La nouvelle norme Euro 7 fera grimper les prix des voitures, selon l’industrie

La nouvelle législation européenne visant à réduire la pollution atmosphérique causée par les véhicules augmentera les coûts de fabrication de 2 000 euros pour les voitures et de 12 000 euros pour les camions et les bus, d’après une nouvelle étude.

Euractiv.com
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Le projet de normes Euro 7, dévoilé en novembre 2022, se concentre sur les polluants nocifs pour la santé humaine plutôt que sur les émissions de carbone, tels que les particules, l’oxyde d’azote et le monoxyde de carbone. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/traffic-cars-caught-crowd-photo-taken-2143242013" target="_blank" rel="noopener">samoila ionut / Shutterstock.com</a>]

La nouvelle législation européenne visant à réduire la pollution atmosphérique causée par les véhicules augmentera les coûts de fabrication de 2 000 euros pour les voitures et de 12 000 euros pour les camions et les bus, d’après une nouvelle étude soutenue par l’association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA). En outre, cette hausse devrait être bien plus élevée que les estimations initiales de la Commission européenne.

Le projet de norme Euro 7, dévoilé en novembre 2022, se concentre sur les polluants nocifs pour la santé humaine plutôt que sur les émissions de carbone, tels que les particules, l’oxyde d’azote et le monoxyde de carbone.

Selon la proposition de la Commission européenne, les valeurs de gaz d’échappement les plus basses possibles dans le cadre de la précédente version du règlement — les normes Euro 6 — seront rendues obligatoires pour les voitures et les camionnettes. Des limites distinctes pour les bus et les camions seront également instaurées.

Par ailleurs, pour la première fois, une limite sera fixée pour les particules émises par les freins et les pneus.

Sigrid de Vries, directrice générale de l’ACEA, a déclaré que la proposition sur les normes Euro 7 « entraînerait une incidence extrêmement faible sur l’environnement pour un coût extrêmement élevé », ce qui serait probablement répercuté sur les consommateurs sous la forme d’une hausse du prix des véhicules.

« La transition vers l’électrification [et] le remplacement des vieux véhicules sur les routes de l’UE par des modèles Euro 6/VI très efficaces aura des effets bénéfiques plus importants sur l’environnement et la santé », a-t-elle déclaré.

Des estimations différentes

En analysant les effets des nouvelles règles, la Commission européenne a estimé que les mesures entraîneraient un surcoût de 180 à 450 euros pour les voitures et les camionnettes et de 2 800 euros pour les camions et les bus, soit quatre à dix fois moins que ce que prévoit l’étude menée par l’industrie.

L’étude réalisée par le cabinet de conseil Frontier Economics confirme les critiques formulées de longue date par le secteur automobile : les règles sont trop coûteuses à mettre en œuvre pour les fabricants.

De leur côté, les constructeurs automobiles affirment que l’argent sera mieux dépensé s’il est consacré à l’augmentation de la production de véhicules électriques.

Les représentants de l’industrie ont rapidement souligné que les normes Euro 6 en vigueur sont « les plus complètes et les plus strictes au monde en matière d’émissions polluantes ».

« Les gaz d’échappement sont déjà à un niveau à peine mesurable grâce à la technologie de pointe des véhicules », a déclaré l’ACEA dans un communiqué.

Les constructeurs ont également contesté le délai d’entrée en vigueur des normes Euro 7, estimant qu’il était trop serré.

Le constructeur allemand Volkswagen a demandé en avril que la mise en œuvre des nouvelles normes d’émission soit repoussée de l’été 2025 à l’automne 2026. L’entreprise a prévenu que si les législateurs de l’UE s’en tenaient au calendrier prévu (juillet 2025), la production de certains modèles pourrait être interrompue dans toute l’Europe.

Certains États membres sont inquiets

Un groupe d’États membres de l’UE, emmené par la République tchèque et comprenant la Bulgarie, la France, la Hongrie, l’Italie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie, s’est également uni pour s’opposer à la législation, citant les répercussions que les règles pourraient entraîner sur l’emploi et l’industrie locale.

« Nous nous opposons à toute nouvelle exigence en matière d’émissions de gaz d’échappement pour les voitures et les camionnettes, car elle détournerait les investissements du secteur de la voie récemment convenue menant à zéro émission de CO2 pour les voitures », peut-on lire dans une lettre envoyée à la présidence suédoise du Conseil de l’Union européenne et à la Commission européenne.

Le groupe fait pression pour que les nouvelles normes d’émissions polluantes soient reportées d’au moins trois ans pour les voitures et de cinq ans pour les camions.

Réaction des militants écologistes

Les militants écologistes ont pour leur part critiqué cette étude.

« L’industrie automobile tente d’effrayer les gens et de se décharger de toute responsabilité en présentant [la situation] comme un choix entre [les normes] Euro 7 et l’électrification alors que l’industrie a amplement les moyens de faire les deux », a confié à EURACTIV Adrian Hiel, responsable des médias au sein du réseau d’autorités locales Energy Cities.

« L’ACEA crie au loup à propos des émissions polluantes depuis des décennies. Il n’y a aucune raison de penser que c’est différent cette fois-ci », a-t-il ajouté.

M. Hiel a comparé la différence de coût entre les normes Euro 7 et les normes Euro 6 au coût que représente « l’ajout de sièges en cuir ou d’un système audio haut de gamme » à une voiture.

« Il n’y a pas de moyen plus efficace de sauver des milliers de vies », a-t-il affirmé.

Si le passage à l’électrique permet d’éliminer les émissions à l’échappement, les moteurs à combustion resteront présents sur les routes de l’Union européenne pendant encore plusieurs décennies.

L’ACEA, qui représente les constructeurs automobiles, bénéficierait en fait de l’abandon total des normes Euro 7, car les coûts nécessaires à la remodélisation des moteurs à combustion pour les rendre plus propres seraient ainsi réduits.

L’association affirme qu’elle investirait l’argent ainsi dépensé dans l’amélioration des moteurs électriques.

On estime qu’environ 20 % des voitures en Europe seront encore équipées d’un moteur à combustion en 2050, soit 15 ans après l’entrée en vigueur de l’interdiction de vente des voitures à essence et à moteur diesel.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]