L’afflux de céréales ukrainiennes dans l’UE inquiète les agriculteurs du bloc
La Commission européenne se dit consciente de l’impact que les « couloirs de solidarité » de l’UE, destinés à stimuler les exportations de céréales ukrainiennes, ont sur les pays voisins de l’Ukraine tels que la Roumanie ou la Pologne et déclare être attentive à la situation.
La Commission européenne se dit consciente de l’impact que les « couloirs de solidarité » de l’Union européenne, destinés à stimuler les exportations de céréales ukrainiennes, ont sur les pays voisins de l’Ukraine tels que la Roumanie ou la Pologne et déclare être attentive à la situation.
L’UE a lancé l’initiative des couloirs de solidarité fin mai 2022 pour aider l’Ukraine à exporter ses produits agricoles via différentes voies — notamment le transport ferroviaire, routier et fluvial — en raison des perturbations causées par la guerre menée par la Russie.
Les couloirs de solidarité se sont avérés efficaces. En décembre 2022, trois millions de tonnes de céréales ont été exportées grâce à cette mesure, selon le directeur général adjoint de la Commission européenne, Michael Scannell.
« Personne n’avait prévu un tel succès au moment de la création des couloirs de solidarité, mais bien sûr, cela a un coût en termes de perturbations de l’activité commerciale locale dans les pays voisins », a déclaré M. Scannell aux eurodéputés au cours d’une réunion de la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI) cette semaine.
Même si les couloirs de solidarité étaient censés faciliter le transport via des pays voisins comme la Roumanie vers les marchés du reste de l’UE et du monde, les agriculteurs de ces pays ont averti à plusieurs reprises que de grandes quantités de céréales sont actuellement bloquées dans les régions frontalières et éjectent la production locale du marché.
Par exemple, en septembre dernier, les producteurs de céréales roumains ont prévenu que les exportations de céréales ukrainiennes passant par les couloirs de solidarité les conduisaient au bord de la faillite.
L’exécutif européen avait alors assuré que cela n’avait aucun impact négatif sur le marché unique, mais M. Scannell a admis que le problème devait être pris en compte et a promis que la Commission était « très attentive » à la situation.
Améliorer la logistique
M. Scannell a expliqué qu’il fallait améliorer la logistique, notamment en mettant en place de meilleures liaisons routières, ferroviaires et fluviales pour transporter les céréales encore plus loin, mais également qu’il fallait développer de meilleures installations de stockage dans les pays concernés.
« De gros investissements sont en cours à cet égard », a souligné le directeur général adjoint de la Commission. Cependant, il n’a pas mentionné de montant ou de délai concernant ces investissements, et n’a pas confirmé s’ils provenaient de fonds de l’UE, nationaux ou privés.
Il a toutefois tenu à rassurer en soulignant que la résolution des problèmes soulevés « est une grande priorité » et que les couloirs de solidarité « serviront en fin de compte les intérêts de ces pays voisins », car ces derniers auront de « vastes nouveaux marchés » à leur disposition une fois que l’UE aura procédé à une plus grande intégration de l’Ukraine.
Cependant, les eurodéputés, et notamment ceux des pays concernés, ne sont pas convaincus.
La situation dans « des pays comme la Pologne et la Roumanie est très difficile », a souligné l’eurodéputée socialiste Clara Aguilera au cours de la réunion. Elle a également appelé à fournir une aide spécifique et à ce que la Commission apporte « un meilleur soutien » aux pays frontaliers de l’Ukraine.
Des cultures abandonnées
Durant la réunion, l’eurodéputé roumain Daniel Buda a lu un message qu’il avait reçu d’un agriculteur de son pays : « Je vous prie d’envoyer ces produits [agricoles] à l’Afrique, où ils en ont réellement besoin ».
L’agriculteur a ensuite expliqué que les prix à la production du maïs étaient tombés bien en dessous de ses coûts de fabrication, ce qui l’a incité à ne pas récolter ses 200 hectares de maïs. « Je vais le laisser aux animaux sauvages, car cela ne sert à rien de le récolter », a-t-il précisé.
Les agriculteurs « attendent une solution », a souligné M. Buda, qui a accusé l’exécutif européen de ne pas prendre des mesures.
Pour sa part, M. Scannell a également noté que des sujets tels que les couloirs de solidarité et les problèmes qui y sont liés seraient très probablement abordés lors du prochain sommet UE-Ukraine début février.
Après la flambée des prix alimentaires mondiaux dans les mois qui ont suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les pressions sur les prix se sont quelque peu apaisées à présent. En décembre, les prix alimentaires mondiaux étaient inférieurs à ceux de l’année précédente, selon l’indice des prix des produits alimentaires de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Par ailleurs, le ministère ukrainien de l’Agriculture a annoncé en septembre que l’Ukraine avait récolté 44 millions de tonnes de céréales pendant la saison de récolte.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]