Jordan Bardella se cherche une stature internationale au Parlement européen
Le président du tout nouveau groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe (PfE), Jordan Bardella, va siéger en commission des Affaires étrangères (AFET) au Parlement européen. L’occasion de prendre de l’épaisseur sur les dossiers internationaux, expliquent ses amis.
Le président du tout nouveau groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe (PfE), Jordan Bardella, va siéger en commission des Affaires étrangères (AFET) au Parlement européen. L’occasion de prendre de l’épaisseur sur les dossiers internationaux, expliquent ses amis.
Jordan Bardella se rêvait à Matignon, il est finalement revenu sur les bancs du Parlement européen après la déconvenue des législatives, où le Rassemblement national (RN) et ses alliés sont arrivés en troisième position, derrière la coalition des gauches et des extrêmes-gauches et les troupes macronistes.
Le président du RN en a donc profité, à Strasbourg, pour intégrer la commission des Affaires étrangères (AFET).
« C’est un choix délibéré », explique pour Euractiv l’eurodéputée RN Mathilde Androuët, proche du président du parti. « S’occuper des affaires internationales montre que l’on atteint la maturité. C’est un thème qui vous donne une envergure », veut-elle croire.
La commission AFET est en effet l’une des plus influente. Jordan Bardella y retrouvera ainsi plusieurs eurodéputés français de poids comme la tête de liste socialiste (Socialiste et démocrates, S&D) Raphaël Glucksmann, l’ancienne ministre chargée de l’Europe Nathalie Loiseau (Renew) ou encore l’ex-élue Reconquête! Marion Maréchal, membre du groupe d’extrême droite des Conservateurs et réformistes européens (CRE).
Jordan Bardella pourra aussi compter sur la présence de Pierre-Romain Thionnet, le président du RN de la jeunesse et son ancien assistant parlementaire avant d’être élu à Strasbourg. Selon lui, « la conception gaullienne de la Vème République impose que les sujets internationaux/défense soient au coeur des préoccupations du ‘chef’. Jordan Bardella étant notre président de groupe parlementaire et de notre parti, il est naturel qu’il s’y trouve », dit-il à Euractiv.
L’eurodéputé RN Thierry Mariani, membre de la commission AFET lors de la précédente mandature, a, lui, été exfiltré. « Chacun sait que nous n’avons pas la même appréciation [avec Jordan Bardella] de la situation sur la guerre en Ukraine », s’explique-t-il à Euractiv.
Ce dernier est en effet plus ambivalent sur l’appréciation de la menace que la Russie de Vladimir Poutine pourrait faire peser sur l’Europe, quand Jordan Bardella s’est voulu plus clair ces derniers mois, tout en maintenant une position ferme contre la livraison à Kiev de missiles susceptibles de frapper le territoire russe et l’envoi de troupes françaises sur le terrain.
L’alliance entre Orban et Bardella
« Les questions internationales vont occuper une place prépondérante lors de la prochaine mandature », confirme en tout cas l’eurodéputé (Renew) Bernard Guetta à Euractiv, dans le contexte notamment des élections présidentielle américaine à venir en novembre prochain. Dès lors, et quel que soit les dernières positions de Jordan Bardella en ce domaine, ses velléités inquiètent ses adversaires politiques.
« Il a été élu président d’un groupe politique intégralement pro-russe, anti-UE, anti-OTAN », dénonce Nathalie Loiseau auprès d’Euractiv.
Le président du RN n’a d’ailleurs pas manqué mercredi (17 juillet) de venir au secours de son nouvel allié, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, dont les membres de son parti Fidesz siègent avec le RN à Strasbourg. Jordan Bardella a en effet condamné la première résolution du nouveau Parlement, qui a réaffirmé le soutien des Vingt-Sept à Kiev sous la forme notamment d’une aide financière normalisée, et dénoncé le voyage de Viktor Orban à Moscou, après s’être rendu à Kiev, alors que la Hongrie préside le Conseil de l’UE pour les cinq prochains mois.
Nouvelle envergure peut-être, mais…
Outre son rôle à Strasbourg, Jordan Bardella va devoir aussi continuer d’occuper l’espace médiatique français et de contrôler l’organisation interne du parti dans la perspective de la présidentielle de 2027.
Dès lors, ses adversaires politiques s’interrogent, alors que l’eurodéputé est régulièrement raillé pour son absentéisme aux cessions de la précédente mandature, notamment au sein de la commission des Pétitions dans laquelle il siégeait, pas franchement réputée comme la plus débordante.
« S’il veut se donner une stature, qu’il commence par travailler au Parlement », s’amuse Chloé Ridel, eurodéputée socialiste et suppléante en AFET. « Et s’il se décide à y participer, nous le confronterons dans le cadre de nos travaux », concluent les équipes de Raphaël Glucksmann.
*Laurent Geslin a contribué à la rédaction de cet article.
[Edité par Laurent Geslin]