La BCE abaisse son taux directeur et soulage les banques
La Banque centrale européenne a réduit son taux d’intérêt pour le deuxième mois d’affilée et annoncé des mesures exceptionnelles pour venir en aide au secteur bancaire. Elle espère soutenir l’activité et éviter un assèchement du crédit.
La Banque centrale européenne a réduit son taux d’intérêt pour le deuxième mois d’affilée et annoncé des mesures exceptionnelles pour venir en aide au secteur bancaire. Elle espère soutenir l’activité et éviter un assèchement du crédit.
Depuis le départ de Jean-Claude Trichet, fin octobre, la Banque centrale européenne (BCE) a fait un virage à 180 degrés par rapport à la politique de hausse de taux entamée en début d’année. Trois jours à peine après son intronisation, son nouveau gouverneur, Mario Draghi, avait annoncé une première baisse du taux d’intérêt directeur de la zone euro de 25 points de base à 1,25%.
Baisse largement attendue
La seconde baisse ne s’est pas faite attendre. De même ampleur, elle porte le taux d’intérêt à 1,00%, soit son niveau historiquement bas, déjà observé de mai 2009 à avril 2011. La décision, annoncée jeudi 14 décembre, n’a pas fait l’unanimité au sein du comité de politique monétaire de la BCE mais était largement attendue par les experts.
Mario Draghi avait laissé entendre, le 1er décembre, qu’il était prêt à prendre de nouvelles mesures pour soutenir la zone euro, évoquant notamment la difficulté des banques européennes à se financer sur les marchés et des perspectives de croissance toujours plus pessimistes pour 2012.
« Les tensions accrues sur les marchés financiers continuent de peser sur l’activité économique de la zone euro et les perspectives restent soumises à une incertitude élevée et à des risques baissiers substantiels », a-t-il déclaré en conférence de presse, avant d’ajouter que le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro pourrait baisser de 0,4% l’an prochain.
Un chiffre qui a de quoi inquiéter, même si un scénario optimiste promet une croissance de 1,0%.
Déceptions
Mario Draghi a également accentué le désarroi de nombreux investisseurs qui s’attendaient à ce qu’il annonce une augmentation radicale du programme de rachat d’obligations de pays en difficulté tel que l’Italie. Mais le président de la BCE -qui s’est dit « surpris par l’interprétation implicite qui a été faite (de ses propos antérieurs) »- reste inflexible sur ce point.
Egalement discréditée, l’idée selon laquelle la BCE pourrait prêter indirectement aux États européens par le biais du Fonds monétaire international (FMI). Un mécanisme « complexe d’un point de vue juridique » qui reviendrait, selon lui, à contourner les dispositions du traité. « Si le FMI devait utiliser cet argent uniquement pour acheter des obligations de pays de la zone euro, alors nous pensons que cela ne serait pas compatible avec le traité », a-t-il expliqué.
Mesures exceptionnelles pour les banques
La BCE a également annoncé une série de mesures visant à éloigner la menace d’un assèchement du crédit par les banques européennes. Contraintes d’augmenter leurs ratios de capital d’ici à juin 2012, celles-ci pourraient décider, afin de réduire leur bilan et étant donné leur difficulté à lever des fonds sur les marchés, de diminuer l’octroi de crédit aux entreprises et aux particuliers. Ce qui risquerait d’autant plus de plomber l’activité économique que 60% des nouveaux emplois proviennent des PME, a rappelé M. Draghi.
La BCE a décidé de prolonger les opérations de refinancement des banques de près de trois mois à trois ans. Ce qui veut dire que les banques qui empruntent auprès d’elle auront jusqu’en 2015 pour rembourser leurs prêts. Une mesure censée faciliter l’accès à la liquidité pour le secteur bancaire.
Elle a également annoncé une réduction de 2% à 1% du taux de réserves obligatoires prélevées sur les dépôts des banques. Enfin, une troisième mesure consiste à élargir la base d’actifs que la BCE accepte en guise de collatéral lorsqu’elle prête aux banques. Autrement dit, l’institution a revu à la baisse ses exigences et accepte désormais des actifs de moins bonne qualité (notés « A »).