Le chauffage à l’hydrogène risque de doubler la facture du consommateur, selon un rapport

Brûler de l’hydrogène au lieu du gaz pour chauffer les maisons et l’eau risque de doubler les factures d’énergie des consommateurs, à un moment où ceux-ci sont déjà confrontés à des prix records du gaz, selon un nouveau rapport.

EURACTIV.com
Chauffer des maisons en brûlant de l'hydrogène pourrait doubler les factures d'énergie, selon un nouveau rapport commandé par l'ONG Global Witness. [Shutterstock/FOTOGRIN] [Shutterstock/FOTOGRIN]

Brûler de l’hydrogène au lieu du gaz pour chauffer les maisons et l’eau risque de doubler les factures d’énergie des consommateurs, à un moment où ceux-ci sont déjà confrontés à des prix records du gaz, selon un nouveau rapport.

À mesure que le gaz fossile peu coûteux se raréfie, certains espèrent que l’hydrogène comblera un jour cette lacune en offrant une alternative à combustion propre.

Les promoteurs du chauffage à l’hydrogène affirment ainsi que les chaudières à gaz existantes peuvent être réutilisées à faible coût et réduire la charge financière de la transition vers un chauffage à faible émission de carbone. Pourtant, avec la flambée des prix de l’énergie, le passage au chauffage à l’hydrogène risque de doubler les factures des consommateurs, prévient un nouveau rapport commandé par Global Witness, une ONG internationale.

Même d’ici 2050, les ménages pourraient dépenser une moyenne estimée à 12,5 centimes par kilowattheure (kWh) alors que le prix moyen du gaz à la fin de 2021 n’était que de 6,7 centimes par kWh, selon le rapport produit par le cabinet de conseil sur le marché de l’énergie Element Energy.

« La dernière chose que les dizaines de millions de personnes à travers l’Europe qui affronteront la pauvreté énergétique cet hiver veulent entendre, est que leurs factures vont encore augmenter », a déclaré mardi (6 septembre) Jonathan Noronha-Gant, responsable de la campagne gaz chez Global Witness.

« Les députés européens et les gouvernements nationaux doivent fermer la porte au chauffage à l’hydrogène, qui est une chimère inabordable », a-t-il ajouté.

Les scientifiques cherchent depuis longtemps à démentir les affirmations sur les mérites du chauffage à l’hydrogène.

« Le chauffage à l’hydrogène est inefficace et plus coûteux que les alternatives telles que les pompes à chaleur, le chauffage urbain et le solaire thermique », affirme Jan Rosenow, directeur du Regulatory Assistance Project, un centre de recherche sur l’énergie et le climat.

« Il existe des cas d’utilisation où l’hydrogène est essentiel », a-t-il déclaré à EURACTIV en faisant référence à des secteurs comme la chimie, le transport maritime ou les engrais, qui n’ont guère d’alternative. « Mais toutes les analyses indépendantes démontrent que le chauffage n’en fait pas partie », a ajouté M. Rosenow, qui a examiné plus d’une douzaine d’études indépendantes sur les mérites du chauffage à l’hydrogène.

Le projet de loi sur l’infrastructure

Les partisans de l’hydrogène en tant que combustible de chauffage affirment qu’il peut être utilisé en remplacement du gaz dans les chaudières domestiques, avec des modifications mineures des appareils et de l’infrastructure du réseau.

Les chaudières à hydrogène et l’hydrogène carburant « peuvent fonctionner dans le réseau d’approvisionnement en gaz existant et atteindre facilement les consommateurs. Ils ne nécessitent pas de nouvelles infrastructures, et peuvent donc être mis en œuvre immédiatement », explique Gasify, un groupe de lobbying pour le gaz basé à Londres.

Mais selon Global Witness, la facture de l’infrastructure hydrogène pour les consommateurs de gaz pourrait atteindre les 240 milliards d’euros sur 40 ans d’utilisation.

La question de savoir qui doit payer cette facture a fait l’objet d’un intense travail de lobbying de la part de l’industrie gazière.

Dans sa proposition de paquet sur le gaz et l’hydrogène de décembre 2021, la Commission européenne a laissé la porte entrouverte à ce que l’on appelle le « subventionnement croisé », où les coûts de l’infrastructure de l’hydrogène pourraient être partiellement payés par les consommateurs, a averti Global Witness.

« Les procès-verbaux des réunions obtenus dans le cadre des demandes de liberté d’information montrent que les GRT [gestionnaires de réseaux de transport] allemands et belges, ainsi que le principal groupe de lobbying de l’UE pour les infrastructures gazières, Gas Infrastructure Europe, ont fait pression sur la Commission européenne pour qu’elle répercute les coûts sur les consommateurs », a déclaré l’ONG dans un communiqué.

L’industrie argumente qu’elle veut éviter un effet de parasitisme, où les futurs entrants sur le marché bénéficient des infrastructures construites et financées par leurs concurrents.

« Il convient d’éviter les subventions croisées entre les utilisateurs de différents réseaux, car il est peu probable que tous les utilisateurs de réseaux de gaz deviennent des utilisateurs de réseaux d’hydrogène, ou du moins pas en même temps », ont averti les régulateurs européen ACER et CEER.