La Commission persiste et signe sur la nomination de Selmayr
L’exécutif européen a publié une deuxième salve de réponses aux questions des eurodéputés sur la promotion controversée de Martin Selmayr. Et ne cède rien.
L’exécutif européen a publié une deuxième salve de réponses aux questions des eurodéputés sur la promotion controversée de Martin Selmayr. Et ne cède rien.
En pleine semaine de Pâques, la Commission a publié 84 pages de réponses aux questions de suivi que lui a adressé le Parlement sur la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de l’exécutif.
Les eurodéputés se demandaient notamment pourquoi, contrairement au règlement du personnel, aucun appel à candidatures, même interne, n’a été lancé pour le poste et comment les commissaires Frans Timmermans et Günther Oettinger ont pu évaluer que le choix de nommer Martin Selmayr était le meilleur en l’absence d’autres candidats.
De fait, la Commission assure que s’il y avait eu un doute sur la candidature, le premier vice-président, Frans Timmermans, ainsi que sur le commissaire aux ressources humaines, Günther Oettinger, auraient à tout moment pu interrompre la procédure ou s’opposer à la nomination.
Les services de la Commission confirment par ailleurs que Martin Selmayr a participé à l’élaboration des réponses, dans le souci de préciser et de vérifier les informations fournies.
Dans leurs questions, les eurodéputés décriaient une violation de l’article 11 du règlement du personnel, qui stipule que « le fonctionnaire ne traite aucune affaire dans laquelle il a, directement ou indirectement, un intérêt personnel, notamment familial ou financier, de nature à compromettre son indépendance ».
Bras droit puissant
Selon des sources internes et lobbyistes, Martin Selmayr est une figure toute puissante au sein de la Commission. Jean-Claude Juncker a d’ailleurs été jusqu’à menacer de démissionner si la Commission décidait de céder aux pressions et d’obliger Martin Selmayr à partir.
Un entêtement dangereux, selon les eurodéputés et d’autres observateurs, qui soulignent qu’à l’approche des élections cette attitude pourrait renforcer les eurosceptiques.
Dans sa réponse, la Commission a rétorqué que le poste en question nécessite des compétences particulières que l’on ne retrouve que chez « quelques cadres de la Commission ».
Il s’agissait donc « d’assurer un relai rapide et sans heurts grâce à quelqu’un qui connaît déjà parfaitement les priorités politiques du Président et les méthodes de travail de l’institution. Pour ces raisons, le chef de cabinet du Président était un choix évident […] puisqu’il connaît tous les dossiers pertinents et peut immédiatement reprendre le travail ».
Vacance secrète
La Commission se défend d’avoir préparé la promotion de l’ancien chef de cabinet de Jean-Claude Juncker. Ses services ont initialement assuré qu’il ne savait pas que son prédécesseur, Alexander Italianer, allait prendre sa retraite, avant de se rétracter sur ce point.
Lors d’une réunion collégiale des commissaires, le 21 février, le chef de cabinet de Jean-Claude Juncker a en réalité postulé pour devenir premier secrétaire adjoint général, poste qu’il a obtenu, malgré la présence de deux autres secrétaires adjoints. Quelques instants plus tard, le départ d’Alexander Italianer a été annoncé, et Martin Selmayr choisi pour le remplacer.
Selon certaines sources, les commissaires ont été étonnés, mais personne ne s’y est opposé.
Un changement effectué par Martin Selmayr sur sa page Wikipédia en décembre confirme selon certains qu’il savait qu’il serait sous le feu des projecteurs. Réponse de la Commission : l’Allemand s’est rendu compte que cette page contenait des erreurs, notamment quant à son affiliation politique, et a contacté Wikipédia pour rectifier.
Parmi ces erreurs, le site indiquant qu’il était catholique et appartenait à l’Union démocrate-chrétienne (CDU) d’Angela Merkel. En réalité, il est protestant et est affilié au parti démocrate-chrétien flamand (CD&V), en Belgique, selon lui.