L'avenir du français « se joue à Bruxelles »

Des représentants de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont évoqué l'utilisation « catastrophique » du français dans les institutions de l'UE, alors que la position de la langue de Voltaire se fragilise, pouvait-on entendre lors d'une conférence la semaine dernière (31 mars).

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Des représentants de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont évoqué l'utilisation « catastrophique » du français dans les institutions de l'UE, alors que la position de la langue de Voltaire se fragilise, pouvait-on entendre lors d'une conférence la semaine dernière (31 mars).

Roger Dehaybe, un représentant de la Francophonie, a déclaré que certains pensaient que le français parvenait à maintenir son statut grâce à la population croissante dans de grands pays d'Afrique, une idée qu'il ne partage pas.

Il a toutefois souligné l'état « catastrophique » de la langue française au sein des institutions de l'UE.

« L'avenir du français se joue à Bruxelles », a ajouté M. Dehaybe. Selon lui, l'UE est la seule puissance politique et économique au monde où le français compte encore.

M. Dehaybe est l'ancien Administrateur général honoraire de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, qui est par la suite devenue l'OIF. Il s'est exprimé lors d'une conférence accueillie par l'Association des Anciens Parlementaires Francophones le 31 mars.

Selon M. Dehaybe toujours, seuls 12 % des textes de l'UE sont produits en français bien que la majorité des fonctionnaires soient originaires de pays qui sont membres de l'OIF.

Certains s'inquiètent notamment des nouveaux critères linguistiques du nouveau service européen pour l'action extérieure de la Baronne Catherine Ashton.

Le SEAE se concentrera en premier lieu sur l'anglais dans la mesure où l'Allemagne a demandé que les trois langues de travail de l'UE soient sur un pied d'égalité ou que l'anglais soit la seule à être favorisée.

Une langue de travail unique pour l'UE ?

Comme l'Europe est parvenue à introduire une monnaie unique, M. Dehaybe craint que ce soit également le cas pour une « langue de travail unique », ce qui aurait des conséquences désastreuses pour l'avenir de la langue française dans le monde.

A ce sujet, il a cité en exemple le Rwanda où l'anglais a remplacé le français dans les écoles en 2008.

Si la même chose devait se passer au sein de l'UE, la langue française perdrait beaucoup de son prestige et ses valeurs en tant que deuxième langue, et ce partout dans le monde, argue M. Dehaybe.

Une OIF a deux vitesses ?

Même au sein de la Francophonie, le français n'est bien souvent plus la langue utilisée lors des débats. Ceci serait dû au nombre croissant de pays membres qui ne sont pas uniquement francophones.

L'OIF est composée de 56 membres et membres associés, ainsi que de 19 observateurs parmi lesquels certains n'entretiennent que des rapports relativement distants avec la langue française. Il s'agit notamment des pays entourés d'Etats francophones comme la Guinée équatoriale.

Afin de faire de l'OIF un outil plus efficace pour la protection de la langue française, M. Dehaybe a soulevé l'idée de la création d' « instances » ou de cercles au sein même de l'organisation et qui dépendraient des « situations linguistiques spécifiques des pays ».

Cette idée sous-entend que seuls les pays réellement francophones pourraient participer à certains débats.

Dans ce cas-là, l'élargissement de l'OIF ne serait plus problématique et bénéficierait à la promotion du français, ont pu entendre les participants.