La nomination de Pierre Moscovici reçoit un accueil dubitatif en France

Jean-Claude Juncker a donné le 10 septembre la répartition finale des portefeuilles entre les 27 commissaires de son équipe. L’arrivée du français Pierre Moscovici aux Affaires économiques a suscité de nombreuses critiques, à droite comme à gauche.  

EURACTIV.fr
Pierre Moscovici à Bruxelles
Pierre Moscovici à Bruxelles

Jean-Claude Juncker a donné le 10 septembre la répartition finale des portefeuilles entre les 27 commissaires de son équipe. L’arrivée du français Pierre Moscovici aux Affaires économiques a suscité de nombreuses critiques, à droite comme à gauche.  

La nomination de Pierre Moscovici aux Affaires économiques et financières a provoqué de vives réactions du côté français. Attendu à une responsabilité économique au sein de la nouvelle Commission européenne, l’ancien ministre de l’Économie et de finances a vu les ambitions françaises confirmées en obtenant le portefeuille AFCO.

Une nouvelle bien accueillie par le gouvernement français. « Cette nomination est conforme à la demande et aux souhaits de la France », a réagi le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. Le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Harlem Désir, a quant à lui saluer « le choix de  Jean-Claude Juncker de proposer Pierre Moscovici comme Commissaire européen en charge des Affaires économiques et financières ».

Soutien mitigé

Au Parlement européen, le futur Commissaire a également pu compter sur le soutien de sa famille politique. La délégation des socialistes français au Parlement européen salué l’obtention du portefeuille « face aux conservateurs en Europe. […]c’est un portefeuille essentiel pour lutter contre les paradis fiscaux. »

« La nomination de Pierre Moscovici est une chance historique de changer de politique économique au sein de l’Europe pour enfin renouer avec la croissance » a pour sa part souligné l’eurodéputé socialiste belge Hugues Bayet, membre de la commission ECON.

Reste que le périmètre d’action imposé au futur Commissaire européen français a fait grincer des dents  une partie de la classe politique française.

«On marche sur la tête ! Le jour où la France annonce un nouveau report des objectifs de déficit public et revoit à la baisse ses prévisions de croissance, Pierre Moscovici est nommé commissaire aux affaires économiques et monétaires ! Quelle légitimité aura-t-il pour conseiller les autres États membres en matière de politique économique ?» s’étonne l’eurodéputée PPE Françoise Grossetête.

>>Lire : Le dérapage du déficit français brise la promesse faite à Bruxelles

En effet, la France qui s’était engagée à réduire son déficit public en 2014 a finalement annoncé que ce dernier allait au contraire progresser à 4,4 % du PIB, quelques heures avant l’annonce de la répartition des portefeuilles entre les différents Commissaires européens.

Pour le futur président de la Commission, Jean-Claude Juncker, la situation française en matière de finances publiques fait justement de Pierre Moscovici un bon candidat aux Affaires économiques.

« Il m’a semblé utile que ceux qui connaissent le mieux les problèmes de certains pays viennent de ces pays-là. Je ne vais pas entrer dans le détail de la situation budgétaire française, vous avez vu les chiffres qui ont été annoncés ce matin, mais Pierre Moscovici est bien placé pour contribuer à résoudre ce problème », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse le 10 septembre.

Enfin, d’autres craignent que les attributions de Pierre Moscovici ne soient mises sous tutelle par les vice-présidents de la future Commission. En effet,  selon sa lettre de mission, Pierre Moscovici devra  « travailler étroitement » avec le vice-président en charge de l’emploi, de la croissance, de la compétitivité, le Finlandais Jyrki Katainen et avec le vice-président pour l’euro et le dialogue social, le Letton Valdis Dombrovskis, tous deux partisans de l’orthodoxie budgétaire.

 >>Lire : La nouvelle Commission européenne joue sur les affectations paradoxales

« Pierre Moscovici sera soumis à la tutelle de deux vice-présidents, qui ont réussi chez eux le redressement raté en France » selon Alain Lamassoure, président de la délégation UMP au Parlement européen.

Si le poste obtenu par le Commissaire français, qui entrera en fonction le 1er novembre, a concentré les réactions en France, le reste du collège de Commissaires ainsi que l’organisation innovante mise en place par Jean-Claude Junker ont également suscité les critiques.  

Nouveauté institutionnelle innovante

L’organisation en « cluster » du collège de Commissaire semble remporter une certaine adhésion.

Les eurodéputés français  Europe Écologie au Parlement européen « observent et saluent une plus grande politisation des enjeux autour de cette nouvelle Commission », tandis qu’Alain Lamassoure la qualifie de « novatrice et habile »

« Cependant, telle qu’elle est à l’heure actuelle, et la manière dont elle a été constituée, elle manque de clarté » ont estimé les Co-Présidents du groupe des Verts / ALE, Rebecca Harms et Philippe Lamberts.

Le son de cloche est également plus mitigé chez les eurodéputés  socialistes français. « La répartition des autres compétences, notamment celles des vice-présidents, telle que le Président de la Commission européenne l’a présentée aujourd’hui, incarne cependant difficilement cette  indispensable réorientation » soulignent-t-ils.

Des profils compétents

Autre bon point attribué à la future Commission, le choix de personnalités compétentes et expérimenté aux postes clés. « On a souvent pu taxer la Commission de centre de recyclage où certains États membres envoyaient leurs indésirables. Avec cinq ex-premiers ministres et trois vices premiers […]devront peser de toute leur expérience dans une politique non plus nationale, mais européenne et bien plus orientée vers le citoyen »  s’est félicité encore Marc Tarabella, chef de la délégation socialiste belge au Parlement européen

Le choix « des vice-présidents c parmi les poids lourds politiques est un gage d’efficacité » a également affirmé Alain Lamassoure, tandis que les Verts français ont salué « l’envoi aux postes de commissaires des candidates et des candidats expérimentés, notamment d’anciens premiers ministres ». Marielle de Sarnez, eurodéputé centriste a salué « une équipe compétente et talentueuse »

Des auditions à risque 

Parmi les nouveaux Commissaires, certains ont fait l’objet de critiques sévères, ce qui augure des grands oraux compliqués devant le Parlement européen. C’est notamment le cas du Commissaire espagnol Miguel Arias Canete, dont la nomination à l’énergie et au climat a hérissé les ONG et les écologistes.

Le fait de donner les services financiers à Jonathan Hill, le commissaire nommé par le Royaume-Uni a aussi provoqué l’incompréhension de certains eurodéputés. « Il ne faut pas scinder les compétences de l’Union économique et monétaire et les marchés financiers, c’est une aberration ! Et le pilotage d’un acteur extérieur à la zone euro en la matière est essentiel » a affirmé Pervenche Berès, présidente de la délégation socialiste française au Parlement européen,

« La décision de proposer Lord Hill à un poste hautement sensible comme celui des services financiers et l’Union bancaire. Cette approche est contre-productive, le proposer comme Commissaire en charge de l’Union bancaire est une provocation » ont également affirmé Rebecca Harms et  Philippe Lamberts.

C’est cependant la nomination de Tibor Navracsics, un proche de Viktor Orban, du parti Fidez au poste de Commissaire à la citoyenneté qui a provoqué une véritable levée de boucliers.

« Nommer l’ancien ministre de la Justice Hongrois au poste de Commissaire de la culture, de la jeunesse et de la citoyenneté, c’est au mieux une provocation, au pire une abdication du Président de la Commission dans son rapport avec Monsieur Orban » soutient Guillaume Balas, eurodéputé socialiste.

« Jean-Claude Juncker n’aurait pas dû accepter un tel profil à la Commission, et nous allons nous y opposer » a  averti Pervenche Berès. Les socialistes hongrois ont déjà prévenu qu’ils en feraient de même.