Le Parlement européen demande à Malte de mieux protéger les journalistes

Le Parlement européen a demandé à Malte de cesser d’entretenir un climat hostile envers les journalistes, de mettre fin à la culture de l’impunité des auteurs de crimes contre ceux-ci et d’accélérer les procédures judiciaires dans l’affaire de l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia.

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Une écrasante majorité d’eurodéputés — 437 voix pour, 14 voix contre et 66 abstentions — a voté en faveur d’une résolution qui demande au gouvernement maltais de cesser d’utiliser une « rhétorique négative » et d’entretenir un « climat d’hostilité » envers les journalistes et les professionnels des médias. [Shutterstock/Alexandros Michailidis]

Le Parlement européen a demandé, jeudi (19 octobre), aux autorités maltaises de cesser d’entretenir un climat hostile envers les journalistes, de mettre fin à la culture de l’impunité des auteurs de crimes contre ceux-ci et d’accélérer les procédures judiciaires pour traduire en justice toutes les personnes impliquées dans l’assassinat de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia.

Une écrasante majorité d’eurodéputés — 437 voix pour, 14 voix contre et 66 abstentions — a voté en faveur d’une résolution qui demande au gouvernement maltais de cesser d’utiliser une « rhétorique négative » et d’entretenir un « climat d’hostilité » envers les journalistes et les professionnels des médias.

L’eurodéputé David Casa a négocié la résolution au nom du Parti populaire européen (PPE) avec le large soutien de plusieurs eurodéputés représentant d’autres groupes politiques du Parlement, dont le groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D), Renew, les Verts/ALE, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et La Gauche.

La résolution demande à nouveau aux institutions européennes et aux États membres d’accorder la priorité à la sécurité et à la protection des journalistes et des professionnels des médias et appelle à une mise en œuvre rapide des recommandations du Parlement sur la protection des journalistes.

Elle souligne également le rôle vital des journalistes pour « pour découvrir la vérité, protéger la démocratie et mettre fin à la culture de l’impunité », en insistant sur l’importance de médias indépendants et d’une société civile active en tant que piliers de la justice, de la démocratie et de l’État de droit.

La nécessité de remédier aux manquements de Malte en matière d’État de droit a été soulignée lors du débat parlementaire de mercredi par M. Casa, qui a déclaré que le pays se trouve aujourd’hui dans la même situation qu’il y a six ans.

« La vie des journalistes est en danger lorsqu’il n’y a pas de justice pour les crimes qu’ils dénoncent », a-t-il ajouté.

Dans sa proposition de résolution, le Parlement exprime également sa profonde inquiétude quant à la lenteur des progrès de l’enquête sur le meurtre de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia, avec seulement trois condamnations mineures à ce jour.

Elle appelle les autorités maltaises à accélérer le processus judiciaire afin de garantir la justice. La déclaration réitère également l’appel à une enquête approfondie sur les motifs du meurtre, soulignant la nécessité d’une implication continue d’Europol dans l’enquête.

Du côté de Renew Europe, l’eurodéputée Sophie in ‘t Veld, négociatrice du groupe pour la résolution sur l’État de droit à Malte, a déclaré que « six années se sont écoulées depuis le meurtre de Daphne Caruana Galizia ».

« Bien qu’il y ait eu une enquête publique, que les tueurs sont derrière les barreaux et que plusieurs réformes ont été introduites, le cerveau présumé n’a pas été traduit en justice, car le processus de réforme est ralenti. En effet, de nouveaux scandales de corruption sont apparus », a-t-elle déploré.

Dans sa résolution, le Parlement a également souligné qu’il était consterné par la déclaration du Premier ministre Robert Abela en octobre qui a minimisé la corruption institutionnalisée, affirmant que de telles déclarations perpétuent une culture d’impunité pour les fonctionnaires prétendument impliqués.

Les eurodéputés ont réitéré leur inquiétude quant à l’absence de progrès dans la mise en œuvre des recommandations du rapport d’enquête publique de Daphne Caruana Galizia, deux ans après sa publication. Ils ont noté que les réformes et les changements législatifs proposés par le gouvernement maltais n’ont pas tenu compte des contributions des organisations internationales et nationales.

Ramona Strugariu, l’une des négociatrices de Renew Europe sur le rapport concernant les poursuites-bâillon, a ajouté : « La cause première du meurtre de Daphne et la raison pour laquelle ses assassins sont toujours en liberté est la corruption. Deux choses doivent se produire. Premièrement, l’impunité doit cesser et les criminels doivent être emprisonnés. Deuxièmement, nous lui devons, ainsi qu’à tous les journalistes, une directive contre les poursuites-bâillon forte ».

Pour la deuxième année consécutive, le Parlement européen a demandé aux autorités maltaises de retirer leurs appels contre une série de demandes de liberté d’information faites par The Shift, soulignant la persistance d’obstacles à la liberté et au pluralisme des médias, notamment en ce qui concerne les demandes de liberté d’information adressées au gouvernement et le financement potentiellement discriminatoire des médias.

La déclaration condamne également la tendance au secret injustifié au sein des institutions de l’État concernant des informations qui pourraient être d’un grand intérêt pour le public.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]