Le Parlement européen approuve la nouvelle Commission von der Leyen
Le Parlement européen a approuvé le nouveau Collège des commissaires européens ce mercredi 27 novembre en séance plénière. L’exécutif de l’UE pourra ainsi entrer en fonction le 1er décembre.
Le Parlement européen a approuvé le nouveau Collège des commissaires européens ce mercredi 27 novembre en séance plénière. L’exécutif de l’Union européenne (UE) pourra ainsi entrer en fonction le 1er décembre.
Après des semaines de querelles entre les principaux groupes politiques du Parlement qui menaçaient de retarder l’approbation des commissaires, l’équipe de la présidente réélue en juillet à la tête de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a finalement été approuvée avec une majorité de 370 voix pour et 282 contre et 36 abstentions. Quelques dizaines de législateurs étaient absents ou n’ont pas pris part au vote.
La Commission est la seule institution disposant du droit d’initiative législative, première étape de toute nouvelle législation européenne. L’approbation sans délai des nouveaux commissaires permet d’éviter un blocage dans l’élaboration des politiques de l’UE. En effet, si, en cas de retard, les commissaires sortants auraient pu continuer à assurer l’intérim, de nombreuses décisions à long terme seraient tout de même restées en suspens.
« Ce Collège est l’équipe dont l’Europe a besoin à ce moment de son histoire. Je tiens à souligner ce terme “équipe”. Nous ferons en effet équipe avec les citoyens européens, en restant à leur écoute et en cherchant à mieux appréhender les réalités auxquelles ils sont confrontés au quotidien. Nous ferons également équipe avec vous et avec les États membres », a déclaré Ursula von der Leyen devant le Parlement européen à Strasbourg mercredi matin.
S’adressant au Parlement avant le vote, la présidente de l’exécutif a annoncé aux législateurs européens que la première initiative majeure de la nouvelle Commission serait une « boussole pour la compétitivité » s’appuyant « sur les trois grands piliers » économiques présentés par l’ancien Premier ministre italien et président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi en septembre dans son rapport sur la compétitivité de l’Union.
« Le premier [pilier] consiste à combler l’écart qui nous sépare des États-Unis et de la Chine en matière d’innovation. Le deuxième est l’élaboration d’un plan conjoint pour la décarbonation et la compétitivité. Troisièmement, il s’agit de renforcer la sécurité et de réduire les dépendances », a-t-elle expliqué.
Un résultat mitigé
Chacun des 26 commissaires de la Commission von der Leyen 2.0. avait déjà été approuvé individuellement par les commissions parlementaires plus tôt ce mois-ci.
Le dernier obstacle restait le vote sur le Collège dans son ensemble ce mercredi, d’autant plus que certaines grandes délégations nationales des grands groupes traditionnelement alliés au PPE — comme le Partido Popular (Parti populaire européen, PPE) espagnol, le Parti social-démocrate allemand (SPD, Socialistes et Démocrates européens/S&D) et les socialistes français (S&D) — avaient fait en amont du vote savoir qu’elles ne soutiendraient pas la nouvelle Commission.
Le nombre de voix obtenues reflète une majorité assez faible par rapport à celles obtenues par la première Commission d’Ursula von der Leyen en 2019, à savoir 461 voix pour, 157 contre et 89 abstentions. Il s’agit également du soutien le plus réduit pour une nouvelle Commission depuis 30 ans, souligne l’AFP.
Néanmoins, il est à noter que la majorité des votes en faveur de la Commission provient d’un large éventail de groupes politiques différents, dont la plupart des membres du parti de la présidente, le PPE de centre-droit, et du groupe S&D — les deux plus grands groupes au sein de l’hémicycle. Le groupe libéral Renew Europe a également voté massivement en faveur du nouveau Collège des commissaires.
Le parti Fratelli d’Italia de la Première ministre italienne Giorgia Meloni — une délégation importante du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen — a également soutenu la nouvelle Commission, tout comme environ la moitié du groupe des Verts, un groupe plus modeste.
À l’inverse de la délégation italienne des CRE, les autres délégations du groupe ont voté contre la Commission. C’est notamment le cas des Français Marion Maréchal, Guillaume Peltier ou Laurence Trochu.
Dans une déclaration publiée avant le vote, le chef de la délégation du SPD au sein du groupe S&D, René Repasi, a déclaré que les eurodéputés de son parti ne soutiendrait pas la Commission en raison de l’un de ses vice-présidents désignés de la future Commission, l’Italien Raffaele Fitto, que beaucoup à gauche considèrent comme d’extrême droite.
« Pour la première fois dans l’histoire des institutions européennes, un représentant d’un parti post-fasciste s’est vu confier une position de premier plan », a écrit le représentant du SPD. Il a mis en garde Ursula von der Leyen, le PPE et la délégation de sa famille politique au Parlement européen — l’Union chrétienne-démocrate et l’Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) — contre le fait de donner aux « voix populistes et post-fascistes un droit de regard sur les décisions clés » prises par l’UE.
Le SPD allemand constitue la troisième plus grande délégation du groupe S&D après leurs collègues italiens et espagnols, qui ont pour leur part voté en faveur du Collège des commissaires.
Les socialistes français, quatrième plus grande délégation S&D, n’ont pas soutenu la nouvelle Commission non plus.
« La politique démocratique est un art du compromis, mais ce n’est pas un art de la compromission », a déclaré Raphaël Glucksmann à la tribune de l’hémicycle. « À chaque fois que se reformera cette coalition contre-nature, mêlant les héritiers supposés d’Adenauer avec les forces les plus anti-européennes de ce Parlement, nous serons là pour tenir tête. »
Le Partido Popular espagnol — deuxième plus grande délégation du PPE après la CDU/CSU — s’est également opposé à l’approbation du Collège des commissaires en raison de la nomination de la socialiste Teresa Ribera (PSOE, S&D) en tant que vice-présidente de l’exécutif. Le Partido Popular blâme Teresa Ribera, actuelle ministre espagnole de la Transition écologique, pour les récentes inondations meurtrières à Valence.
« Teresa Ribera a disparu d’Espagne alors qu’une tragédie terrible a coûté la vie a plus de 200 personnes. Elle est impliquée dans un scandale de corruption et arrive à Bruxelles avec beaucoup de casseroles en Espagne et très peu de crédit en Europe », a affirmé Dolors Montserrat, cheffe de file de la délégation espagnole du PPE.
Apaiser les craintes des Verts
L’élargissement de l’aile droite de l’hémicycle offre au PPE la possibilité de former des majorités soit avec les partis de gauche, comme les Verts, les libéraux ou les socialistes, soit avec ceux de droite pour faire avancer ses politiques. Durant la précédente législature, le PPE a utilisé cette opportunité pour édulcorer certaines législations environnementales avec le soutien de l’extrême droite, au grand dam de la gauche.
Mercredi, Ursula von der Leyen a promis de « tenir le cap » sur l’agenda environnemental de l’UE, menacé selon certains par le renforcement des groupes conservateurs au sein de l’assemblée après les élections européennes de juin.
« Si nous voulons réussir cette transition, nous devons être plus souples et mieux accompagner les citoyens et les entreprises tout au long du processus. Et nous devons jouer nos atouts traditionnels — nos industries et PME, nos innovateurs et nos travailleurs. C’est pourquoi nous présenterons le Pacte pour une industrie propre au cours des 100 premiers jours du mandat » de la nouvelle Commission, a-t-elle ajouté.
Mercredi matin, le président du PPE, Manfred Weber, a fait l’éloge de ses collègues de gauche, libéraux et écologistes.
« Les socialistes, les libéraux et le PPE sont les partis fondateurs de l’Europe d’aujourd’hui », a-t-il déclaré. « Plus tard, les Verts ont également apporté une contribution importante », a-t-il ajouté, avant de faire l’éloge de Margaret Thatcher, ancienne Première ministre conservatrice britannique, pour avoir contribué à la création du marché unique de l’Union européenne.
La veille, Manfred Weber s’était également réjoui que le PPE soit à la tête d’une « majorité élargie », qui lui permettrait d’être fermement ancré en tant que faiseur de rois du Parlement durant la prochaine législature quinquennale (2024-2029).
Cette majorité, qui pourrait s’étendre du groupe libéral Renew Europe au groupe d’extrême droite CRE, est porteuse d’un « message positif de stabilité », avait-il soutenu.
La majorité « Venezuela »
Pendant de nombreuses années, une coalition pro-UE composée de trois groupes — PPE, Renew et S&D — a dominé le Parlement européen.
Mais les élections européennes de juin 2024 et les performances réalisées par les partis d’extrême droite, ont rendu possible pour le PPE de former une majorité « alternative » avec les groupes d’extrême droite CRE, Patriotes pour l’Europe et Europe des nations souveraines (ENS), afin de mettre en minorité la gauche.
Cette nouvelle majorité de droite s’est fait connaître sous le nom de majorité « Venezuela » à la suite d’une résolution parlementaire adoptée en septembre qui reconnaissait Edmundo Gonzáles comme « le président légitime et démocratiquement élu du Venezuela » et condamnait le régime de Nicolás Maduro pour avoir truqué les élections.
La résolution avait été approuvée grâce à une coalition entre le PPE et les trois groupes d’extrême droite au Parlement européen — les CRE, les Patriotes et l’ENS. Les partis libéraux et de gauche qui étaient pourtant d’accord avec le contenu de la résolution ont refusé de la soutenir parce qu’elle avait été rédigée par des législateurs d’extrême droite.
Dans un discours précédant le vote de mercredi, la présidente de Renew, Valérie Hayer, a indiqué qu’« il y a deux majorités possibles dans ce Parlement », mais a condamné la coalition du Venezuela comme étant « contre l’Europe et contre nature ».
Mardi 26 novembre, la Française avait affirmé qu’il n’y avait « pas de majorité possible positive pour l’agenda européen avec l’extrême droite. […] La vraie coalition, celle qui existe et qui fonctionne, c’est la coalition centrale S&D-Renew-PPE ».
Opposée à toute « coopération structurelle » avec les CRE, Valérie Hayer avait toutefois laissé entendre qu’elle était prête à travailler avec des partis nationaux spécifiques au sein du groupe, citant la Nouvelle Alliance flamande (N-VA) belge et le Parti démocratique civique (ODS) tchèque, un parti conservateur et eurosceptique, comme étant des partenaires plus acceptables. Parallèlement à cela, elle avait exclu toute collaboration avec le parti français Reconquête ! et le parti polonais Droit et Justice (PiS).
Kjeld Neubert a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]