L'UE tergiverse sur le marché du carbone et les prix montent en flèche
Les indications selon lesquelles les détails très attendus du projet de la Commission européenne pour redresser le marché européen du carbone en berne pourraient être reportés à septembre ont fait monter en flèche les prix du carbone ce 18 juillet.
Les indications selon lesquelles les détails très attendus du projet de la Commission européenne pour redresser le marché européen du carbone en berne pourraient être reportés à septembre ont fait monter en flèche les prix du carbone ce 18 juillet.
Le prix du carbone déjà faible aurait chuté de 7 % après que plusieurs sources de l'UE ont déclaré que la publication des plans visant à limiter les crédits excédentaires du système d'échange de quotas d'émission (ETS) avait été repoussée à après les congés d'été de la Commission en août.
Une porte-parole de la Commission contactée par EURACTIV a déclaré que cette question ferait encore l'objet de discussions la semaine prochaine, lors de la réunion des 27 commissaires européens. Elle n'a pas souhaité entrer dans les détails.
À l'issue de cette réunion, ils se garderont sans doute d'évoquer les faits et chiffres clés du programme, notamment pour éviter toute opération préjudiciable. EURACTIV a cru comprendre que la proposition était considérée si « sensible au marché » à Bruxelles que de nombreux fonctionnaires n'étaient pas tenus au courant des détails.
L'agence de presse Reuters a rapporté qu'un document interne de la Commission annonçait un débat sur le cadre législatif de l'ETS, qui se tiendrait le 25 juillet. Ce débat pourrait se concentrer sur un article relatif au calendrier des enchères qu'il faut clarifier.
Neuf des 27 commissaires européens auraient émis des objections quant au report des crédits, une initiative qui nécessiterait plusieurs étapes pour en garantir la légalité.
Il est possible de conclure un accord à temps sur la prochaine phase de l'ETS en 2013, mais cela dépendra de la bonne volonté des États membres. La Pologne, qui repose en grande partie sur l'exploitation du charbon, même si elle ne peut pas bloquer une décision à elle seule, s'oppose à toute initiative visant à augmenter le prix du carbone, tout comme certains secteurs industriels.
Prévisions revues à la baisse
Les acteurs du marché se sont démenés pour présenter en détail leurs positions sur le sujet le 18 juillet. La Deutsche Bank a revu à la baisse ses prévisions sur le prix du carbone pour le troisième semestre, les faisant passer de 6-10 à 6-8 euros.
La commissaire à l'action pour le climat, Connie Hedegaard, a déclaré qu'elle présenterait une révision de l'ETS initialement prévue pour l'année prochaine et ferait une annonce avant les congés d'été de la Commission en août.
L'exécutif européen espère consolider les prix faibles du carbone dans le cadre de l'ETS en repoussant les ventes de nouveaux quotas à la prochaine phase du programme qui débutera en 2013.
« Les perspectives macro-économiques n'ont pas l'air brillantes », a commenté Matteo Mazzoni, analyste de l'organisation italienne Nomisma Energia. « Je ne suis pas surpris d'apprendre que les prévisions ont été revues à la baisse. Elles continueront certainement sur cette voie lorsque davantage de quotas seront mis en vente plus tard dans l'année. »
« Personne n'a réellement besoin de ces [quotas] et pour les vendre aujourd'hui, il faudrait un taux pour le mois attractif. Je reste plutôt sceptique quant à l'avenir de ce marché, s'il en est un », a-t-il ajouté.
Nombreux sont ceux qui estiment qu'une réforme structurelle profonde serait nécessaire pour que l'ETS bénéficie d'un soutien à long terme, mais cette initiative sèmerait la discorde et prendrait trop de temps. Une procédure européenne complète peut durer près de deux ans, même s'il est possible de progresser plus rapidement quand les acteurs impliqués sont d'accord.
Chute des prix
Les prix du carbone ont chuté à leur niveau le plus bas pour plusieurs raisons : trop de quotas ont été alloués et nous traversons une période de récession et d'incertitude quant à la politique climatique à long terme. Les marchés sont depuis des mois très sensibles à l'annonce d'un retrait de quotas.
Le prix des crédits carbone est passé à 7,15 euros mercredi, une baisse de 6,9 %, après avoir plongé à 6,8 euros, un prix un peu plus élevé que le minimum jamais enregistré (5,99 euros début avril), mais bien loin derrière les 20 euros de 2008.
Certaines organisations environnementales pensent toutefois que l'annonce repoussée de l'UE pourrait permettre de prolonger le débat sur les chiffres.
Les estimations sur la quantité de permis qui devraient être suspendus varient de 400 millions à 2,6 milliards. Bruxelles ne s'est pas encore prononcée sur le chiffre exact.
« Je ne pense pas que ce soit catastrophique […] si nous disposons d'un peu plus de temps que prévu pour nous pencher sur les chiffres », a déclaré Sam Van Den Plas, chargé de mission pour le climat au WWF.
David Holyoake, conseiller politique et juridique pour ClientEarth, a déclaré que l'annonce du report de la proposition signifiait que celle-ci ne se fonderait que sur des solutions temporaires.
« Les modifications préciseront la date à laquelle les quotas mis de côté seront mis aux enchères et la quantité distribuée chaque année. J'espère que le texte répondra à ces questions et qu'il sera accompagné de signaux ou de propositions pour des solutions permanentes », a-t-il déclaré.
L'ETS est le programme phare de l'UE pour lutter contre le changement climatique. Il oblige quelque 12 000 pollueurs à acheter des crédits carbone pour couvrir leurs émissions.