La droite italienne envisage une « alternative » au Green Deal

La souveraineté alimentaire et une conception de la durabilité qui ne néglige pas les aspects économiques et sociaux figurent parmi les principaux points de la politique agricole de la coalition de droite italienne qui devrait former un gouvernement dans les semaines à venir.

Euractiv.com
Event organized by Italian center-right wing parties at Piazza del Popolo
Le vice-président du parti italien Forza Italia (Allez l'Italie) Antonio Tajani (à gauche), la présidente du parti italien Fratelli d'Italia (Frères d'Italie) Giorgia Meloni (centre) et le secrétaire fédéral du parti italien la Lega (la Ligue) Matteo Salvini (à droite) lors d'un événement organisé par les partis de droite à Rome, en Italie, le 4 juillet 2020. [<a href="https://webgate.epa.eu/thumb.php/56194330.jpg?eJw1jrsOwjAMRf_FM0Ni572hLkWiIFEkYEJpmrAgBkonyr9jWjEdXZ8r22-o1hBKvA95BVUNAYB5hiAZlxnbDQRk7Fjmx-06DpE7DSdtpFdE4hePc7edq20FQTGaZcbq9Rx5_2nRBwhWCI7NX-xZQPGimNRZSSJpr0yXbZ9cT1hsIZ80X-FXAcmRmxC90VPMnUKdknIUrUwIny9iIDND" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/GIUSEPPE LAMI</a>]

La souveraineté alimentaire et une conception de la durabilité qui ne néglige pas les aspects économiques et sociaux figurent parmi les principaux points de la politique agricole de la coalition de droite italienne qui devrait former un gouvernement dans les semaines à venir.

Pour sa toute première apparition publique depuis les élections, la future Première ministre italienne Giorgia Meloni a rencontré la Coldiretti, l’une des principales associations d’agriculteurs du pays, samedi matin (1er octobre).

« J’ai choisi de limiter les sorties publiques afin de me consacrer corps et âme aux dossiers les plus urgents auxquels la politique sera confrontée dans les prochains mois », a-t-elle déclaré après avoir été accueillie par une ovation de l’auditoire.

Devant les membres de l’association, elle a déclaré qu’en matière d’agriculture, son futur gouvernement aura « plusieurs choses à faire » sur trois grands thèmes : la durabilité, la préservation de la qualité des aliments et la promotion de la souveraineté alimentaire.

La référence à la qualité des aliments n’est pas une nouveauté dans la politique italienne, puisqu’elle s’inscrit dans le sillage de la position traditionnellement ferme adoptée par le pays à l’égard des étiquetages en face avant des emballages de l’UE, considérés comme préjudiciables aux produits alimentaires italiens.

Mme Meloni a souligné que son gouvernement continuerait à mener une campagne « très forte […] contre le Nutri-score », cet étiquetage basé sur un code couleur permettant de caractériser la qualité nutritionnelle globale des aliments et boissons, de même que « tout ce qui nuit aux produits d’excellence ».

En revanche, la référence à la souveraineté alimentaire est presque une première. Terme inventé par le mouvement agroécologique des années 1990, la souveraineté alimentaire est désormais un concept largement approuvé au niveau de l’Union européenne. Et au vu des récents évènements, ce concept a acquis une importance accrue.

En France par exemple, le terme « alimentation » a été officiellement retiré du titre du ministre français de l’Agriculture pour introduire le terme « souveraineté alimentaire ».

« Je suis absolument convaincue que la question de la souveraineté est le thème central auquel la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire sera confrontée [à l’avenir] », a déclaré Mme Meloni. Elle a également ajouté que l’Italie et l’UE doivent s’impliquer dans « une approche pragmatique et sérieuse de la question des chaînes d’approvisionnement mondiales ».

À la base, la souveraineté alimentaire est centrée sur les économies alimentaires locales et durables. L’idée est de remettre le pouvoir entre les mains des personnes qui produisent, distribuent et consomment les aliments plutôt que des entreprises et des institutions de marché.

« Vous devez contrôler les chaînes d’approvisionnement, sinon vous êtes à la merci des évènements », a confié Mme Meloni, ajoutant que « l’on nous a dit que la mondialisation sans règles nous rendrait plus riches : cela n’a pas été le cas. Nous devons nous y faire ».

Une « alternative » au Green Deal

Le futur gouvernement italien devrait également favoriser le secteur de la production du pays, et Mme Meloni a confirmé cette orientation industrielle.

« Notre ligne directrice serait un concept simple : ne pas déranger ceux qui veulent faire, ceux qui créent de la richesse et du travail », a-t-elle indiqué.

Plus particulièrement, la coalition de droite n’envisagera pas de saper la productivité de l’agriculture pour renforcer la protection de l’environnement et poursuivre les objectifs de l’ambitieux Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).

Cet aspect a été mis en avant par l’ancien président du Parlement européen, Antonio Tajani, qui devrait avoir un rôle majeur dans le nouveau gouvernement au sein du groupe Forza Italia (Allez l’Italie), partenaire minoritaire de la coalition.

En ce qui concerne la protection de l’environnement dans l’agriculture, la coalition de droite a « une vision alternative à celle de Frans Timmermans », a expliqué M. Tajani, évoquant le vice-président de la Commission européenne chargé de la mise en œuvre la politique environnementale phare de l’UE, le Pacte vert pour l’Europe.

« Sa vision est idéologique, la nôtre est pragmatique », a-t-il poursuivi, précisant que l’Europe est un continent basé sur « l’économie réelle » et qu’il est impensable de faire une politique environnementale en portant atteinte aux secteurs de l’industrie et de l’agriculture.

M. Tajani s’est également dit ouvert à une révision de la Politique agricole commune (PAC), le programme de subventions agricoles de l’UE, « car elle a été élaborée à une époque bien antérieure à ce qui se passe actuellement », faisant ainsi référence à la crise mondiale des prix alimentaires déclenchée par l’invasion russe en Ukraine.

Ce n’est toutefois pas le moment de rouvrir la PAC, car les travaux préparatoires sont déjà bien avancés, et le nouveau programme entrera en vigueur le 1er janvier 2023 pour cinq ans.

Mme Meloni a confirmé que la durabilité environnementale devait aller de pair avec la durabilité sociale et économique. « Nous voulons défendre l’environnement mais en préservant l’être humain au sein de l’environnement », a-t-elle affirmé.

Mme Meloni et M. Tajani ont salué le fait que les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept de l’UE aient décidé de faire une « pause » sur la proposition de l’exécutif européen visant à réduire l’utilisation et les risques des pesticides lors de leur dernière réunion à Bruxelles.

Le représentant de la Lega (la Ligue), Gian Marco Centinaio, semble être le candidat le plus susceptible d’obtenir le poste de nouveau ministre de l’Agriculture parmi les noms qui circulent actuellement. Parmi les autres candidats, on retrouve également le président de la Colidretti, Ettore Prandini, et Maurizio Lupi, chef d’un parti minoritaire de la coalition de droite.

M. Centinaio a déjà occupé ce poste pendant un an en 2018, et il est le sous-secrétaire sortant à l’Agriculture dans le gouvernement de Mario Draghi.