Le modèle de croissance basé sur les combustibles fossiles est « obsolète », selon Ursula von der Leyen

Alors que la Commission européenne a annoncé un PIB plus élevé que prévu dans l’ensemble de l’Union, la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen, a critiqué le modèle économique actuel qui met l’accent sur la croissance du PIB.

Euractiv.com
Ursula von der Leyen
S’exprimant lors de la conférence « Beyond Growth » au Parlement européen, Ursula von der Leyen a invoqué le rapport Les Limites à la croissance publié en 1972 par le Club de Rome, qui prévenait qu’une croissance économique éternelle ne serait pas possible sur une planète finie. [Dati Bendo (EC Audiovisual Service)]

Alors que la Commission européenne a annoncé, lundi (15 mai), un produit intérieur brut (PIB) plus élevé que prévu dans l’ensemble de l’Union, la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen, a critiqué le modèle économique actuel qui met l’accent sur la croissance du PIB.

S’exprimant lors de la conférence « Beyond Growth » au Parlement européen, Mme von der Leyen a invoqué le rapport intitulé « Les Limites à la croissance » publié en 1972 par le Club de Rome, qui prévenait qu’une croissance économique éternelle ne serait pas possible sur une planète limitée.

« Aujourd’hui, je voudrais me concentrer sur un point que le rapport a indubitablement mis en évidence : le message clair qu’un modèle de croissance centré sur les combustibles fossiles est tout simplement obsolète », a-t-elle déclaré.

La conférence « Beyond Growth », qui se tient de lundi à vendredi (15-17 mai), est organisée au Parlement européen sous l’égide de Philippe Lamberts, le co-président du groupe des Verts. Elle rassemble des ONG, des universitaires et des groupes politiques majoritairement progressistes.

La présidente de la Commission, responsable politique de centre droit, a tempéré sa critique du modèle économique actuel en faisant l’éloge de l’« économie sociale de marché » de l’UE et du Nouveau Pacte vert (Green New Deal).

Mme von der Leyen a tout de même critiqué l’accent mis actuellement sur la croissance économique et la manière dont elle est généralement mesurée.

« Nous savons que l’avenir de nos enfants ne dépend pas seulement des indicateurs du PIB, mais aussi des fondations du monde que nous leur construisons », a déclaré la présidente de la Commission. Citant la critique du PIB formulée par Robert Kennedy dans les années 1960, elle a déclaré qu’« aujourd’hui, à un niveau très fondamental, nous comprenons la sagesse de M. Kennedy ».

Tout en évitant soigneusement de rejeter catégoriquement le PIB en tant que mesure du progrès sociétal, la présidente de la Commission a déclaré que « la croissance économique n’est pas une fin en soi ».

Jakob Hafele, directeur exécutif du groupe de réflexion sur la politique économique ZOE Institute et participant de la conférence « Beyond Growth », a remis en question la réticence de la présidente de la Commission à aller plus loin dans ses critiques.

« La présidente von der Leyen a reconnu les limites de la croissance, mais seulement jusqu’à un certain point. Son soutien à l’idée d’aller au-delà de la croissance basée sur les combustibles fossiles est trop étroit, ce n’est pas la vision économique véritablement transformatrice dont l’Europe a besoin », a-t-il déclaré.

En outre, il a affirmé que l’abandon de la croissance du PIB en tant que moteur dominant de la politique économique était « la seule voie à suivre pour un avenir prospère et durable ».

Les partisans de l’utilisation du PIB comme mesure adéquate du bien-être économique soulignent le fait que le PIB par habitant présente souvent une large corrélation avec d’autres mesures du progrès humain telles que la santé et l’espérance de vie.

Vers un changement au niveau de l’UE ?

Pour l’instant, l’UE ne semble pas s’éloigner du PIB comme chiffre directeur. C’est ce qui ressort des prévisions économiques de printemps de la Commission, qui ont été présentées environ une heure après le discours de Mme von der Leyen.

Dans une déclaration, la Commission s’est félicitée d’un « début d’année meilleur que prévu », les perspectives de croissance économique pour l’UE passant de 0,8 % à 1,0 % du PIB pour cette année, et de 1,6 % à 1,7 % pour 2024.

Lors de la présentation, le commissaire européen à l’Économie Paolo Gentiloni n’a pas présenté d’indicateurs environnementaux, se concentrant plutôt sur les chiffres du PIB et de l’inflation.

Interrogé par EURACTIV pour savoir si la Commission allait changer son approche des rapports économiques sur la base de la critique de Mme von der Leyen, M. Gentiloni a répondu avec prudence, affirmant que la Commission envisageait un rôle plus important « non seulement [pour] la dimension environnementale, mais aussi la dimension sociale » dans ses recommandations et ses politiques.

Il a plaidé en faveur d’une inclusion « graduelle » des objectifs de développement durable dans les recommandations spécifiques à chaque pays et dans les semestres européens, comme on appelle le processus de supervision de la politique économique de l’UE.

« Nous encourageons l’établissement de budgets verts », a déclaré M. Gentiloni.

« Il s’agit d’un travail en cours, je pense que nous devons l’améliorer », a déclaré M. Gentiloni, affirmant que les différentes dimensions du bien-être économique devaient être incluses dans les mesures.

« Mais en fin de compte, lorsque nous regardons les prévisions et les perspectives du FMI [Fonds monétaire international], de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] et de l’Union européenne, l’attention se porte principalement sur les indicateurs internationalement reconnus que nous avons présentés ce matin », a-t-il ajouté.

Il ne sera pas facile de remettre en cause la prédominance du PIB, qui sert de référence non seulement dans les manuels d’économie et les analyses financières, mais aussi dans la législation européenne, par exemple dans les règles relatives à la dette et au déficit de l’Union.

« L’enjeu consiste maintenant à définir les détails de ce qui va suivre », a déclaré Jakob Hafele, de l’Institut ZOE.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]