L'Europe doit cesser de donner des leçons à l'Inde

Alors que les relations de l'Inde avec la Chine ou avec les Etats-Unis connaissent des périodes de tension, aucune division ne ternit ses relations avec l'Europe, sauf lorsque le Vieux Continent tente de lui donner trop de conseils sur les questions de politique intérieure, a déclaré Shashi Tharoor, un ancien sous-secrétaire général des Nations Unies et membre du parlement indien lors d'un entretien avec EURACTIV.

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Alors que les relations de l'Inde avec la Chine ou avec les Etats-Unis connaissent des périodes de tension, aucune division ne ternit ses relations avec l'Europe, sauf lorsque le Vieux Continent tente de lui donner trop de conseils sur les questions de politique intérieure, a déclaré Shashi Tharoor, un ancien sous-secrétaire général des Nations Unies et membre du parlement indien lors d'un entretien avec EURACTIV.

L'Inde se sent beaucoup plus à l'aise avec le « soft power » de l'Europe alors qu'elle tente de contenir sa rivalité stratégique avec la Chine et de gérer son malaise face à certaines actions entreprises par les Etats-Unis qui « pensent trop comme une super puissance », a déclaré M. Tharoor, qui est membre du Parti du Congrès de Thiruvananthapuram dans l'Etat de Kerala.

Toutefois, si l'Europe souhaite renforcer sa relation avec l'Inde, elle doit abandonner sa tendance à donner des leçons aux autres pays sur leurs affaires de politique intérieure, un comportement que Delhi n'apprécie pas toujours.

« Si nous nous traitons mutuellement avec le respect qui est dû entre Etats souverains, nous n'aurons pas de difficulté à développer un réel partenariat stratégique », a expliqué M. Tharoor, notant qu'un accord de libre échange entre l'UE et l'Inde, prévu pour la fin de l'année, représenterait un bon point de départ.

Content de la conclusion imminente de l'accord de libre échange, M. Tharoor a affirmé qu'il était temps pour l'Europe d'entrer sur le marché indien. « C'est un marché très important de par sa taille, mais aussi de par la croissance de sa capacité de consommation chaque année. Donc pour l'Europe, c'est important, et pour nous, je pense que la diversification des sources d'importation sera très utile », a-t-il dit, soulignant néanmoins que les partenaires commerciaux principaux de l'Inde restaient les Etats-Unis et la Chine.

A la question de savoir si l'Inde s'engagerait à améliorer les normes de travail si le Parlement européen le lui demandait dans la mesure où ce dernier devra approuver tout ratification d'un accord de libre échange, M. Tharoor a prévenu que l'imposition de telles conditions pourrait bien faire échouer l'accord.

« L'Europe doit comprendre que l'Inde est un pays qui aime résoudre elle-même ses problèmes. Du fait de notre passé colonial, nous n'apprécions pas que quelqu'un d'extérieur nous donne des leçons », a-t-il déclaré, soulignant que le travail des enfants, par exemple, était illégal dans le pays et qu'il était surtout le résultat de réalités économiques difficiles.

En effet, malgré un développement rapide avec un taux de croissance annuel de 8-9 %, plus de 37 % de la population indienne (1,2 milliard d'habitants) vit encore sous le seuil de pauvreté. Mais c'est ce taux de croissance qui permet de sortir 1 % des Indiens de la pauvreté chaque année, a expliqué l'homme politique indien qui a insisté sur le fait que le PIB par habitant croissait également d'année en année.

« Nous sortons la population de la pauvreté, mais peut-être trop lentement. Même s'il est vrai que les riches deviennent plus riches, je ne dirais pas que les pauvres deviennent plus pauvres », a-t-il déclaré.

Selon M. Tharoor, l'Inde peut jouer un rôle plus important sur la scène internationale, surtout lorsqu'il s'agit de ses voisins immédiats comme le Pakistan et l'Afghanistan, entre autres. L'Inde peut également contribuer à la résolution de problèmes mondiaux tels que la cybercriminalité ou le réchauffement climatique, a-t-il expliqué.

« Je pense que l'Inde a le pouvoir et le souhait d'agir, ce qui est important pour l'Europe selon moi », a-t-il dit.

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