Le Maire, nouvel homme fort de l’Europe en France

En héritant de l’aménagement du territoire, le ministre de l’Agriculture devient responsable des deux principales politiques communes de l’UE. A elles seules, elles représentent près de 80% du budget européen.

EURACTIV.fr
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En héritant de l’aménagement du territoire, le ministre de l’Agriculture devient responsable des deux principales politiques communes de l’UE. A elles seules, elles représentent près de 80% du budget européen.

Le changement est passé inaperçu du grand public. Et pourtant, une modification de taille a eu lieu lors du dernier remaniement, à la mi-novembre : Bruno Le Maire n’est plus seulement ministre de l’Agriculture. Il est également chargé de l’aménagement du territoire. Une modification inédite et loin d’être cosmétique.

Bruno Le Maire prend la tutelle de la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar), dont l’une des principales missions est de mettre en œuvre les fonds européens. Conséquence : le ministre gère non seulement la politique agricole commune (PAC), mais aussi la politique de cohésion. En tout, les budgets de ces deux politiques représentent 84 milliards d’euros distribués à la France par l’UE entre 2007 et 2013. 

C’est donc à lui qu’il reviendra de défendre la position française dans les négociations sur l’avenir de ces politiques communautaires, qui sont  équivalentes à près de 80% du budget européen.

Or, pour l’après-2013, les négociations budgétaires s’annoncent très tendues. Invoquant la crise, les dirigeants européens affirment à qui veut l’entendre que les finances de l’UE n’ont aucune chance d’augmenter. 

Arbitrages

Nombreux sont ceux qui craignent que ce changement dans les attributions du ministre ne tournent à l’avantage de la politique agricole. Depuis des mois, la France n’a en effet jamais caché qu’elle se battrait pour la politique agricole commune, quitte à déclencher «une crise en Europe», selon les mots de Nicolas Sarkozy. En revanche, les dirigeants français se font beaucoup plus discrets sur la politique de cohésion. « On sait très bien que la politique de cohésion va être une variable d’ajustement», croit savoir une source locale.

«Avant de négocier avec le ministère du Budget sur la position française, Bruno Le Maire devra faire des arbitrages en interne entre la PAC et la politique de cohésion», explique Marjorie Jouen, conseillère externe du think tank Notre Europe.

Le ministre «pourra être confronté à un moment ou à un autre à faire un choix entre la PAC et la politique de cohésion», juge également la députée (Nouveau Centre – PPE) Sophie Auconie, qui se dit «assez inquiète». Dans un courrier envoyé au ministre, l’élue centriste demande à être reçue rue de Varenne avec ses collègues français du PPE qui siègent dans les commissions «politique régionale» et «agriculture» au Parlement européen. «Nous voulons discuter de l’avenir et dissiper les inquiétudes», explique Mme Auconie.

« Conséquence dommageable »

Le président (PS) de la commission «Europe» de l’Association des maires de France, Christophe Rouillon, demande quant à lui une «clarification» des compétences du ministre. «Il va falloir qu’à Matignon, il y ait un arbitrage pour savoir qui s’occupe de quoi, entre Bruno Le Maire et Laurent Wauquiez», réclame-t-il. Il craint que la politique de cohésion ne fasse les frais d’un compromis avec la PAC. «Il ne faut pas opposer les deux politiques», affirme-t-il.

Marjorie Jouen pointe une «conséquence dommageable» d’un tel changement : «Lors des réunions informelles des ministres chargés de la politique de cohésion, on n’aura probablement plus de ministre français présent, mais un directeur d’administration». Ce fut par exemple le cas, lors de la dernière réunion de ce type, le 22 novembre à Liège. L’ancien délégué interministériel à l’Aménagement du territoire avait alors présenté la position française.

D’autres observateurs expliquent cependant que l’élargissement du périmètre du ministère de l’Agriculture pourrait aussi avoir un effet positif. «Le ministre peut choisir d’être cohérent en défendant les deux positions», estime une source régionale.

Le président (PS) de l’Association des régions de France (ARF), Alain Rousset, va plutôt dans ce sens. «Même si nous n’avons pas la même sensibilité politique, j’ai tendance à faire confiance à Bruno Le Maire», affirme-t-il. Néanmoins, le président de la région Aquitaine se dit «vigilant». «Un arbitrage en faveur de la PAC et au détriment de la politique de cohésion serait une très mauvaise chose», juge-t-il.

Lundi 29 novembre, Bruno Le Maire a rencontré le commissaire européen en charge de la politique régionale, Johannes Hahn. Rien n’a filtré de cette première réunion.