L’Irlande mal à l’aise dans une Union à 26
Face à la posture des Britanniques par rapport à l’accord conclu entre la quasi totalité des dirigeants en Europe, Dublin tente de se positionner. Le ministre irlandais des Finances a évoqué la possibilité d’un référendum sur l’euro.
Face à la posture des Britanniques par rapport à l’accord conclu entre la quasi totalité des dirigeants en Europe, Dublin tente de se positionner. Le ministre irlandais des Finances a évoqué la possibilité d’un référendum sur l’euro.
L’Irlande nage entre deux eaux depuis que Londres a décidé de rester en dehors du projet d’une union budgétaire et économique renforcée.
Son cœur balance entre l’Union européenne, qui lui a ouvert les portes du marché unique et de l’euro, et son partenaire historique sans lequel le pays se voit mal emprunter le chemin d’une intégration européenne plus poussée.
« L’Irlande s’est épanouie au sein de l’Union européenne », a déclaré la ministre irlandaise des Affaires Européennes, Lucinda Creighton, en visite à Paris, mercredi 14 décembre. Avec une croissance économique largement tirée par les exportations, le pays a pu diversifier ses partenaires commerciaux tout en se protégeant du risque de change.
L’Union européenne hors Royaume-Uni représente 40% de ses exportations; le Royaume-Uni 15%. Mais ce dernier est surtout un partenaire politique et économique de longue date. Comme Londres, Dublin a également un système financier hypertrophié. Autant de raisons de s’inquiéter que les Britanniques fasse bande à part.
« Préférence absolue »
« Le gouvernement irlandais est profondément inquiet de devoir poursuivre le projet européen à 26. Nous avons une préférence absolue pour un traité à 27 », a déclaré Lucinda Creighton.
Devant des journalistes réunis à l’Ambassade d’Irlande, elle a dit « regretter » la décision britannique et exprimé son souhait de maintenir une coopération étroite avec le Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.
A l’avenir, les autorités irlandaises veilleront donc à ce que Londres ait toujours une place à la table des discussions. « Nous avons le devoir d’essayer de rallier le Royaume-Uni. C’est ce que nous avons l’intention de faire et nous espérons que cet objectif sera partagé par d’autres », a ajouté la ministre.
Référendum sur l’euro
L’isolement des Britanniques semble avoir provoqué un certain malaise en Irlande, à tel point que le ministre des Finances, Michael Noonan, a fait miroiter, mercredi, la possibilité d’un référendum non pas sur le traité décidé le 9 décembre, mais sur l’appartenance de son pays à la zone euro.
Si le nouveau texte, qui sera finalisé en mars 2012, implique un changement de Constitution, l’Irlande pourrait devoir consulter ses citoyens.
Selon des informations du Irish Times, M. Noonan aurait déclaré en substance que « cela reviendrait à demander aux Irlandais s’ils veulent poursuivre avec l’euro ou non, » à l’occasion d’un déplacement à Londres mercredi pour rencontrer son homologue britannique, George Osborne. La veille, le Taoiseach Enda Kenny s’était lui aussi entretenu par téléphone avec le premier ministre britannique, David Cameron, pour lui faire part de ses inquiétudes.
« Confrontés à cette question, je crois que les Irlandais approuveraient un tel référendum », a estimé toutefois Michael Noonan.
Toujours selon le quotidien irlandais, le leader du parti centre-droit républicain Fianna Fáil, Micheál Martin, s’est étonné que le gouvernement irlandais attende de connaître les détails du texte avant de prendre cette décision et a plaidé pour la tenue d’un référendum.
Professeur d’économie à la University College Dublin Karl Whelan estime pour sa part qu’il sera difficile de défendre l’idée qu’un traité encore inconnu, prévoyant d’accorder de nouveaux pouvoirs à la Commission européenne en matière budgétaire et de mettre en place une politique économique commune, ne requiert pas de changement constitutionnel.
Désavantage irlandais
Avancer sur le chemin d’une plus grande intégration économique à 26 ne serait pas sans conséquences économiques pour l’Irlande, étant donné ses liens étroits avec le Royaume-Uni.
« Tout dépendra de ce que [les dirigeants européens] entendent par ‘politique économique commune’, explique Shane Fitzgerald, chercheur à l’Institut irlandais des affaires internationales et européennes. Mais il est certain qu’étant donné les liens avec le système financier britannique, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières au sein de la zone euro uniquement pourrait pénaliser l’Irlande par rapport au Royaume-Uni ».
Les deux pays partagent également une même vision de la souveraineté en matière d’imposition. « Si l’idée est d’aller vers une harmonisation fiscale alors [l’Irlande] voudra inclure le Royaume-Uni dans les discussions », estime-t-il.
Dublin reste inflexible sur le taux d’imposition pour les sociétés sur son sol qui est l’un des plus bas d’Europe (12,5%). Le gouvernement irlandais se dit, en revanche, toujours ouvert à la discussion sur la mise en œuvre d’une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS) au niveau européen.