leur vie, se tournent désormais vers les gouvernements de l’UE et le Parlement européen pour qu’ils interviennent, avec une proposition d’exemption pour les entreprises utilisant moins de 10 tonnes de matériaux d’emballage par an.

(ow, rh)

Mis à jour le 28 septembre afin de préciser le titre du poste de Langworthy.