La Commission européenne autorise le débridage d'éoliennes françaises
La Commission européenne autorise la France à aider les producteurs éoliens à augmenter temporairement la puissance de leurs parcs.
La Commission européenne a autorisé la France à aider les producteurs éoliens à augmenter temporairement la puissance de leurs parcs.
En novembre, le gouvernement français a présenté un projet d’arrêté pour lever les barrières réglementaires au débridage des éoliennes de son parc pour répondre à la double peine de l’indisponibilité du parc nucléaire — 16 réacteurs sur 56 sont à l’arrêt — et des conséquences de la guerre en Ukraine.
Le débridage consiste à augmenter la puissance d’une éolienne par l’accélération de la vitesse de ses pâles. Une « solution rapide » pour « réduire le risque de délestage et, le cas échéant, les coupures du réseau électrique », relève le ministère de la Transition énergétique.
La mesure doit encore être validée par les autorités françaises, mais certains parcs nécessitaient, en amont, une autorisation temporaire de l’exécutif européen au titre des régimes d’aides d’État.
Les éoliennes de plus de 3 MW
La Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) délivrait mardi (20 décembre) un avis favorable pour le débridage et donc la levée des barrières à sa réalisation, soit les exigences d’abaissement des risques sonores et environnementaux (collisions avec des animaux par exemple).
En revanche, pour les éoliennes de 3 MW maximum faisant partie d’un parc de 6 installations au plus et bénéficiant à ce titre d’un contrat de complément de rémunération, il était nécessaire de demander, en plus, l’autorisation à la Commission européenne, compte tenu de la nature du contrat.
Le complément de rémunération dont il est question prend la forme d’une prime versée par EDF, dont l’État français est actionnaire à plus de 83%, proportionnelle à l’énergie produite et calculée comme la différence entre un tarif de référence, assimilable au tarif d’achat actuel, et un prix de marché de référence.
En conséquence, l’augmentation de la puissance des éoliennes couvertes par un tel contrat augmente également la prime dont l’État a souhaité se porter garant en introduisant une clause de recouvrement, d’où la nécessité de demander l’autorisation à l’exécutif européen. Il s’agit en effet d’un régime assimilé à une aide d’État.
De strictes conditions
En outre, la Commission européenne n’a autorisé une augmentation nominale que de 1 MW par éolienne et jusqu’au 31 décembre 2023 maximum. Mais pour l’heure, le projet d’arrêté ministériel validé par la DGEC limiterait le débridage à la période du 2 au 31 janvier 2023, de jour comme de nuit et « dans la limite d’une émergence de 10 décibels », est-il noté dans le texte gouvernemental.
Deux des syndicats professionnels de la filière, le Syndicat des énergies renouvelables et France énergie éolienne, demandaient que le débridage soit possible jusqu’en mars 2023 au moins, mais en vain.
Une source interne à la filière nous confie d’ailleurs que ces mesures sont si restrictives que « rien que le temps à passer pour le [débridage] mettre en œuvre va effacer le potentiel pour beaucoup de parcs qui ne s’embêteront même pas à débrider ».
Et même dans ces conditions, le débridage n’aurait, de toutes les façons, pas comblé les incapacités du réseau nucléaire français.
Production négligeable, économie non négligeable
La marge moyenne de capacité non utilisée sur le parc français en 2022 serait en effet très faible, de l’ordre de 7%, note prudemment Corentin Sivy, Directeur développement et acquisitions pour le développeur international de productions d’énergies renouvelables, BayWa r.e, pour EURACTIV France. Cela correspondrait à environ 2,8 TWh de production sur une année — quelques GWh sur un mois, soit une production supplémentaire négligeable de moins de 0,5% de la production totale d’électricité en France, mais non négligeable du point de vue financier et des prix du MWh actuels.
Avec cette mesure, « le gouvernement est en train de faire les fonds de tiroir, d’utiliser tous les leviers, même les plus petits », déclare dans le média Marianne Dimitri Carbonnelle, fondateur de Livosphère et expert en adaptation des entreprises au changement climatique. Il s’agirait même, selon lui, d’une simple « mesure de communication ».