L’UE reporte la visite de Viktor Ianoukovitch
Après plusieurs jours de communication discrète entre Bruxelles et Kiev suite à la condamnation de l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko, les dirigeants européens ont décidé que la visite du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, devrait être « reportée » jusqu’à ce que les conditions soient « plus propices au progrès » des discussions sur les relations bilatérales.
Après plusieurs jours de communication discrète entre Bruxelles et Kiev suite à la condamnation de l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko, les dirigeants européens ont décidé que la visite du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, devrait être « reportée » jusqu’à ce que les conditions soient « plus propices au progrès » des discussions sur les relations bilatérales.
La décision, initialement annoncée sur Twitter par le président du Conseil, Herman Van Rompuy, n'a rien de surprenant. En effet, M. Van Rompuy et José Manuel Barroso, le président de la Commission, ont tous deux omis d'inscrire cette visite dans leurs programmes hebdomadaires publiés vendredi dernier.
La visite de M. Ianoukovitch s'annonçait comme un évènement clé en vue de la conclusion d'un accord d'association assorti d'un accord de libre-échange approfondi et complet entre l'UE et l'Ukraine, qui était prévue d'ici la fin de l'année.
« Ma réunion avec le président Ianoukovitch (prévue pour le 20 octobre) a été repoussée à une date ultérieure, quand les conditions seront plus favorables pour faire des progrès sur les relations bilatérales », a annoncé M. Van Rompuy sur Twitter ce matin à 11h.
Karolina Kottova, une porte-parole de la Commission, a déclaré ouvertement que des coups de téléphones avaient été échangés depuis la condamnation de Mme Timochenko (11 octobre) à sept ans de prison pour abus de pouvoirs lors des négociations d'un accord gazier avec la Russie en 2009, lorsqu'elle était première ministre.
Selon la presse locale, les tensions liées à la condamnation de Mme Timochenko pourraient s'apaiser si le gouvernement ukrainien adoptait une nouvelle loi qui permettrait de dépénaliser les charges retenues contre elle.
Cependant, la situation de Mme Timochenko s'est en fait détériorée suite à de nouvelles inculpations récemment déposées à son encontre.
Lorsqu' EURACTIV lui a demandé si la décision d'annuler la visite de M. Ianoukovitch était uniquement liée à l'affaire Timochenko ou si elle s'inscrivait dans un contexte plus large, Mme Kottova a répondu qu'elle s'inscrivait effectivement dans un contexte plus large suite à des inquiétudes quant au respect de l'Etat de droit en Ukraine.
Bruxelles serait préoccupée par le projet de Kiev d'introduire une nouvelle loi sur les élections, en amont du scrutin législatif prévu en 2012. D'après certaines sources, la volonté de la population ukrainienne d'attendre les conclusions de la commission de Venise, l'organe du Conseil de l'Europe en charge de l'évaluation de ce type de législation, a été négligée.
Selon Bloomberg, M. Ianoukovitch aurait déclaré que le mécontentement de l'UE à propos de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre ukrainienne ne déboucherait pas sur sa libération.
« La question n'est pas de savoir qui, en Ukraine ou en Europe, approuve le verdict ou pas », aurait affirmé M. Ianoukovitch. « Il s'agit en fait de la primauté du droit : c'est le tribunal qui décide. Quelles que soient les décisions du tribunal, elles doivent être respectées ».
Bien que sa rencontre avec MM. Barroso et Van Rompuy soit annulée, M. Ianoukovich sera quand même de passage à Bruxelles le 20 octobre, avant de se rendre en visite officielle à Cuba.
Avant cela, M. Ianoukovitch a reçu le président russe, Dmitri Medvedev, aujourd'hui à Donetsk, dans le cadre de discussions sur les prix du gaz. Selon des sources ukrainiennes, la Russie pourrait décider de baisser considérablement les prix du gaz vendu à l'Ukraine en échange d'un certain contrôle sur son réseau de gazoducs.
La Russie souhaite également inclure l'Ukraine dans une union douanière qui réunit également le Bélarus et le Kazakhstan. Jusqu'à présent, l'Ukraine a résisté aux pressions et déclaré qu'elle n'accepterait que les formes d'union avec la Russie compatibles avec sa demande d'intégration dans l'UE. La Commission n'a pas souhaité faire de commentaires à EURACTIV quant au fait que l'annulation de la rencontre pourrait pousser l'Ukraine dans les bras de la Russie.