Le Green Brief : l’initiative de l’UE en faveur de l’industrie verte — trop peu, trop tard ?

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La semaine dernière, la Commission européenne a fourni des efforts pour stimuler la compétitivité industrielle de l’UE grâce à de nouvelles lois visant à lutter contre les prix élevés de l’électricité, à garantir l’approvisionnement en matières premières essentielles et à favoriser la production de technologies propres dans l’Union européenne.

Élaborée à la hâte sans l’habituelle analyse coûts/bénéfices requise pour les propositions législatives majeures, cette initiative a été motivée dans une large mesure par la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act – IRA), qui accorde de généreuses subventions aux entreprises implantées aux États-Unis.

Les propositions elles-mêmes semblent quelque peu désordonnées. Le règlement « zéro émission nette » contenait par exemple un objectif pour la directive européenne relative à l’efficacité énergétique qui était dépassé de six jours lors de sa publication.

Les propositions ont également été entachées de batailles portant sur l’inclusion du nucléaire, des retards inexpliqués et un objectif de la réglementation sur les matières premières critiques que même le commissaire qui l’avait annoncé avait déclaré trop faible.

Il ne fait aucun doute que l’Europe a besoin d’une politique industrielle pour soutenir les secteurs tels que l’acier, l’aluminium et l’énergie solaire photovoltaïque, qui ont largement été délocalisés en Asie au cours des dernières décennies.

Toutefois, pour une région qui convoite le titre de « premier continent à zéro émission nette au monde », il est étrange que cette initiative soit venue en réaction à des forces extérieures telles que la campagne de subventions écologiques américaine, la domination de la Chine sur les marchés des technologies propres et la manipulation par la Russie des prix du gaz dans l’Union européenne.

Il y a quelques décennies, l’Europe excellait dans le domaine des technologies propres. Le continent était le berceau de l’énergie éolienne et le leader de l’industrie solaire.

Depuis, elle a perdu son industrie solaire au profit de la Chine et est en passe de perdre son industrie éolienne au profit de ce même pays.

En outre, si l’Europe peut encore se targuer d’une recherche et d’un développement importants, une étude récente menée par l’Institut australien de stratégie politique a révélé que les innovations énergétiques de pointe sont désormais de plus en plus développées en Chine.

De même, la Chine domine le marché des matières premières critiques et dispose d’une mainmise sur une grande partie de la capacité mondiale de raffinage et d’extraction des matières premières critiques comme les terres rares, un composant crucial pour les aimants utilisés dans les turbines éoliennes et les batteries des voitures électriques.

Tout cela nous amène à nous poser la question suivante : l’UE n’arrive-t-elle pas trop tard pour faire face à cette situation ?

Plutôt que de protéger son industrie et d’en récolter les fruits, elle doit se battre pour son retour. C’est à peu près comme courir après un train en marche.

Certains éléments solides de la réforme du marché européen de l’électricité proposée, comme le passage à davantage de contrats à long terme, pourraient faire baisser les prix et empêcher l’industrie européenne de se relocaliser ailleurs, là où les factures d’électricité sont moins élevées.

Une prise de conscience bienvenue, la Commission rognant sur l’orthodoxie de sa politique économique habituelle.

Cependant, l’absence d’analyse d’impact fait craindre que les nouvelles idées, comme celle du produit d’écrêtement des pointes visant à encourager la réduction de la demande aux heures de forte consommation, soient simplement lancées au marché.

Le règlement « zéro émission nette » a également suscité des réactions mitigées. Parmi les points positifs, on peut citer l’octroi plus rapide des permis qui pourrait stimuler la compétitivité de l’Europe, et l’accent mis sur les technologies propres, en plus de l’hydrogène renouvelable.

Toutefois, les promoteurs de projets solaires craignent déjà que les panneaux fabriqués dans l’UE ne fassent grimper en flèche le prix de la transition énergétique. En effet, l’achat de produits européens est souvent synonyme de normes environnementales plus strictes, de coûts de main-d’œuvre plus élevés et, en fin de compte, de prix supérieurs.

En outre, l’UE manque d’argent pour soutenir ses objectifs en matière d’industrie verte. Le règlement « zéro émission nette » fait référence au Fonds européen de souveraineté, qui devrait être proposé cet été. Cependant, son approbation pourrait prendre beaucoup de temps et le règlement se heurte déjà à la résistance de certains États membres de l’UE.

Des questions similaires se posent quant à la manière de développer l’extraction, le raffinage et le recyclage des matières premières critiques dans l’UE en vue d’atteindre les objectifs de 2030. Pour ce faire, l’Europe devra convaincre le public et protéger les industries européennes de la concurrence exercée par une production extérieure moins chère.

L’UE a laissé tomber sa compétitivité industrielle il y a des années, perdant la fabrication et le contrôle des chaînes d’approvisionnement au tournant du siècle.

Les efforts déployés pour la regagner arrivent trop tard : le train est déjà parti. Désormais, la vraie question consiste à savoir si l’Europe dispose de l’énergie pour rattraper certains wagons.

– Kira Taylor


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


L’actualité en bref

Les scientifiques européens spécialistes du climat émettent des recommandations sur les infrastructures énergétiques. Le 15 mars, le conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique a émis de nouvelles recommandations sur les méthodes pour une analyse harmonisée des coûts et avantages pour l’ensemble du système énergétique au niveau de l’Union.

Le conseil consultatif a constaté que le plan décennal de développement du réseau de l’UE ne tient pas suffisamment compte des réductions rapides des émissions de gaz à effet de serre nécessaires pour atteindre l’objectif de l’Union européenne de parvenir à zéro émission nette en 2050.

Pour y remédier, le conseil recommande d’accorder la priorité à « la décarbonation totale, l’efficacité énergétique et la résilience des infrastructures » ainsi qu’à « l’électrification rapide et généralisée combinée à la flexibilité du côté de la demande ».

D’autres recommandations émises par le conseil des réseaux européens des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité et de gaz (ENTSO-E et ENTSO-G), la Commission européenne et l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) pour atteindre les objectifs climatiques souhaités peuvent être consultées ici.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)


Podcast

Dans cet épisode spécial du podcast « Beyond the Byline », nous examinons la réglementation européenne sur les emballages, les problèmes qu’elle vise à résoudre et les chances qu’elle a de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué.

La Commission européenne a présenté sa réglementation sur les emballages en novembre dernier dans le but de réduire les déchets, de promouvoir le recyclage et de diminuer la consommation de matières premières primaires. Alors que le projet est maintenant soumis à l’examen du Parlement européen et des États membres de l’UE, nous examinons les principaux aspects de la proposition avec nos invités :

  • Nils Torvalds, eurodéputé finlandais du groupe libéral Renew Europe au Parlement européen ;
  • Jean-Pierre Schweitzer, militant écologiste du Bureau européen de l’environnement (BEE) ;
  • Annick Carpentier, de l’Alliance for Beverage Cartons and the Environment (ACE).

Écouter le podcast ici. N’oubliez pas de vous abonner sur Spotify  !


Vidéo

Comment l’Europe compte se servir de la nature pour lutter contre le changement climatique — par Kira Taylor et Miriam Saenz de Tejada

La nature est l’alliée… naturelle de l’Europe lorsqu’il s’agit de lutter contre le changement climatique. Mais la nature européenne est en déclin. Comment l’Europe va-t-elle faire renaître sa nature et s’en servir pour lutter contre le changement climatique ? Voir la vidéo ici.


Agenda

MARS

  • 22 MARS. Paquet « Consommateurs » :
    Justification des allégations environnementales
    Consommation durable des biens — promouvoir la réparation et la réutilisation (le droit à la réparation)
  • 22 – 24 MARS. Conférence des Nations unies sur l’eau, New York.
  • 23 et 24 MARS. Conseil européen.
  • 28 MARS. Conseil « Énergie ».

AVRIL

  • 18 et 19 AVRIL. Réunion informelle des ministres de l’Environnement.

MAI

  • 17 MAI. Mesures visant à réduire les rejets de microplastiques dans l’environnement.

JUIN

  • JUIN. Vote en plénière du Parlement européen sur la loi européenne sur la restauration de la nature.
  • 6-7 JUIN. Semaine verte de l’UE.
  • 19 JUIN. Conseil « Énergie ».
  • 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
  • 21 JUIN. Paquet pour un fret plus vert.
  • 29 et 30 JUIN. Conseil européen.
  • 30 JUIN. Date limite pour la mise à jour par les États membres européens de leurs plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) révisés

DEUXIÈME SEMESTRE 2023

  • Q4. Révision du règlement Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques (règlement REACH).
  • 26 et 27 OCTOBRE. Conseil européen.
  • 30 NOVEMBRE—12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), Dubaï.
  • 14 et 15 DÉCEMBRE. Conseil européen.

[Édité par Paul Messad]