Le G20 agricole va tenter de réguler la spéculation
Ce sera le grand dossier de la rencontre, qui se tient à Paris pendant deux jours. Pointée du doigt, la spéculation favoriserait la volatilité des prix et leur augmentation.
Ce sera le grand dossier de la rencontre, qui se tient à Paris pendant deux jours. Pointée du doigt, la spéculation favoriserait la volatilité des prix et leur augmentation.
Comme un écho rural à la crise des subprimes de 2008. La spéculation sur les matières premières est maintenant considérée comme une pratique qu’il faut encadrer.
Déclarations politiques
Dans ses discours, le président de la République, Nicolas Sarkozy, se veut offensif et volontaire. Le 16 juin, devant un parterre d’agriculteurs internationaux réunis à Paris (G120), il a souhaité un retour à un capitalisme de production par opposition au capitalisme de spéculation. Des propos accueillis favorablement par les professionnels.
Les exploitants reconnaissent l’importance des marchés, mais refusent qu’ils deviennent les uniques chefs d’orchestre du secteur.
Pour Valéry Elisseeff, directeur du think tank la Société des Agriculteurs de France, les agriculteurs ont besoin des marchés car « ils permettent de transférer le risque à l’extérieur de la filière et apportent des liquidités. La spéculation n’est pas quelque chose de nouveau. Ce qui a changé c’est qu’elle s’est généralisée et qu’elle affecte tous les secteurs ».
Des machines aux commandes
Experte des marchés de contrats à terme, et consultante auprès de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), Ann Berg reconnait que les échanges de produits agricoles ont explosé. « Dans les années 1980, quand j’étais trader, nous étions très peu (…). Aujourd’hui, ce sont plus de 10 millions de tonnes qui sont échangées tous les jours, rien qu’à Chicago ».
Et derrière ces transactions, des machines. « Seulement 10% des échanges se font dans la « corbeille ». Le reste est directement géré par des machines, qui réagissent automatiquement ».
15% des stocks
Certains acteurs poussent la pratique de la spéculation dans ce qu’elle a de plus extrême.
A l’été 2010, un fond d’investissement britannique avait fait main basse sur 15% des stocks mondiaux de cacao. Anticipant une hausse des prix tout en l’accélérant, il a revendu les denrées quelques semaines plus tard, sans avoir avancé un centime. Déjà réalisée en 2002, l’opération avait rapporté 46 millions d’euros, selon le think tank agricole Momagri.
Instabilité des cultures
Le prix de la tonne est quant à lui passée de 140 euros en juillet 2010 à 280 en février 2011 avant de redescendre à 230 euros en juin.
Mais les experts ne sont pas d’accord entre eux sur la part de responsabilité des spéculateurs. Nicolas Sarkozy considère pour sa part qu’il faut agir dès maintenant.
Cette fluctuation empêche en tout cas les agriculteurs d’avoir une vision à moyen et long terme du marché. Elle les freine dans leurs investissements et développements.
« Lorsqu’un paysan ivoirien voit que sa culture ne lui rapporte pas d’argent, l’année d’après, il va en changer en fonction des informations qu’il peut lire dans les journaux », a expliqué Lacina Tuo, président de l’interprofession du coton de Côte d’Ivoire lors du G120.
Surcoûts
L’autre défi pour les exploitants est de se mettre en phase avec cette nouvelle architecture du marché agricole. Beaucoup ne sont pas formés à la spéculation et ne peuvent lutter à armes égales contre les spéculateurs.
L’autre solution est de s’assurer. Mais à quel prix ? Agriculteur britannique, Peter Kendall fait remarquer que le prix de l’assurance est passé en quelques années de 3 à 20 euros la tonne en raison de la volatilité et des aléas climatiques récurrents.
Marché hypersensible
Pour Valéry Elisseeff, « les solutions proposées par le G20 vont dans le bon sens ». Pendant deux jours, la France, qui dirige la rencontre, compte défendre une plus grande transparence des stocks mondiaux, une meilleure gouvernance internationale, la limitation du droit aux restrictions à l’exportation et la réforme des marchés.
Ces mesures devront être validées lors du sommet final de la présidence française, qui aura lieu début novembre à Cannes. Si le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire reconnaît que les négociations sont « difficiles », il estime qu’un accord est possible. « Il ne s’agit pas d’interdire le marché, il s’agit de le rendre meilleur ».
Aujourd’hui, « le marché est hypersensible », explique Valéry Elisseeff. Et pas uniquement à cause de la spéculation. « Quand un pays, comme la Russie lors de l’été 2010, interdit ses exportations pour des raisons de politique intérieure, cela ne fait qu’aggraver les choses. Car l’autre versant du problème est l’augmentation de la production. On ne produit plus assez, ce qui augmente la tension entre l’offre et la demande ».
Gouvernance mondiale
Dans des régions comme l’Afrique, de nombreuses terres sont encore inexploitées. En Europe ou Amérique du Nord, l’espace disponible est très réduit, l’augmentation des rendements se fera à travers l’innovation, qui nécessite des investissements privés et publics.
En ce sens, une augmentation des prix est une bonne nouvelle car elle devrait favoriser l’intérêt des investisseurs dans un secteur délaissé depuis plusieurs années.
Pour coordonner les efforts, il est de plus en plus question de renforcer le rôle de la FAO, pour structurer la gouvernance mondiale agricole et affirmer un contre poids aux marchés.