La France adopte le passe vaccinal, l’Europe se divise sur la vaccination obligatoire
Après quelques déboires, le très controversé passe vaccinal est entré en vigueur lundi (24 janvier) en France à la suite d'un avis positif du Conseil constitutionnel. Certains pays européens comme l'Autriche font le choix plus radical de l'obligation vaccinale.
Après quelques déboires, le très controversé passe vaccinal est entré en vigueur lundi (24 janvier) en France à la suite d’un avis positif du Conseil constitutionnel. Certains pays européens comme l’Autriche font le choix plus radical de l’obligation vaccinale.
Initialement prévu par le gouvernement pour le 15 janvier, ce n’est finalement que depuis lundi que le passe vaccinal est désormais obligatoire sur le territoire français dans de nombreux domaines : restauration, transports, activités de loisirs, etc. Un test antigénique ou PCR négatif ne suffiront plus à activer le QR code.
Si le texte, qui transforme le pass sanitaire en passe vaccinal, arrive avec un peu de retard c’est parce qu’il est loin de faire l’unanimité, jusqu’à faire débat au sein même de la majorité lors de son tout premier passage à l’Assemblée nationale début janvier.
Après que le Sénat et l’Assemblée nationale aient fini par adopter le texte, le Conseil constitutionnel a donné son feu vert vendredi (21 janvier) au projet de loi, à condition qu’il ne soit obligatoire que lorsqu’il est nécessaire. Le passe vaccinal s’était retrouvé devant le Conseil constitutionnel car une soixantaine d’élus, issus de tous les groupes politiques, menés par La France Insoumise, avaient saisi les Sages, dénonçant un dispositif liberticide.
Vaccination obligatoire
Si la France impose désormais le passe vaccinal, parmi les 27 certains États ont franchi le cap de la vaccination obligatoire.
L’exemple le plus récent est l’Autriche, qui a voté le 20 janvier dernier une loi qui impose à toute sa population adulte de se faire vacciner contre la Covid-19. Dans ce pays, environ 72% de la population (8,9 millions d’habitants) dispose d’un schéma vaccinal complet, taux parmi les plus bas du continent.
« La vaccination est la chance pour notre société d’atteindre une liberté durable et continue, sans que le virus nous restreigne », a déclaré le chancelier Karl Nehammer, reconnaissant un « débat très passionné et intense ».
L’Autriche est le premier pays de l’UE à adopter une loi rendant obligatoire la vaccination à l’ensemble de sa population adulte. D’autres pays ont déjà rendu la vaccination obligatoire, mais cette mesure s’applique uniquement à des professions, comme les soignants, ou à des groupes d’âge.
C’est le cas notamment en Italie où, depuis le 6 janvier, seules les personnes de plus de cinquante ans doivent être en mesure de présenter un schéma vaccinal complet. Cette mesure concerne quelque 28 millions d’Italiens. S’ils sont dans l’incapacité de fournir une preuve de vaccination ou un certificat de remise de la Covid, ils se verront interdire l’accès à un bon nombre de lieux publics comme les restaurants, les commerces ou le coiffeur.
Se référant également à l’âge, la Grèce a de son côté décidé d’instaurer la vaccination obligatoire pour les plus de soixante ans. Depuis le 16 janvier, les contrevenants s’exposent à une amende de 100 euros.
De son côté, Emmanuel Macron s’est toujours dit contre la vaccination obligatoire. Il a récemment réitéré son opposition dans une interview accordée au journal Le Parisien, début janvier, dans laquelle il a déclaré : « Si demain je dis pour tous les adultes, il faut être vacciné. Comment on le contrôle et quelle est la sanction ? On ne fera pas ça ».
Protestations
La vaccination obligatoire ou le passe vaccinal sont souvent contestés et entraînent de nombreuses protestations.
En Belgique, les images parlent d’elles-mêmes : dimanche (23 janvier), en marge d’une manifestation contre les restrictions sanitaires à Bruxelles, des affrontements ont éclaté entre protestants et forces de l’ordre. Environ 50 000 personnes étaient réunies selon les autorités sur place. Dans le cortège, des panneaux affichaient « Non à la dictature vaccinale » ou encore « Touche pas à nos enfants », selon un journaliste de l’AFP.
Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a « fermement condamné » ces violences, après que des manifestants aient brisé une porte vitrée au siège des Affaires étrangères, où se trouvaient M. Borrell et ses collaborateurs.
Depuis la fin novembre, les Autrichiens étaient également descendus dans la rue par dizaine de milliers pour protester contre le confinement et la vaccination obligatoire.
Retour en France, où la candidate à l’élection présidentielle Marine Le Pen a réagi sur Twitter à l’annonce du passe vaccinal, déclarant que si elle était élue en avril prochain elle y mettrait un terme, un dénonçant un « dispositif qui porte une telle atteinte aux libertés des Français ».
Également candidate à l’élection si elle gagne la primaire populaire, Christiane Taubira a déclaré sur France 5, lundi soir, dans l’émission C à vous : « En fait le passe vaccinal, c’est une obligation vaccinale. Je pense que le président de la République aurait pu prendre la décision d’une obligation vaccinale ».