L’Arctique n’est pas une zone sensible, selon le commissaire aux Transports

Il n’y a aucune preuve que des adversaires étrangers ciblent le Groenland ou que l’île nécessite des investissements rapides pour y déployer des troupes, estime le commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas. Ses propos interviennent une semaine après que le président américain est revenu sur ses menaces d’annexion du territoire autonome danois.

/ EURACTIV.com
European Commissioner For Sustainable Transport And Tourism First Official Visit To Portugal
Le commissaire européen aux Transports durables et au Tourisme, Apostolos Tzitzikostas. [Getty Images/Horacio Villalobos_Corbis]

« Je ne considère pas l’Arctique comme une zone sensible à l’heure actuelle », a confié Apostolos Tzitzikostas à Euractiv.

En novembre, le commissaire grec a présenté, aux côtés de son homologue chargé de la défense, Andrius Kubilius, un vaste paquet de mesures sur la mobilité militaire. L’objectif est de lever les obstacles administratifs et physiques qui entravent encore le transit des troupes et du matériel militaire à travers l’Union européenne.

Dans ce cadre, la Commission européenne, en coordination avec le Conseil, a recensé près de 500 « points chauds » — des goulets d’étranglement stratégiques en matière d’infrastructures — nécessitant une modernisation urgente afin de garantir la fluidité des déplacements militaires le long des principaux corridors européens.

Il s’agit notamment de ports, d’aéroports, de routes, de ponts et de tunnels, a expliqué Apostolos Tzitzikostas.

Cependant, le déplacement de troupes vers le Groenland pourrait détourner l’attention de ces efforts visant à renforcer la sécurité de l’Europe.

« À l’heure actuelle, nous ne disposons d’aucune information indiquant que l’île du Groenland est la cible d’une invasion par des puissances étrangères », a affirmé le commissaire grec.

Le Danemark n’est pas en état d’urgence

Sur le plan théorique, le Danemark pourrait activer le mécanisme européen de réponse renforcée à la mobilité militaire (EMERS) afin de faciliter la défense du Groenland, rappelle le commissaire. Mais, selon lui, la situation actuelle ne justifie pas le déclenchement d’un tel dispositif d’urgence.

Après plusieurs jours d’escalade, Donald Trump a déclaré mercredi dernier au Forum économique mondial, à Davos, qu’il n’utiliserait pas la force pour acquérir le territoire. Depuis lors, les Européens se sont félicités d’avoir apaisé les tensions, tandis que la Maison-Blanche n’a pas encore officiellement déclaré renoncé à son intention de contrôler le territoire.

Dans le cadre de son paquet sur la mobilité militaire, l’exécutif européen a proposé le mécanisme d’urgence EMERS afin de permettre aux troupes de se déplacer librement à travers l’Europe.

Selon la proposition, un État de l’UE pourrait déclencher ce mécanisme en cas de besoin urgent d’équipements ou de personnel militaires. Cependant, le texte ne précise pas explicitement quand cet instrument pourrait être déclenché.

Le mois dernier, la Commission a indiqué à Euractiv que l’Estonie, par exemple, pourrait déclencher le mécanisme si « un pays tiers hostile commençait à rassembler un nombre inhabituel de forces armées » près de sa frontière. Les capitales de l’UE devraient alors déplacer des troupes depuis d’autres régions de l’UE en quelques jours afin de dissuader tout conflit direct, a ajouté le porte-parole.

Certains diront que l’UE s’est déjà mobilisée de cette manière pour le Groenland. Six pays européens ont déployé un petit nombre de troupes sur l’île pour une mission de reconnaissance, et le Danemark s’est depuis engagé à envoyer mille soldats tout au long de l’année 2026.

Néanmoins, il est peu probable qu’un tel déploiement soit suffisant pour dissuader une agression militaire grave.

Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense, a également laissé entendre qu’une urgence militaire pourrait déclencher l’article 42.7, la clause de défense mutuelle de l’UE obligeant les États membres à aider un pays victime d’une agression. Certains députés européens ont également fait valoir que le Groenland pourrait constituer une telle urgence.

Le Groenland concerné par la défense européenne ?

Dans le même temps, certains responsables et diplomates de l’UE se sont demandé si une attaque contre le territoire d’outre-mer danois constituerait un acte d’agression contre l’UE. Les responsables à Bruxelles ont jusqu’à présent envoyé des signaux contradictoires quant à savoir si le Groenland serait couvert par l’article 42.7 de l’UE en cas d’invasion américaine.

Apostolos Tzitzikostas a laissé entendre que le Groenland serait pris en compte.

« Nous considérons le Groenland comme une partie souveraine de l’UE », a-t-il déclaré.

À la suite des tensions récentes, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé la création d’un nouveau paquet de mesures de sécurité pour l’Arctique et l’achat d’un brise-glace afin de mieux sécuriser la région, une initiative qui démontre l’intérêt croissant de l’Europe pour l’Arctique.

Le commissaire Tzitzikostas prévoit de se rendre en Finlande pour voir les brise-glaces très convoités et mieux comprendre « l’importance de ces machines hautement sophistiquées ».

Infrastructures stratégiques et propriété étrangère

Dans le cadre du paquet mobilité proposé, les capitales sont également chargées d’identifier et de cartographier ce qu’elles considèrent comme des « infrastructures stratégiques à double usage » nécessitant une meilleure protection. Il peut s’agir de ports, d’aéroports ou de stations-service.

Mais certains actifs clés du continent sont détenus, en tout ou en partie, par des pays tiers. Interrogé sur l’exemple du port du Pirée, exploité par la Chine, quatrième port à conteneurs de l’UE, le responsable grec de l’UE a écarté les inquiétudes concernant les risques pour la sécurité.

Les ports détenus par des actionnaires de pays tiers ne constituent pas en soi un problème de sécurité, a-t-il déclaré.

Apostolos Tzitzikostas a toutefois indiqué que la prochaine stratégie portuaire de l’UE, qui doit être dévoilée le 18 février, traiterait les cas de propriété étrangère par le biais de mesures spécifiques.

De même, la participation étrangère au Groenland est déjà la norme. Les États-Unis exploitent une piste d’atterrissage sur leur base militaire de Pituffik, située sur l’île.