Les débuts hésitants du nouveau président roumain
Quatre mois après son entrée en fonction, le président roumain Nicușor Dan peine à concrétiser les promesses qui l’ont porté au pouvoir. Ses difficultés, notamment dans ses relations avec le gouvernement, commencent à susciter de sérieuses interrogations.
BUCAREST — Militant anti-corruption de longue date, Nicușor Dan a fait campagne en proposant des réformes radicales après une décennie sous le signe de la corruption avec la coalition PSD (sociaux-démocrates) et PNL (libéraux). Le mécontentement populaire a également ouvert la voie à l’extrême droite pour devenir la force d’opposition la plus influente.
Durant la campagne, le président avait multiplié les engagements publics, allant jusqu’à les signer en direct lors de débats : pas de hausse de TVA et des « salaires compétitifs » pour les enseignants, entre autres.
« Les attentes sont énormes et la pression publique s’intensifie déjà, car les gens exigent désormais des résultats », a expliqué Cristian Andrei, analyste à l’Agence de notation politique.
Dès ses premières semaines au pouvoir, ces promesses se sont heurtées à la realpolitik. La nouvelle coalition PSD-PNL dirigée par le technocrate Ilie Bolojan a introduit un plan d’austérité qui a fait augmenter la TVA, réduit les heures d’enseignement et diminué les salaires — en contradiction directe avec les engagements du président.
Depuis lors, le président s’est largement tenu à l’écart des débats économiques et n’a pas pris position sur les réformes judiciaires. Il a même opposé son veto à une loi contre l’extrémisme, une décision interprétée comme une tentative de séduire les électeurs nationalistes.
Bien que le président se soit engagé à combler les profondes divisions en Roumanie, Cristian Andrei a fait valoir qu’« il ne peut y parvenir seul », soulignant la nécessité d’un soutien civique.
Pour l’heure, le président apparaît isolé : il n’a pas de porte-parole, ne dispose que d’un seul conseiller, fonctionne avec l’équipe héritée de Klaus Iohannis et Ilie Bolojan, tandis que huit départements de l’administration présidentielle restent vacants. En outre, aucun responsable n’a encore été nommé à la tête des services de renseignement.
Un président isolé sur la scène internationale
En Roumanie, la politique étrangère est la principale responsabilité du président, mais là encore, Nicușor Dan est resté relativement discret. Selon un sondage Avangarde, 51 % des Roumains sont insatisfaits de ses performances dans ce domaine.
Il maintient son soutien à l’Ukraine, mais sans ligne stratégique claire. « Cette prudence prive ses adversaires d’arguments, mais laisse aussi les citoyens dans l’incertitude », estime Cristian Andrei.
Par ailleurs, son absence lors d’évènements internationaux majeurs a également suscité des critiques. Il n’a pas assisté à l’Assemblée générale des Nations unies à New York ni à la cérémonie de la Journée de la marine à Constanța.
Même parmi ses soutiens, l’inquiétude monte.
L’ancien président Traian Băsescu, qui l’avait soutenu pendant sa campagne présidentielle, a qualifié ses débuts de « prudents » et marqués par des tensions avec le Premier ministre.
Le député européen conservateur Claudiu Târziu a quant à lui déclaré que le fait de ne pas se rendre à l’ONU était une « erreur stratégique » qui avait « isolé la Roumanie sur la scène internationale ».
L’ancien Premier ministre Victor Ponta a qualifié ses débuts de « faibles », un sentiment partagé par le député social-démocrate Mihai Fifor.
S’il s’exprime rarement avec fermeté, Nicușor Dan a toutefois averti que la Roumanie était « la cible d’une guerre hybride menée par la Russie ».
Pour certains analystes, ce discours sert surtout à justifier l’annulation des élections par Bucarest en début d’année et à renforcer l’orientation pro-européenne de la Moldavie, fragile voisine de l’Est.
Une présidence en veilleuse ?
Mais c’est surtout son style de communication qui alimente l’impression d’une présidence effacée. Le chef de l’État évite la presse, tarde à pourvoir des postes clés et manque de visibilité, au point d’inquiéter jusqu’à ses propres partisans.
Interrogé sur Antena 3 CNN au sujet de son démarrage lent, le président l’a comparé à ses participations à des concours de mathématiques : « Pendant les 45 premières minutes, je n’écrivais rien sur la copie d’examen […] Ce qui compte, c’est la fin. »
Nicușor Dan estime qu’il est trop tôt pour juger. Mais de nombreux Roumains s’interrogent déjà : fait-il preuve de prudence stratégique ou assiste-t-on à une présidence en veilleuse ?
Sebastian Rotaru a contribué à la rédaction de cet article.
(asg)