Josep Borrell : Israël a le droit de se défendre, mais certaines actions sont « contraires au droit international »

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a accusé mardi (10 octobre) le gouvernement israélien de violer le droit international en imposant un blocus total de Gaza à la suite d’une attaque du Hamas contre Israël, tout en soulignant la nécessité pour l’Union de continuer à financer l’Autorité palestinienne.

Euractiv.com
Screenshot 2023-10-11 at 06.50.16
S’exprimant depuis la capitale d’Oman, Mascate, à l’issue d’une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’UE, M. Borrell a réitéré la condamnation par l’UE des attaques du Hamas qui ont tué plus d’un millier d’Israéliens, pour la plupart des civils. [Screenshot/Consilium]

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a accusé mardi (10 octobre) le gouvernement israélien de violer le droit international en imposant un blocus total de Gaza à la suite d’une attaque du Hamas contre Israël, tout en soulignant la nécessité pour l’Union de continuer à financer l’Autorité palestinienne.

S’exprimant depuis Mascate, la capitale d’Oman, à l’issue d’une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’UE, M. Borrell a réitéré la condamnation par l’UE des attaques du Hamas qui ont tué plus d’un millier d’Israéliens, pour la plupart des civils.

« Israël a le droit de se défendre [par lui-même], mais il doit le faire dans le respect du droit international, du droit humanitaire, et certaines décisions sont contraires au droit international », a-t-il déclaré aux journalistes à l’issue de la réunion.

« Certaines actions [d’Israël] — et les Nations unies l’ont déjà dit — comme couper l’eau, couper l’électricité, couper les vivres à une masse de civils — sont contraires au droit international », a-t-il ajouté.

Ces commentaires, les plus fermes jamais formulés par un haut responsable de l’Union européenne, interviennent alors qu’Israël a soumis Gaza à un « siège total » en représailles à l’assaut du Hamas, qui a fait plus de 900 morts.

L’UE avait invité les ministres des Affaires étrangères israélien (Eli Cohen) et palestinien (Riyad Al-Maliki) à participer à la réunion par visioconférence.

Aucun des deux n’a finalement pris part à la réunion, ont indiqué des responsables de l’Union européenne.

Maintien de l’aide à l’Autorité palestinienne

À l’issue de la réunion, M. Borrell a déclaré qu’une « écrasante majorité » des États membres était favorable à la poursuite du versement de l’aide à l’Autorité palestinienne, qui gouverne la Cisjordanie.

« En ce moment, le nombre de victimes à Gaza augmente. La situation humanitaire est désastreuse. Nous devrons soutenir davantage, pas moins », a-t-il déclaré.

Ces commentaires interviennent un jour après que le commissaire chargé de la politique de voisinage, Olivér Várhelyi, ait provoqué une polémique en déclarant que toute l’aide au développement de l’UE pour les Palestiniens était suspendue, ce que la Commission a retiré après une réaction négative des États membres de l’UE.

Selon un porte-parole de la Commission européenne, M. Várhelyi n’aurait pas consulté ses collègues commissaires, y compris la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

L’UE affirme être le premier fournisseur d’aide extérieure aux Palestiniens.

L’année dernière seulement, elle a versé quelque 283 millions d’euros pour soutenir l’Autorité palestinienne, la principale agence des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) et d’autres projets, selon la Commission européenne.

« Ce serait une terrible erreur, en ce moment critique, de cesser notre soutien à l’Autorité palestinienne », a déclaré le chef de la diplomatie européenne, estimant que ce serait un « cadeau » pour le Hamas et que cela « mettrait en péril nos intérêts et notre partenariat avec le monde arabe ».

« Une punition collective contre tous les Palestiniens serait injuste et improductive », a ajouté M. Borrell.

Les Etats membres remontés contre la Commission

Plusieurs diplomates européens ont confirmé après la réunion que la quasi-totalité des ministres des Affaires étrangères de l’UE étaient mécontents des actions de la Commission européenne.

« Une large majorité d’États membres a appelé à un engagement actif de l’UE en faveur de la désescalade, arguant que l’arrêt de l’aide financière avait l’effet inverse », a déclaré un diplomate de l’UE.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a parlé d’un « comportement inapproprié », ont indiqué des personnes proches des négociations.

Seules la Hongrie et la République tchèque ont défendu cette mesure, ont ajouté ces mêmes sources.

Plus tôt dans la journée de mardi, l’UE et le Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont conjointement appelé à un « soutien financier durable » pour les territoires palestiniens, après avoir craint que ce soutien ne soit supprimé à la suite de l’attaque du Hamas contre Israël.

« Ils ont souligné l’importance d’un soutien financier durable à l’UNRWA [l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient] », selon une déclaration commune.

« Et de poursuivre l’aide humanitaire et le développement en faveur des Palestiniens dans les territoires occupés. »

Après les discussions de l’UE, M. Borrell a également souligné que l’Union européenne ne coopérait pas avec le Hamas, qui dirige Gaza et que l’Union européenne considère comme une organisation terroriste.

M. Borrell a déclaré qu’une révision de l’aide au développement de l’UE serait nécessaire, une mesure soutenue par l’Autriche, l’Allemagne, la Suède et le Danemark, entre autres.

« Si nous découvrons que nous avons financé les activités terroristes du Hamas, quelqu’un devra en assumer la responsabilité politique. Je ne crois pas que cela se produise. Mais vérifions-le », a-t-il déclaré, ce que beaucoup ont interprété comme un message voilé à M. Várhelyi.

Les États-Unis ont déclaré mardi qu’ils saluaient le soutien de l’UE à la poursuite de l’aide au développement en faveur du peuple palestinien après les attaques du groupe militant islamiste Hamas contre Israël.

« Ils ont fait marche arrière, ce que nous saluons. Nous avons dit très clairement que nous n’avions aucun ressentiment à l’égard du peuple palestinien », a déclaré à la presse Matthew Miller, porte-parole du département d’État américain.