La demande de levée de l’immunité de l’eurodéputée de gauche Ilaria Salis divise le Parlement européen

Une commission du Parlement européen devrait recommander la levée de l’immunité de l’eurodéputée Ilaria Salis la semaine prochaine avant de renvoyer l’affaire devant la plénière pour décider si l’ancienne militante antifasciste de gauche doit être jugée en Hongrie.

/ EURACTIV.com
European Parliament’s plenary session in Strasbourg
Ilaria Salis, eurodéputée italienne du groupe de La Gauche (GUE/NGL). [EPA/YOAN VALAT]

Ilaria Salis a été arrêtée en février 2023 suite à sa participation à une manifestation contre un rassemblement de néonazis après une altercation avec des militants d’extrême droite. Elle a été accusée d’avoir participé à une agression et d’appartenir à une organisation d’extrême gauche.

Elle a passé plus d’un an dans une prison hongroise dans des conditions difficiles et risque une peine de onze ans de prison. Sa détention avait suscité un tollé dans toute l’Europe après que des images d’elle menottée au tribunal ont fait le tour des médias et des réseaux.

La femme de 40 ans, qui a nié toutes les accusations, a finalement été libérée après avoir remporté un siège au Parlement européen lors des élections de l’année dernière, grâce à une initiative des Verts et de l’Alliance de gauche italiens. Pour l’heure, bien qu’elle fasse toujours l’objet de poursuites par un procureur hongrois, elle bénéficie de l’immunité parlementaire.

Mais la situation pourrait bientôt changer. Mardi prochain (23 septembre), la commission des Affaires juridiques (JURI) du Parlement devrait recommander la levée de son immunité, selon neuf sources parlementaires directement informées des discussions tenues à huis clos.

Au sein de la commission JURI, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE, extrême droite) et le Parti populaire européen (PPE, centre-droit), sont jusqu’à présent d’accord pour lever l’immunité d’Ilaria Salis, selon plusieurs sources.

Une personne au fait de la discussion, ayant souhaité s’exprimer sous couvert d’anonymat, a déclaré que la situation était encore « très tendue » et que des négociations étaient en cours pour assurer l’immunité d’Ilaria Salis. Selon cette source, même au sein des groupe des CRE et du PPE, certains pourraient ne pas souhaiter accorder cette victoire au Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

Même si la commission JURI soutient la levée de l’immunité de l’eurodéputée de gauche, la décision finale sera votée en plénière par l’ensemble des eurodéputés composant le Parlement européen.

Les législateurs des Verts et de La Gauche se préparent déjà à dénoncer le bilan de la Hongrie en matière d’État de droit et à accuser Viktor Orbán d’utiliser la justice comme une arme contre ses détracteurs, ont fait savoir deux eurodéputés et trois sources du Parlement.

Jusqu’à présent, le rapport confidentiel rédigé par le PPE présente la décision comme une question de procédure et non comme une question politique, ont déclaré deux sources. Pourtant, rares sont ceux qui, à Bruxelles, considèrent qu’il s’agit d’une affaire purement technique.

Un emblème de l’extrême droite contre l’extrême gauche

La présidente du Parlement, Roberta Metsola, a reçu la demande officielle de Budapest de lever l’immunité d’Ilaria Salis un jour après que celle-ci ait critiqué le gouvernement Orbán et sa future présidence du Conseil lors d’un discours en plénière en octobre 2024.

Pour Ilaria Salis et ses alliés, le moment choisi pour cette demande était la preuve que l’affaire était politique.

En juin de cette année, lorsque la commission JURI a reporté le vote sur l’immunité, la députée européenne d’extrême droite Silvia Sardone, du groupe Patriotes pour l’Europe, a déclaré qu’il était « embarrassant de voir que la gauche est prête à tout pour l’empêcher d’être jugée ».

Les conservateurs italiens du groupe CRE de Giorgia Meloni ont également maintenu la pression, accusant la gauche de protéger une extrémiste violente.

La gauche, quant à elle, a dénoncé « un simulacre de procès, où Orbán a clairement indiqué que sa condamnation était déjà prédéterminée ».

Dès que le dossier arrivera à Strasbourg à l’automne, probablement lors de la première session plénière d’octobre selon un responsable du Parlement, le débat mettra à l’épreuve non seulement le sort d’Ilaria Salis, mais aussi la volonté de la chambre de s’opposer à la Hongrie et de reconnaître ses propres divisions.

(asg)