La Russie réduit sa dépendance aux armes iraniennes
Les livraisons d’armements iraniens à destination de la Russie ont fortement diminué par rapport aux premières phases de la guerre en Ukraine. Pour autant, dans un conflit marqué par des frappes quotidiennes intenses — visant majoritairement des infrastructures civiles — chaque drone continue de jouer un rôle crucial dans l’arsenal russe.
Les vastes mouvements de contestation qui ont secoué l’Iran ces derniers mois ont ravivé les interrogations sur la stabilité du régime et sur les répercussions potentielles pour ses alliés, dont Moscou. Lors des débuts de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la Russie s’était largement tournée vers l’Iran pour combler ses besoins urgents en armements, notamment en munitions, missiles et, plus tard, en drones Shahed utilisés sur l’ensemble du territoire ukrainien.
« La majeure partie des livraisons iraniennes est arrivée peu après 2022 », explique Pieter Wezeman, expert en armement et chercheur senior au sein du programme sur les transferts d’armes du SIPRI, à Euractiv. Il s’agissait notamment de centaines de missiles à courte portée guidés par satellite, de près de 500 autres missiles à courte portée et d’environ 200 missiles sol-air, si l’on en croit Bloomberg. En outre, l’Iran aurait fourni à la Russie des lanceurs de missiles guidés par satellite l’année dernière.
La Russie aurait initialement acquis environ 6 000 drones iraniens, assortis d’un accord lui permettant d’implanter une usine de production sur son territoire dès 2023. En mars 2025, Moscou menait déjà des attaques hebdomadaires contre l’Ukraine à l’aide d’environ 1 000 drones suicides Shahed, rebaptisés « Geran » (qui signifie « géranium » en russe). Ces appareils correspondent à des versions sensiblement améliorées, tant sur le plan mécanique que sur celui de la navigation.
L’Iran « n’a apparemment pas accès au modèle avancé [russe], ce qui est remarquable en soi », selon David Jalilvand, directeur général du cabinet de conseil Orient Matters et membre du Conseil allemand des relations étrangères.
Une goutte d’eau dans l’océan
Selon les experts, le rapprochement militaire entre Moscou et Téhéran répondait avant tout à une urgence conjoncturelle, plutôt qu’à une dépendance durable. « Il était basé sur les besoins immédiats de la Russie pour pouvoir mener une attaque à grande échelle contre l’Ukraine », note Pieter Wezeman.
John Lough, qui dirige le département de politique étrangère du New Eurasian Strategies Centre, affirme que les livraisons iraniennes ont perdu de leur importance à mesure que la Russie augmentait sa production nationale.
En effet, le complexe industriel russe s’est transformé pour subvenir à ses propres besoins en munitions.
L’Iran fournit toujours des drones Shahed et soutient les capacités russes en termes de quantité, mais la Russie n’en dépend clairement plus autant. Aujourd’hui, la Corée du Nord joue un rôle bien plus central dans l’effort de guerre russe en Ukraine.
Selon des estimations récentes, la Russie aurait dépensé près de 3,5 milliards d’euros depuis 2021 en équipements militaires iraniens, dont 2,3 milliards pour des missiles. Cela ne représente qu’une petite partie du coût total de la guerre, qui s’élevait à 116 milliards d’euros pour 2025, comme le révélait le ministre russe de la Défense en décembre.
Selon Pieter Wezeman, la fourniture de munitions, de drones et de missiles par l’Iran a été utile, mais n’était probablement pas essentielle pour permettre à la Russie de poursuivre sa guerre contre l’Ukraine.
« Les armes iraniennes ne sont pas très appréciées, tant en termes de technologie sous-jacente que de qualité de fabrication », souligne-t-il. En outre, la plupart des transferts provenaient probablement de stocks, dont la qualité était douteuse et la durée de conservation limitée.
John Lough ne s’attend pas à ce que les livraisons d’armes et la coopération militaro-industrielle changent beaucoup, en supposant que le régime iranien survive.
Alliés structurels
Si l’Iran était un partenaire militaire important pour la Russie au début de la guerre avec Kiev, il n’est plus aujourd’hui qu’une option parmi tant d’autres pour le Kremlin, estime le groupe de réflexion américain CEIP.
Cependant, il serait erroné d’ignorer la relation à long terme entre la Russie et l’Iran. Depuis 2015 et le début de leur coopération dans la guerre civile syrienne, les relations entre les deux pays en matière d’armement et de politique de sécurité se sont beaucoup plus institutionnalisées, avec des échanges très réguliers au niveau des dirigeants et des équipes de travail.
« L’accent est en fait mis sur le transfert de connaissances et de technologies en dessous du seuil des grands systèmes d’armes tels que les avions ou la défense antimissile », dit David Jalilvand.
Et si l’on suppose que le complexe militaro-industriel iranien a subi des dommages lors des attaques israéliennes et américaines de l’été dernier, leur ampleur exacte reste inconnue. « De nombreux éléments suggèrent que la R&D [recherche et développement] et la production se poursuivent », conclut David Jalilvand.
Et c’est probablement la R&D qui est la plus importante pour la Russie.