Le commissaire européen à l’Agriculture salue les protestations agricoles et appelle à une PAC plus incitative
Lors d’un entretien avec Euractiv, Janusz Wojciechowski a salué la récente vague de protestation des agriculteurs dans l’UE et a déclaré que la PAC devait être basée sur des incitations plutôt que des obligations.
Lors d’un entretien avec Euractiv, le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a salué la récente vague de protestation des agriculteurs dans l’UE, affirmant qu’elle a contribué à apporter une réponse rapide aux problèmes que le secteur agricole rencontre avec la Politique agricole commune (PAC). Il a également ajouté que celle-ci devait être basée sur des incitations plutôt que des obligations.
Au terme des négociations et de l’adoption d’une réforme plus écologique de la PAC, qui ont marqué le début de l’actuelle législature de l’UE, les agriculteurs européens ont manifesté leur mécontentement, remettant en cause de nouvelles normes environnementales qui faisaient peser trop de contraintes et de charge administrative sur eux.
« Je suis reconnaissant aux agriculteurs pour ces protestations. Elles nous ont aidés à réagir assez rapidement aux problèmes rencontrés par le secteur », a confié M. Wojciechowski à Euractiv.
En réponse aux manifestations des agriculteurs, les institutions européennes ont adopté un paquet visant à assouplir les exigences environnementales de la PAC pour faciliter l’accès aux subventions et ont accordé plus de flexibilité aux États membres dans l’application de la politique. Par exemple, l’obligation de maintenir une part de terres en jachère a été levée. Les agriculteurs peuvent désormais choisir de le faire dans le cadre du système incitatif des « éco-régimes ».
Selon M. Wojciechowski, de tels changements permettent de supprimer les éléments les plus controversés des règles environnementales de la PAC. Il considère que le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) n’était pas une erreur, mais que certaines mesures étaient irréalisables pour les agriculteurs.
« Le message que j’adresse à mon successeur est le suivant : pour atteindre des objectifs ambitieux, il faut mettre l’accent sur les incitations et non sur les obligations. Si nous voulons rendre l’agriculture plus écologique, nous devons aider les agriculteurs », a-t-il déclaré.
Le commissaire polonais, proposé par l’ancien gouvernement national dirigé par le parti Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens/CRE), est conscient qu’il ne sera pas le prochain candidat de Varsovie pour un poste à la Commission, car le nouveau gouvernement dirigé par Donald Tusk (Parti populaire européen, PPE), est critique à l’égard des objectifs de M. Wojciechowski.
Ces derniers mois, le nouveau gouvernement polonais mais également le PiS, dont il est issu, ont critiqué M. Wojciechowski pour ne pas avoir répondu aux demandes des agriculteurs et pour le soutien qu’il avait accordé au Green Deal.
M. Wojciechowski a balayé ces critiques, justifiant son rôle dans la promotion d’une révision de la PAC et des mesures prises en faveur des agriculteurs lors de l’extension de la suspension des droits de douane pour l’Ukraine, un sujet très sensible en Pologne, pays voisin de l’Ukraine qui a beaucoup souffert de l’afflux d’importations ukrainiennes.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, l’a également officiellement réprimandé pour avoir publiquement exprimé son désaccord sur la question de l’Ukraine.
Lors de l’entretien avec Euractiv, il a reconnu qu’il avait des opinions différentes de celles de Mme von der Leyen (PPE) sur certains points, mais qu’il ne souhaitait pas s’étendre davantage sur la question.
Préparer l’adhésion de l’Ukraine
M. Wojciechowski a déclaré que la Commission souhaitait que l’Ukraine rejoigne davantage l’Union sur le plan politique, mais il a rappelé que l’adhésion effective de Kiev remettrait en question le marché actuel de l’UE, étant donné son vaste potentiel agricole.
Il a donc appelé à de longues périodes de transition et à des mécanismes de sécurité pour éviter que l’afflux de produits ukrainiens ne déstabilise le marché de l’UE, ajoutant que le pays ne pourra rejoindre le marché commun que lorsque les conditions appropriées seront créées.
Il a également déclaré que la PAC devrait être réformée avec un « plafonnement » obligatoire des aides à l’hectare accordées aux agriculteurs, pour éviter que les exploitations agricoles ukrainiennes, qui sont généralement de très grande taille, ne reçoivent trop d’aides par rapport aux petites exploitations du reste de l’UE.
« Ces [très grandes] exploitations devraient être exclues des paiements. Ce sont les agriculteurs, et non les grandes entreprises, qui devraient recevoir l’argent », a-t-il insisté.
La future PAC
Le commissaire a souligné que les protestations des agriculteurs ont encouragé la Commission européenne à modifier sa stratégie agricole.
Il propose que la politique agricole soit guidée par la sécurité, la stabilité, la durabilité et la solidarité du secteur alimentaire, appelant à un renforcement du budget de la PAC, notamment pour assurer la production alimentaire, et du budget dédié pour aider le secteur à faire face aux crises.
« Notre budget est beaucoup trop faible à l’heure actuelle », a-t-il expliqué, ajoutant que pour assurer la stabilité des exploitations agricoles, « nous avons besoin d’une augmentation d’au moins 50 % du budget et d’une augmentation de 500 % de la réserve de crise [qui est de 450 millions d’euros par an actuellement] ».
Il a également mis en avant la nécessité d’une plus grande solidarité envers les organisations d’agriculteurs et les associations de producteurs face aux grands acteurs de la chaîne alimentaire.
À cette fin, M. Wojciechowski préconise la création d’un représentant des agriculteurs, tant au niveau de l’UE qu’au niveau des États membres, comme c’est le cas en Finlande.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]