La guerre entre Israël et le Hamas menace la stabilité de la Bosnie-Herzégovine

Le début d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient a déclenché une vague de divisions en Bosnie-Herzégovine, qui se manifeste selon des lignes ethniques et religieuses, les Croates et les Serbes soutenant Israël, tandis que les Bosniaques sont du côté des Palestiniens.

EURACTIV Croatie
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Le conflit entre le Hamas et Israël, qui a atteint des sommets après l’attaque du 7 octobre, divise les personnalités politiques et le public en Bosnie-Herzégovine, principalement sur la base de critères ethniques, mais aussi religieux, alors que l’on espère que les pourparlers d’adhésion à l’Union européenne commenceront bientôt. [Shutterstock/RoundGlobalMaps]

Le début d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient a déclenché une vague de divisions en Bosnie-Herzégovine, qui, à l’instar des réactions à la guerre en Ukraine, se manifeste selon des lignes ethniques et religieuses, les Croates et les Serbes soutenant Israël, tandis que les Bosniaques sont du côté des Palestiniens.

Samedi dernier (7 octobre), le Hamas a tiré des roquettes sur des villes israéliennes. Ensuite, ses combattants ont détruit la barrière frontalière entre Israël et Gaza et sont infiltrés en territoire israélien, commettant de nombreux crimes à l’encontre de civils israéliens.

Le conflit entre le Hamas et Israël, qui a atteint un nouveau sommet après cette attaque, divise les personnalités politiques et le public en Bosnie-Herzégovine, principalement sur la base de critères ethniques, mais aussi religieux, alors que l’on espère que les pourparlers d’adhésion à l’Union européenne commenceront bientôt.

Les divisions

Ne serait-ce que dans la ville méridionale de Mostar, les divisions qui étaient apparues pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine dans les années 1990 sont aujourd’hui évidentes.

Alors que le drapeau palestinien flottait mardi (10 octobre) sur le vieux pont dans la partie orientale de la ville, majoritairement bosniaque et musulmane, dans la partie occidentale, majoritairement croate, c’est le soutien à Israël qui est plus répandu.

Les divisions sont également flagrantes au niveau politique, les dirigeants croates et serbes du pays affichant leur soutien à Israël, tandis que les déclarations plus nuancées des Bosniaques se sont limitées à une condamnation générale de la guerre et de la violence, soulignant le droit des Israéliens et des Palestiniens à disposer de leur propre État.

« Pour moi, il est hypocrite de condamner uniquement l’attaque du Hamas contre Israël sans condamner tout ce qui s’est passé avant et après », a écrit la maire bosniaque de Sarajevo Benjamina Karić sur le réseau social X mardi.

Elle a ajouté qu’elle était « émotionnellement secouée » par la nouvelle que Gaza était actuellement privée d’eau et d’électricité et a établi un parallèle avec le siège de Sarajevo, qui a eu lieu pendant la guerre de 1992-1995 en Bosnie-Herzégovine.

« Nous devons nous montrer humains et condamner toute victime innocente de la même façon, tant en Israël qu’en Palestine », a ajouté Mme Karić.

Quelques jours plus tôt, il était déjà clair que la nouvelle guerre aurait un impact sur la scène politique en Bosnie-Herzégovine.

Le jour de l’attaque, la présidente croate du Conseil des ministres de Bosnie, Borjana Krišto, a déclaré qu’elle condamnait « sans équivoque l’attaque injuste et brutale du Hamas contre Israël et ses citoyens » et que son pays était « fermement aux côtés d’Israël en ces temps difficiles ».

Mais c’est lorsque Željko Komšić, le Croate actuellement à la tête de la présidence tripartite du pays, a abordé la question de la situation en Israël que l’émotion était à son comble.

Dans un entretien accordé à BHT 1 lundi (9 octobre), M. Komšić — qui affirme ne pas représenter les Croates car il a été élu principalement par des Bosniaques, dont il est effectivement considéré comme proche — a déclaré que Mme Krišto s’était exprimée « de manière négligente et égoïste » car elle n’avait pas mentionné les souffrances du peuple palestinien.

« C’est la position de la politique de leur parti, et ils vont clairement dans cette direction », a déclaré M. Komšić, comme l’ont rapporté les médias bosniaques et croates.

Il a qualifié les actions du Hamas de « geste de désespérés qui voient dans la terreur des civils un moyen de s’en sortir », ajoutant que tout devait être considéré « dans son contexte », ont rapporté les médias.

Les propos de M. Komšić ont suscité la réaction de l’ambassadrice d’Israël en Bosnie-Herzégovine, Galit Peleg, qui a déclaré que le Hamas avait attaqué Israël et que les victimes étaient pour la plupart des civils israéliens.

« M. Komšić estime que tout cela doit être replacé dans son contexte. Dans quel contexte, M. Komšić ? Dans le contexte de l’ISIL [État islamique] ? Dans le contexte d’Auschwitz ? Dans quel contexte est-il légitime de torturer de jeunes enfants ? D’enlever des grands-mères ? De tuer des bébés dans leur lit ? », a-t-elle demandé. M. Komšić a ensuite répondu en la qualifiant d’« imbécile manipulée ».

Les déclarations de M. Komšić ont également suscité des réactions de la part de l’eurodéputé croate HDZ (le parti au pouvoir) Željana Zovko, ancienne ambassadrice de Bosnie-Herzégovine en France, en Espagne et en Italie.

Dans une déclaration exclusive à Euractiv Croatie, Mme Zovko s’est dite consternée par la manière peu diplomatique dont M. Komšić a communiqué avec l’ambassadrice d’Israël et par l’amalgame fait entre le peuple palestinien et le Hamas.

« Ce n’est pas le combat d’Israël contre les Palestiniens, mais contre le Hamas, le groupe terroriste qui a attaqué Israël et commis des massacres contre des civils israéliens. Il s’agit d’une lutte contre le terrorisme dans laquelle Israël se protège et protège l’ensemble du monde libre. Et cette déclaration de M. Komšić montre à quel point il est un instrument entre les mains des terroristes », a expliqué Mme Zovko à Euractiv.

« Les Croates du centre de la Bosnie-Herzégovine ont l’expérience des meurtres rituels comme ceux perpétrés par le Hamas en Israël », a déclaré Mme Zovko, faisant référence à la guerre de la première moitié des années 1990, lorsque de nombreux combattants radicalisés de pays musulmans sont venus en Bosnie-Herzégovine et y sont restés, alors qu’ils auraient dû partir depuis longtemps selon les accords et les engagements pris à Sarajevo.

Euractiv a contacté le cabinet de M. Komšić à la présidence de la Bosnie-Herzégovine, mais n’a pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.

L’adhésion à l’UE

Pour l’homme politique et sociologue Anđelko Milardović, la guerre au Moyen-Orient a déclenché un nouveau cycle de tensions en Bosnie-Herzégovine.

« Le vieux conflit au Moyen-Orient a été ravivé et se propage maintenant en Bosnie-Herzégovine. Cela ne signifie pas qu’il ne se reflétera pas dans d’autres parties de l’Europe et du monde », a indiqué M. Milardović à Euractiv, mettant en garde contre les dangers liés à la division de la Bosnie-Herzégovine en fonction de critères ethniques et religieux.

Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine des divisions selon des lignes ethniques se sont formées en Bosnie-Herzégovine, les Bosniaques et les Croates s’étant rangés du côté de l’Ukraine, et les Serbes ethniques ayant exprimé leur soutien à la Russie.

« De telles divisions en Bosnie-Herzégovine sont dangereuses. Elles sont fondées sur la civilisation. Elles existaient avant tout cela, mais les guerres en Ukraine et surtout en Israël les approfondissent et les intensifient », a conclu M. Milardović.

Tout ceci arrive à un moment crucial pour la Bosnie-Herzégovine qui, à la fin de l’année dernière, a finalement obtenu le statut tant attendu de pays candidat à l’UE, Sarajevo s’attendant à ce que les négociations d’adhésion débutent d’ici la fin de l’année.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Davide Basso]