Le défi du vieillissement en Europe : Quelles réformes pour l'emploi à domicile?
Isabelle Puech, directrice de l’Observatoire de l’emploi à domicile, et Stéphanie Queval, chargée d’études référente Europe à l’Observatoire de l’emploi à domicile, répondent aux questions d’Euractiv.
« Il reste encore des améliorations à apporter au niveau de l’UE pour garantir une prise en charge adéquate des personnes âgées », d’après l’Observatoire de l’emploi à domicile.
L’Union européenne est-elle prête face au défi du vieillissement de la population ? Alors que le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans atteindra 37 millions d’individus d’ici 2030, Isabelle Puech, directrice de l’Observatoire de l’emploi à domicile, et Stéphanie Queval, chargée d’études référente Europe à l’Observatoire de l’emploi à domicile, répondent aux questions d’Euractiv.
Quel est le profil type des travailleurs à domicile en France en 2024 ?
En France, les salariés à domicile peuvent être employés soit par des particuliers employeurs, soit par des structures prestataires de services à domicile.
Mais le modèle dominant est celui des particuliers employeurs : ils sont au nombre de 3,3 millions et emploient 1,3 million de salariés.
86% de ces employés à domicile sont des femmes dont la moyenne d’âge est de 48 ans. Et dans un cas sur quatre, cette femme est née à l’étranger.
Peut-on établir le même profil au niveau européen ?
Comme en France, il s’agit de femmes dans près de 9 cas sur 10 et 39 % de ces salariés à domicile sont âgés de plus de 50 ans. Au niveau européen, le secteur fait aussi appel à de nombreux travailleurs immigrés.
Selon les estimations statistiques, la part de travailleurs non-déclarés est encore relativement élevée dans de nombreux pays européens.
Quelles avancées ont pu être acquises lors du dernier mandat pour le secteur de l’emploi à domicile ?
L’Union européenne a pris plusieurs initiatives pour améliorer le secteur de l’emploi à domicile.
Il y a d’abord le socle européen des droits sociaux adopté en 2017 qui établit un cadre essentiel pour les politiques sociales européennes. Il a inspiré de nombreuses initiatives visant à garantir l’égalité des chances, les conditions de travail et les protections sociales, ce qui revêt une importance particulière pour le secteur de l’emploi à domicile.
Ensuite, la stratégie européenne en matière de soins, lancée en 2022 par la Commission européenne, vise à garantir des services de soins de qualité, abordables et accessibles, tout en améliorant les conditions de travail des travailleurs du secteur et des aidants informels.
Par ailleurs, l’importance du dialogue social a été reconnue par une initiative lancée en 2023 par la Commission européenne visant à renforcer le dialogue social au niveau national et de l’Union européenne.
Est-ce que l’UE est prête face au défi du vieillissement de la population ?
L’UE prend des mesures pour répondre à cette problématique croissante. Mais il est important de reconnaître qu’il reste encore des améliorations à apporter pour garantir une prise en charge adéquate et équitable des personnes âgées.
La reconnaissance et la valorisation du travail de soin non rémunéré, la collecte de données précises sur les soins et l’application cohérente des politiques dans tous les États membres sont des domaines qui nécessitent une attention continue et des efforts supplémentaires.
En plus de ce défi du vieillissement de la population, il est aussi crucial de reconnaître les difficultés rencontrées par les travailleurs domestiques en termes de conditions de travail, de reconnaissance sociale et de protection sociale.
Quels chantiers sont prioritaires dans les années à venir à l’échelle de l’UE ?
Un ensemble d’actions coordonnées et axées sur les besoins des citoyens est nécessaire pour relever avec succès le défi du vieillissement de la population au sein de l’UE.
Cela nécessite une approche holistique qui intègre la santé, l’éducation, la protection sociale et le marché du travail, ainsi qu’une participation active de tous les acteurs concernés, y compris les travailleurs domestiques et les aidants informels.
Il est, par exemple, crucial d’investir dans la formation et le développement professionnel des travailleurs domestiques. Cela permettrait d’améliorer leurs compétences dans le domaine des soins aux personnes âgées, ainsi que dans le domaine numérique, de plus en plus nécessaire dans un environnement de travail en évolution rapide.
La lutte contre les inégalités de genre est également un enjeu central. Étant donné que les travailleurs domestiques sont principalement des femmes, il est essentiel de prendre des mesures pour promouvoir l’égalité des salaires, l’accès des femmes aux postes de responsabilités et la répartition équitable des responsabilités domestiques entre les sexes.
Un quart des travailleurs à domicile en France est né à l’étranger, 90 % sont des femmes. Que faut-il mettre en place au niveau européen pour une meilleure intégration de ces professionnels ?
Il est d’abord important de valoriser le travail domestique en tant que profession légitime, en accordant aux travailleurs domestiques des droits et des protections similaires à ceux des autres secteurs professionnels. Cela pourrait passer par la mise en place de normes européennes garantissant des conditions de travail décentes, incluant des salaires justes, des heures de travail réglementées et des mesures de protection sociale telles que l’assurance chômage et la couverture maladie.
Il est aussi essentiel de reconnaître le rôle crucial que jouent les migrants dans des secteurs essentiels tels que les soins aux personnes âgées, la santé, la production alimentaire et la garde d’enfants, comme l’a rappelé la Commission européenne en mars 2020 lorsqu’elle a appelé les États membres à permettre aux migrants occupant des postes critiques de se déplacer entre les pays pour maintenir les services essentiels pendant la pandémie de Covid-19.
Pourtant, malgré leur contribution vitale, les migrants, en particulier ceux occupant des emplois peu qualifiés, sont souvent confrontés à des conditions de travail précaires et à une exclusion sociale. Il est donc est impératif de mettre en place des politiques visant à améliorer leurs conditions de travail et à renforcer leur accès aux droits sociaux et aux protections du travail.
Enfin, une sensibilisation accrue et une éducation publique sur les contributions positives des migrants à la société européenne sont essentielles pour combattre les préjugés et la xénophobie et promouvoir une culture de l’inclusion et du respect mutuel.
Cet article fait suite à l’évènement « Partenariat Média – Les rencontres européennes de la Fepem : l’emploi à domicile à l’heure des élections » organisé par la Fepem.