Le Danemark, l’Espagne et le Portugal annoncent leurs candidats commissaires

Le Danemark, l’Espagne et le Portugal ont désigné leurs candidats pour rejoindre le Collège des commissaires. Alors que Madrid et Copenhague devraient se disputer le portefeuille climatique, la question de la parité des genres au sein de la future Commission se pose toujours.

/ / AFP / EFE / Euractiv.com / Lusa Portugal
EU Parliament to vote on new term for European Commission President von der Leyen
En théorie, la nouvelle Commission européenne devrait pouvoir débuter ses travaux le 1er décembre. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Le Danemark, l’Espagne et le Portugal ont désigné leurs candidats pour rejoindre le Collège des commissaires durant la législature à venir. Alors que Madrid et Copenhague devraient se disputer le portefeuille climatique, la question de la parité des genres au sein de la future Commission européenne se pose toujours.

Une fois que les nominations des candidats proposés par les capitales seront approuvées par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, les eurodéputés procèderont à des auditions pour vérifier les aptitudes des aspirants commissaires. Cette étape devrait débuter en octobre.

En théorie, la nouvelle Commission européenne devrait pouvoir débuter ses travaux le 1er décembre.

Certains noms du prochain Collège des commissaires, dont ceux d’Ursula von der Leyen elle-même et de l’ancienne première ministre estonienne Kaja Kallas, future Haute représentante de l’Union pour la Politique étrangère et de Sécurité, ont déjà été annoncés.

Désormais, seuls la Belgique, l’Italie et la Bulgarie doivent encore soumettre leurs candidats avant la date limite de vendredi 30 août.

Le choix du Danemark

Copenhague a proposé mercredi 28 août l’actuel ministre du Développement et de la Politique climatique mondiale, Dan Jørgensen, comme candidat pour rejoindre la prochaine Commission européenne. Un choix qui défie une énième fois le souhait de la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen, que chaque État membre propose un candidat et une candidate.

Dan Jørgensen était largement pressenti pour prendre le relais de l’actuelle vice-présidente exécutive de la Commission et commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager.

Ancien eurodéputé, il a été ministre du Climat et de l’Énergie dans le premier gouvernement de l’actuelle Première ministre Mette Frederiksen et souhaite obtenir un portefeuille sur le climat au sein de la Commission.

« Je suis convaincue qu’il sera un bon commissaire pour le Danemark et l’Europe dans un monde de plus en plus troublé », a indiqué Mette Frederiksen à la presse.

La Première ministre a défendu le choix de son gouvernement de nommer un homme. Selon elle, le Danemark nomme « des femmes commissaires depuis 20 ans », et même « à une époque où certains pays n’étaient pas aussi engagés dans cet agenda ».

La candidate espagnole

Les médias danois estiment cependant que la candidature de Dan Jørgensen pour obtenir un portefeuille climatique au sein de l’exécutif de l’UE pourrait être concurrencée par celle de l’Espagnole Teresa Ribera, l’actuelle ministre espagnole de la Transition écologique dont la candidature a été rapportée par EFE ce mercredi.

Outre le fait qu’elle soit l’une des rares femmes désignées par son pays, les mérites de Teresa Ribera sont considérés comme plus importants que ceux de Dan Jørgensen. Elle a notamment dirigé entre 2014 et 2018 l’Insitut de développement durable et de relations internationales (IDDRI) et a donc joué un rôle dans les négociations de l’Accord de Paris de 2015.

Teresa Ribera, qui a mené la liste du Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE) lors des élections européennes de juin dernier, était la favorite du Premier ministre Pedro Sánchez pour un poste de commissaire à Bruxelles.

Le Portugal propose une femme socialiste

Le gouvernement portugais a proposé l’ancienne ministre des Finances Maria Luís Albuquerque pour rejoindre la Commission, a annoncé le Premier ministre Luís Montenegro ce mercredi également.

Le Premier ministre portugais a indiqué qu’il avait choisi Maria Luís Albuquerque avec le soutien de l’ensemble du gouvernement et a souligné ses qualifications en tant qu’ancienne ministre des Finances sous le gouvernement de Pedro Passos Coelho.

« Compte tenu de son profil et de la connaissance directe et personnelle que j’ai de ses capacités, je sais qu’elle fera honneur au Portugal », a-t-il affirmé.

Elle a été vice-présidente du Parti social-démocrate (PSD) sous la direction de Pedro Passos Coelho et tête de liste du parti à l’Assemblée de Setúbal en 2011 et 2015.

Elle est actuellement membre du Conseil national du PSD et du conseil de surveillance de la filiale européenne de la société américaine Morgan Stanley.

Une Commission très masculine

Maria Luís Albuquerque est la septième femme à avoir été proposée pour un poste au sein de la nouvelle Commission européenne, alors que 17 pays de l’UE ont proposé des commissaires masculins.

La demande d’Ursula von der Leyen addressée à chaque pays de présenter un homme et une femme pour rejoindre le Collège des commissaires n’a donc pas été entendue.

Pour le Lobby européen des femmes (EWL), coalition d’organisations européennes, la situation est ahurissante.

« Si les États membres sont vraiment convaincus que seuls des hommes sont capables d’occuper ces postes ou qu’ils ne comptent pas de femmes suffisamment qualifiées dans leur pays, ils sont non seulement déconnectés mais aussi dans une posture délirante », juge Mirta Baselovic, sa porte-parole.

Pour Lina Galvez, présidente de la Commission sur les droits des femmes du Parlement européen, cet épisode est la démonstration d’un manque de « volonté politique ». « Cela envoie un très mauvais signal, particulièrement aux jeunes femmes et aux filles » explique-t-elle à l’AFP.

Toutefois, les traités européens ne prévoient aucune obligation de parité dans ce processus de nomination, et les États membres sont dans leur droit.

Pour autant, la présidente de la Commission n’est pas sans armes, souligne Alberto Alemanno, enseignant à HEC Paris et spécialiste du droit européen.

« Ursula von der Leyen a le droit de bloquer l’adoption de la liste proposée par les États membres. Du point de vue juridique, il y a aucun doute », explique-t-il dans un entretien avec l’AFP.

Mais la question est surtout politique : la responsable allemande souhaite-t-elle, dès le début de son deuxième mandat, se lancer dans un bras de fer ?

« Elle n’a rien à perdre », estime Alberto Alemanno. S’opposer dès maintenant aux États membres serait « une belle occasion » pour elle de prouver son « indépendance et son autonomie ».

Autre solution : Ursula von der Leyen, qui doit auditionner chacun des candidats proposés, peut en récuser certains ou négocier un autre nom avec les États membres. Elle dispose pour cela d’une arme remarquable : c’est elle qui choisit les portefeuilles de chacun des futurs commissaires.

Ne rien faire pourrait être interprété comme un signal de faiblesse de la part d’Ursula von der Leyen, mais comporterait aussi le risque de retarder l’ensemble du processus de nomination de son Collège.

Les commissaires européens, une fois nommés, doivent recevoir l’aval du Parlement européen, qui les auditionnera un par un d’ici fin octobre. Or, les eurodéputés, sensibles sur le sujet de la parité, pourraient cette fois « renvoyer chez eux la moitié des commissaires » pour marquer leur désaccord, met en garde Alberto Alemanno.

Interrogé mardi sur l’attitude qu’adoptera la présidente sur ce dossier emblématique, le porte-parole de la Commission, Eric Mamer, est resté évasif, soulignant simplement que ses convictions étaient inchangées.

« La présidente fait tout ce qui est en son pouvoir pour aboutir à un collège équilibré avec des commissaires compétents et un collège qui compte le plus grand nombre de femmes possible », a-t-il expliqué.

[Édité par Anna Martino]