Le Green Brief : en Grèce, les feux de forêt auraient pu être évités
28 morts, des milliers d’animaux décimés, des propriétés et des entreprises détruites… En tout, près de 100 000 hectares de terres calcinés : tel est le bilan provisoire des incendies de forêt sans précédent qui ont ravagé la Grèce ces dernières semaines. Mais il aurait pu en être autrement, écrit Annita Elissaiou.
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Vingt-huit morts, des milliers d’animaux décimés, des propriétés et des entreprises anéanties. En tout, près de 100 000 hectares de terres calcinées : voilà le bilan provisoire des feux de forêt sans précédent qui ont frappé la Grèce ces dernières semaines. Pourtant, les choses auraient pu se dérouler autrement.
À Évros, dans le nord-est du pays, voilà déjà deux semaines que les flammes de l’incendie le plus important jamais enregistré dans l’Union européenne sévissent.
Exacerbés par la crise climatique, les incendies en Grèce ont progressé au cours de l’un des étés les plus chauds et les plus secs enregistrés dans le bloc cette année, avec des vagues de chaleur qui ont porté le niveau de risque à un sommet inégalé depuis des années.
Au début de l’été, l’île de Rhodes, celle d’Eubée et la région de Thessalie ont également été gravement touchées. Il en va de même pour la région de l’Attique, où des feux ont traversé des villages dans les montagnes du Parnitha.
En raison de la gravité des incendies, la Grèce a fait appel à deux reprises au mécanisme de protection civile de l’UE au cours de l’été et a reçu une aide aérienne et terrestre immédiate de la part de nombreux pays européens.
Une prévention insuffisante
Si l’impact du changement climatique ne peut être ignoré dans cette tragédie, il n’est pas le seul facteur en jeu.
Lors de son arrivée au pouvoir en 2019, le gouvernement du parti conservateur Nouvelle Démocratie (Parti populaire européen, PPE) a annoncé de nouvelles mesures de prévention et de protection contre les incendies à la suite d’une vague d’incendies survenue au cours des années précédentes.
Ces mesures, qui vont de la modernisation des forces de lutte contre les incendies à la mise en place d’un système d’alerte national, en passant par le débroussaillement des forêts avant l’été, étaient censées empêcher les flammes de se propager sans entrave pendant la saison sèche.
Toutefois, comme en témoignent les évènements de cette année, ces mesures n’ont pas suffi.
Le ministre grec de la Crise climatique et de la Protection civile, Vasilis Kikilias, a reconnu que ces mesures n’avaient pas donné les résultats escomptés, puisque des incendies se sont déclarés et se sont propagés rapidement dans tout le pays.
Malgré l’augmentation du personnel et des véhicules de lutte contre les incendies, les autorités n’ont pas été capables de contenir les flammes qui ont fait rage pendant des jours.
Cependant, selon les experts grecs en matière d’environnement, les dégâts auraient pu être minimisés si une plus grande attention avait été accordée à la prévention et à la préparation avant le début de la saison des incendies.
Les membres de l’opposition soulignent le manque de préparation et l’insuffisance des progrès réalisés dans la mise en œuvre des mesures prises par le gouvernement depuis leur introduction.
Le gouvernement a également été accusé de ne pas avoir pris en compte les recommandations formulées par l’opposition pour adapter le mécanisme de protection civile et le système de gestion des forêts de la Grèce.
Renaître de ses cendres
Alors que les autorités sont encore en train d’évaluer l’étendue des dégâts, le gouvernement a déjà mis en place des plans de réhabilitation des zones touchées et d’indemnisation des personnes dont les moyens de subsistance ont été affectés.
Le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis a annoncé jeudi dernier (31 août) dix nouvelles mesures pour la prévention et la maîtrise des feux de forêt, avec des responsabilités plus importantes pour les municipalités, qui devront se préparer à la saison estivale.
Le reboisement de 16 000 hectares de terres, en priorité dans les régions d’Évros et de Parnitha, aura lieu au cours des deux prochaines années. Une attention particulière sera accordée aux zones forestières situées à proximité de sites archéologiques protégés, qui seront équipés de caméras.
Le mécanisme de protection civile devrait également bénéficier d’une mise à niveau importante grâce au programme « Aigis », destiné à améliorer l’infrastructure, l’équipement, la coordination et la communication entre les forces de lutte contre les incendies, les municipalités et les autres acteurs concernés.
En outre, le ministère de l’Environnement et de l’Énergie entame d’urgence des travaux de protection contre l’érosion et les inondations afin de sécuriser les régions sinistrées au cours des prochains mois d’hiver.
Enfin, des peines et des amendes plus sévères seront infligées aux pyromanes qui auraient alimenté les incendies.
Tandis que la Grèce se remet de l’un des étés les plus dévastateurs de son histoire, le sentiment d’un immense gâchis qui aurait pu être limité, voire évité, gagne la population.
Alors que les sécheresses et les vagues de chaleur sont appelées à s’aggraver avec la crise climatique, la prévention des incendies doit figurer en bonne place dans l’agenda politique grec.
« Le changement climatique est là. Nous avons besoin d’un plan de réponse national qui donne la priorité à la prévention », a déclaré Níkos Androulákis, président du parti de centre gauche PASOK (Socialistes et Démocrates européens, S&D).
– Annita Elissaiou
C’est la rentrée ! Les vacances d’été sont terminées et le Green Brief est de retour. Dans cette newsletter, nous aborderons de nombreuses questions relatives à l’énergie et à l’environnement dans l’Union européenne.
Vous trouverez ci-dessous un résumé des principales actualités du mois dernier. Pour ce qui est des mois à venir, l’automne s’annonce chargé, avec de nombreux textes législatifs sur le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) toujours en attente au Parlement et au Conseil, ainsi qu’un sommet COP28 très attendu à Dubaï.
Et au cas où vous l’auriez manqué, n’hésitez pas à lire notre édition spéciale sur la fonte des glaciers en Europe. Dans cette série d’articles publiés au cours de l’été, EURACTIV se penche sur les conséquences multiples du changement climatique pour les régions montagneuses du continent.
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- Minéraux critiques : le Parlement européen veut soutenir les « projets stratégiques » – Frédéric Simon
- Bruno Le Maire veut restreindre les investissements étrangers dans les matières premières – Théo Bourgery-Gonse
- Les e-carburants ne seront pas neutres en CO2 d’ici 2035, selon le ministre allemand des Transports – Jonathan Packroff
- L’UE envisage d’assouplir la « neutralité CO2 » pour les carburants de synthèse – Jonathan Packroff
- Flexibiliser la demande, un enjeu clé de la réforme du marché européen de l’électricité – Paul Messad
- Nucléaire : l’Allemagne et l’Italie illustrent le fossé qui se creuse dans l’UE – Federica Pascale et Julia Dahm
- Le gouvernement débloque 4 milliards d’euros pour l’hydrogène décarboné – Paul Messad
- L’Allemagne pourrait payer cher la non-atteinte des objectifs européens d’émissions de CO2 – Nikolaus J. Kurmayer
- Tarification du carbone dans l’UE : l’industrie allemande déplore la charge administrative (en anglais) – Nikolaus J. Kurmayer
L’actualité en bref
La Commission européenne poursuivie en justice pour son manque d’action en faveur du climat. Les groupes environnementaux CAN Europe et le Global Legal Action Network ont intenté une action en justice contre la Commission européenne, affirmant que l’objectif de l’UE de réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 est insuffisant pour atteindre l’objectif de Paris en matière de climat et protéger les droits de l’homme fondamentaux.
Les deux ONG demandent une révision de la décision d’exécution relative aux quotas d’émission annuels nationaux, soulignant la nécessité d’objectifs de réduction des émissions plus élevés afin que l’UE puisse respecter ses engagements en matière de climat.
« L’échéance de 2030 est cruciale et l’UE doit accélérer les réductions d’émissions et parvenir à une réduction d’au moins 65 % d’ici là », a déclaré Romain Didi, expert de CAN Europe en matière de gouvernance climatique et de politiques des droits de l’Homme.
« L’UE doit accélérer ses réductions d’émissions afin d’être alignée sur les données scientifiques, les engagements juridiques antérieurs et la nécessité de protéger tous ses citoyens d’un changement climatique dangereux ».
(Annita Elissaiou | EURACTIV.com)
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Nomination de Wopke Hoekstra au poste de commissaire européen à l’Action climatique : les ONG environnementales méfiantes. Le groupe d’ONG environnementales « Green10 » a envoyé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour lui faire part de ses inquiétudes quant à la candidature du néerlandais Wopke Hoekstra.
L’homme politique de droite a été nommé par La Haye pour remplacer le commissaire européen à l’Action climatique en charge du Green Deal, Frans Timmermans, qui a quitté Bruxelles pour faire campagne en vue des élections néerlandaises.
Les ONG affirment que M. Hoekstra ne possède pas les qualifications nécessaires pour promouvoir des objectifs climatiques européens ambitieux pour 2040, atteindre l’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris et finaliser l’adoption des lois européennes présentées dans le cadre du Green Deal européen.
Le manque d’expérience de M. Hoekstra dans le domaine de la politique climatique et son expérience au sein de la compagnie pétrolière Shell et du gouvernement néerlandais inquiètent Green10.
Les organisations appellent la présidente de la Commission à assumer personnellement la responsabilité de la nomination du commissaire, afin de garantir l’avancement de l’agenda climatique de l’UE.
(Annita Elissaiou | EURACTIV.com)
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Les groupes industriels veulent que l’aluminium soit ajouté à la liste des matières premières stratégiques de l’UE. Douze associations industrielles européennes des secteurs des matières premières, des technologies propres et de l’aérospatiale et de la défense ont appelé les décideurs politiques à inclure l’aluminium dans la liste des matières premières stratégiques de la loi sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act, CRMA).
La demande d’aluminium étant appelée à augmenter dans les années à venir, une perturbation de l’approvisionnement pourrait avoir de graves conséquences pour plusieurs industries. C’est pourquoi l’importance stratégique de l’aluminium doit être reconnue, affirment les associations dans une lettre adressée au Parlement européen.
(Annita Elissaiou | EURACTIV.com)
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Les objectifs de l’Accord de Paris sont incompatibles avec la croissance verte, selon une étude. Une étude du Lancet Planetary Health révèle que les réductions d’émissions des pays à revenus élevés ne sont pas à la hauteur des objectifs fixés dans l’Accord de Paris sur le changement climatique.
Les pays qui affirment avoir réussi à réduire leurs émissions de CO2 tout en augmentant leur PIB — ce que l’on nomme la « croissance verte » — ne sont pas en mesure d’atteindre les objectifs et les exigences d’équité pour limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5 °C, indique l’étude.
En effet, au rythme actuel, il faudra jusqu’à 200 ans pour que ces pays parviennent à un niveau d’émissions nul.
« La croissance économique des pays à revenu élevé n’a rien de vert », estime l’auteur principal de l’étude, Jefim Vogel, du Sustainability Research Institute de l’Université de Leeds, au Royaume-Uni. Qualifier de « croissance verte » des réductions d’émissions aussi insuffisantes est trompeur, «il s’agit essentiellement de greenwashing », a-t-il ajouté.
Le passage à une approche « post-croissance », en réduisant la demande d’énergie et en améliorant l’efficacité énergétique, peut contribuer à atteindre les objectifs de Paris dans les délais impartis, conclut l’étude.
(Annita Elissaiou | EURACTIV.com)
Agenda
SEPTEMBRE
- 7 SEPTEMBRE. Forum de haut niveau sur les réseaux électriques, avec des intervenants tels que Kadri Simson et Teresa Ribera.
- 7 SEPTEMBRE. La commission ITRE adoptera une position sur l’amélioration de la protection contre la manipulation du marché dans le marché de gros de l’énergie.
- 7 SEPTEMBRE (à confirmer). La commission ITRE adoptera une position sur la loi sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act).
- 13 SEPTEMBRE. Discours sur l’état de l’Union.
- 20 SEPTEMBRE. La commission ENVI adoptera une position sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages.
OCTOBRE
- 2 OCTOBRE. Vote en plénière du Parlement européen sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages.
- 6 OCTOBRE. Trilogue sur la directive relative à la performance énergétique des bâtiments (EPBD).
- 12 OCTOBRE. La commission ITRE adopte une position sur la loi industrie « zéro net » (Net Zero Industry).
- 16 OCTOBRE. Conseil Environnement.
- 23—24 OCTOBRE (à confirmer). Vote de la commission de l’Environement (ENVI) sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages.
- 26-27 OCTOBRE. Conseil européen.
NOVEMBRE-DÉCEMBRE
- NOVEMBRE (à confirmer). Vote en plénière sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages
- 30 NOVEMBRE-12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï.
- 14-15 DÉCEMBRE. Conseil européen.
- 18 DÉCEMBRE. Conseil Environnement.
- 19 DÉCEMBRE. Conseil Énergie.
- Q4. Révision du règlement REACH.