La prolongation de l’interdiction des produits agricoles ukrainiens par l’UE, un véritable casse-tête pour les États membres

La pression monte sur la Commission européenne pour qu’elle prolonge l’interdiction imposée à certains produits agricoles ukrainiens à l’approche de l’échéance de l’accord temporaire actuel, mais tout le monde n’est pas d’accord.

Euractiv.com
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La Pologne — soutenue par les quatre autres États membres situés en première ligne, à savoir la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie — a fait pression en faveur d’une prolongation de l’interdiction lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE mardi (25 juillet). [<a href="https://cdne-newsroom-prd.azureedge.net/photo-files/md/d8c25066-d0b9-4f26-9b56-04dd315ba77e.jpg" target="_blank" rel="noopener">Union européenne</a>]

La pression monte sur la Commission européenne pour qu’elle prolonge l’interdiction imposée à certains produits agricoles ukrainiens à l’approche de l’échéance de l’accord temporaire actuel, mais des désaccords subsistent.

L’interdiction temporaire actuelle frappant certains produits agricoles ukrainiens, qui expire le 15 septembre, a été mise en place pour soulager les pays voisins de l’Ukraine, qui avaient unilatéralement imposé leur propre interdiction en avril dernier, après que l’afflux de produits agricoles ukrainiens sur leurs territoires avait mis leurs agriculteurs à rude épreuve.

Face aux inquiétudes concernant la récente suspension de l’accord sur les exportations de la mer Noire qui pourrait conduire à une augmentation des flux de céréales et des goulets d’étranglement, la Pologne — soutenue par les quatre autres États membres situés en première ligne, à savoir la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie — a fait pression en faveur d’une prolongation de l’interdiction lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE mardi (25 juillet).

Une source diplomatique de l’UE a confié à EURACTIV que ces pays ne voyaient « pas d’arguments significatifs qui justifieraient la suppression de ces mesures », appelant à ce que l’accord soit prolongé « au moins jusqu’à la fin de l’année ».

Cependant, une autre source de l’UE qui a participé à la discussion à huis clos entre les ministres a expliqué à EURACTIV que tous les États membres ne soutenaient pas cette décision : l’Allemagne, le Danemark, la France, la Lettonie, le Luxembourg et les Pays-Bas ayant exprimé certaines inquiétudes.

Pour sa part, le ministre espagnol de l’Agriculture et nouveau président du Conseil « Agriculture et pêche » (AGRIPECHE), Luis Planas, a déclaré que la demande avait été accueillie avec des « réactions mitigées ».

« Certains États ont soutenu l’initiative polonaise. D’autres s’y sont vivement opposés et d’autres encore n’ont pas pris position », a-t-il noté.

Des informations supplémentaires sont nécessaires

Le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, estime toutefois qu’il est trop tôt pour se prononcer.

Soulignant que l’objectif consistait à trouver des solutions qui tiennent compte des intérêts de l’Ukraine et pas seulement de ceux de l’UE, le commissaire a déclaré que l’exécutif européen était en train de rassembler les informations nécessaires pour prendre une décision définitive, qui interviendra probablement en septembre.

« En septembre, nous devrons présenter un résumé de toutes les nouvelles circonstances », a-t-il expliqué, mettant l’accent sur la nécessité de disposer de plus d’informations, telles qu’un aperçu de la récolte de cette année, afin d’obtenir une idée plus globale de la situation.

Il a précisé que la Commission ne disposait actuellement que d’« estimations approximatives », qui indiquent que les récoltes sont susceptibles d’être « supérieures de 13 millions de tonnes ».

Autrement, le commissaire a averti qu’il pourrait y avoir à nouveau une situation de « commerce légal, mais pas équitable », ce qui créerait des conditions dans lesquelles les agriculteurs ukrainiens et ceux de l’UE seraient perdants.

« Nous devons donc observer et analyser pleinement cette situation et je pense que ce sera chose faite d’ici septembre », a-t-il réaffirmé.

Un champ d’application élargi ?

Par ailleurs, selon la source diplomatique, certains pays font également pression pour créer un catalogue de produits qui ne peuvent pas être importés afin d’offrir une plus grande flexibilité dans l’adaptation à l’évolution des conditions du marché.

Cette mesure permettrait aux produits agricoles d’être « ajoutés ou rayés de la liste, selon les besoins », a précisé la source.

Tout en reconnaissant les appels de la Pologne, son pays d’origine, à étendre cette liste, le commissaire a déclaré qu’il n’y avait pas encore eu de « discussion » sur les autres produits au cours de la réunion ministérielle.

Il a toutefois ajouté que cette question « doit être examinée », notamment dans les secteurs des fruits à baies et de la volaille, dont les importations ont été multipliées par deux, selon lui.

La menace d’une action unilatérale

Les discussions s’inscrivent sur fond de menaces de la part de la Pologne d’imposer à nouveau des mesures unilatérales si l’interdiction à l’échelle de l’UE n’est pas prolongée.

Or, l’idée que certains pays puissent prendre les choses en main a suscité une grande consternation chez d’autres ministres.

« Nous ne surmonterons ce problème que collectivement, non par des mesures unilatérales », a affirmé le Français Marc Fesneu aux journalistes avant la réunion des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne.

Rappelant que les pays de l’UE avaient déjà fait preuve de solidarité avec les pays situés en première ligne, en autorisant l’utilisation de la réserve de crise de l’UE pour un montant de plusieurs millions d’euros, le ministre a souligné qu’il n’était pas possible d’aller de l’avant « dans un esprit fondé sur le chacun pour soi ».

De son côté, l’Allemand Cem Özdemir est allé plus loin en rappelant qu’en tant que gardienne des traités, la Commission européenne « doit insister pour que les traités européens soient respectés ».

« Il ne s’agit pas d’une situation dans laquelle on peut prendre de l’argent à Bruxelles tout en fermant [unilatéralement] la frontière », a-t-il déclaré.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]