Juncker et Macron en Guyane, symbole de l'intérêt de l'UE pour l'ultrapériphérie
Le président français et celui de la Commission européenne se retrouvent à la station spatiale européenne à Kourou. La Commission souhaite étendre et adapter son action vers les régions ultra-périphériques, comme l'y incite le traité de Lisbonne.
Le président français et celui de la Commission européenne se retrouvent à la station spatiale européenne à Kourou. La Commission souhaite étendre et adapter son action vers les régions ultra-périphériques, comme l’y incite le traité de Lisbonne.
Improbable, le déplacement d’Emmanuel Macron et de Jean-Claude Juncker en Guyane, à l’occasion de la conférence des présidents de régions ultrapériphériques de l’UE, met un coup de projecteur sur l’Europe lointaine.
Les deux présidents vont ainsi mettre en avant l’effort particulier que l’exécutif européen entend faire en direction des régions ultra-périphériques, et insister sur la politique spatiale européenne dont l’essentiel est mise en œuvre à Kourou
L’Espagne, le Portugal et la France, qui sont parmi les pays les plus concernés par le sujet, ont déjà demandé à la Commission d’accélérer le mouvement. De son côté, l’exécutif vient de présenter une batterie de nouvelles mesures .
Situation tendue en Guyane
Si l’UE a déjà une stratégie sur les régions ultra périphériques, force est de constater qu’elle semble peu opérante : les écarts de développement entre l’UE et les régions ultra-périphériques sont énormes, l’accès à Internet est parfois rare, et certains territoires immenses et inoccupés semblent laissés à l’abandon.
C’est d’ailleurs le cas de la Guyane, où des émeutes ont éclaté en 2016 et 2017. Pauvreté, chômage à 23 %, services publics délétères, mauvaises relations entre la police et la population, crime organisé : la Guyane est un concentré de tous les problèmes rencontrés par les régions ultra-périphériques, mais en puissance X en raison de l’immensité du territoire composé à 95 % de la forêt d’Amazonie. Des affrontements entre la police et des manifestants ont d’ailleurs émaillé la première journée de la visite du président français sur le territoire, jeudi 26 octobre.
« Je ne suis pas le Père Noël parce que les Guyanais ne sont pas des enfants », a prévenu Emmanuel Macron, face à une population remontée, qui attend de la métropole un plan d’un milliard promis en avril dernier par le gouvernement précédent.
Face à une situation sociale tendue, la venue des présidents et le symbole politique que cela représente risque de passer à l’as. La démarche des deux europhiles répond pourtant à une évolution institutionnelle très récente, qui renforce la responsabilité de l’Union européenne face aux régions ultra-périphériques.
La compétence de l’UE renforcée par le traité de Lisbonne
Elle découle du traité de Lisbonne, et de l’article 349 du traité, que la Cour de Justice de l’Union européenne a interprété en décembre 2015 dans un arrêt qui laisse le champ libre à l’UE pour agir sur ces territoires. Un texte qui donne « une base solide pour donner un nouvel essor au partenariat », avait déclaré Jean-Claude Juncker début 2017 au Forum des régions ultra-périphériques.
La contribution de l’UE dans le cadre de la stratégie actuelle se limite à des petits projets, souvent dénoncés comme marginaux par rapport à l’échelle des besoins, et pas forcément adaptés, comme des projets d’art contemporain aux Açores ou de panneaux solaires au milieu de la forêt amazonienne. Les fonds proviennent principalement du Fonds européen agricole pour le développement rural et du fonds social européen.
Avec la nouvelle communication, la contribution de l’UE devrait adapter son action aux spécificités locales, avec notamment des financements spécifiques de la Banque européenne d’investissement, et évaluer l’efficacité des dotations actuelles
Les présidents des régions ultra-périphériques ont d’ailleurs salué cette nouvelle orientation « sur-mesure » de l’UE, le 26 octobre, tout en regrettant que certains points essentiels aient été oublié, comme les questions de concurrence ou les questions fiscales.