Le Parlement européen soutient la certification des absorptions de carbone

Les eurodéputés ont voté en faveur de projets visant à certifier les absorptions de carbone dans l’UE, ouvrant ainsi la voie aux nouvelles technologies permettant de capter directement le CO2 de l’atmosphère.

Euractiv.com
epa06018953 CO2 capture plant of the company Climeworks at the waste incineration plant KEZO Kehrichtverwertung Zuercher Oberland in Hinwil, Canton of Zurich, Switzerland, 09 June 2017. Climeworks sells and transports the CO2 to the neighbouring company Gebrueder Meier Primanatura AG, which uses it for their greenhouses.  EPA/WALTER BIERI
Tout en soulignant que la réduction des émissions de gaz à effet de serre devait rester une priorité absolue de l’UE dans la lutte contre le changement climatique, les eurodéputés ont soutenu le projet de certification des l’absorption du carbone. [<a href="https://epaimages.com/" target="_blank" rel="noopener">EPA/WALTER BIERI</a>]

Les eurodéputés ont voté, mardi (24 octobre), en faveur de projets visant à certifier les absorptions de carbone dans l’Union européenne, ouvrant ainsi la voie aux nouvelles technologies permettant de capter directement le CO2 de l’atmosphère.

Tout en soulignant que la réduction des émissions de gaz à effet de serre devait rester une priorité absolue de l’UE dans la lutte contre le changement climatique, les eurodéputés ont soutenu le projet de certification des l’absorption du carbone, en adoptant la proposition avec 59 voix pour, 17 voix contre et 9 abstentions.

« Le changement climatique est déjà si grave que nous ne pouvons pas compter uniquement sur les réductions d’émissions, nous devons également absorber le carbone déjà émis. Ce cadre est l’outil qui permettra d’y parvenir », a déclaré Lídia Pereira, eurodéputée portugaise du Parti populaire européen (PPE) de centre droit et porte-parole du Parlement sur la proposition.

L’objectif du Parlement, explique Mme Pereira, est de garantir des absorptions de carbone efficaces et de « réguler un marché qui a été miné par le greenwashing, le manque de clarté et la méfiance ».

La plantation d’arbres, qui absorbent le dioxyde de carbone de l’atmosphère au cours de leur croissance, est aujourd’hui la technique d’absorption du carbone la plus répandue, et est utilisée par les compagnies aériennes pour permettre aux voyageurs de « compenser » leurs émissions.

Toutefois, les compensations de carbone sont controversées et ont fait l’objet de vives critiques de la part des défenseurs des forêts, qui ont qualifié cette initiative de « pari carbone ».

« Alors que les arbres sont essentiels pour faire face à la crise climatique, permettre aux pollueurs de payer pour les planter afin de “compenser” leurs émissions continues est une politique climatique qui a échoué », a déclaré Kelsey Perlman, une militante de Fern, une ONG spécialisée dans la protection des forêts.

Selon elle, cela n’a en rien contribué à restaurer les forêts mais a plutôt contribué à « enrichir les entreprises et les sociétés [qui font du] greenwashing », a-t-elle ajouté, appelant les législateurs à interdire les compensations via la plantation d’arbres.

D’autres techniques incluent le captage direct de l’air (DAC) via laquelle des ventilateurs géants aspirent le CO2 directement de l’atmosphère et le stockent de manière permanente, soit sous terre, soit sous forme solide.

Pour ces techniques, les députés estiment que le carbone doit être stocké pendant plusieurs siècles pour être certifié. En revanche, les critères relatifs au stockage du carbone dans les sols agricoles doivent conduire à des réductions d’émissions sur une période d’au moins cinq ans, ont précisé les députés.

La distinction entre les différentes activités d’absorptions a été accueillie favorablement par les militants qui estiment qu’elle évitera la confusion entre des activités qui peuvent être radicalement différentes.

« Les certifications d’absorptions de l’UE doivent être de grande qualité, efficaces dans la pratique et liés à des cas d’utilisation appropriés, sinon nous risquons de compromettre nos objectifs de décarbonation », a déclaré Kathy Fallon de la Clean Air Task Force, une ONG. « Les amendements adoptés aujourd’hui sont un pas dans la bonne direction. »

À la fin de la journée toutefois, les militants étaient partagés. Bien que le Parlement ait « considérablement amélioré » la proposition initiale de la Commission européenne, il n’est pas allé assez loin dans la limitation de l’utilisation des absorptions de carbone dans les systèmes de compensation volontaire, a déclaré le groupe écologiste Carbon Market Watch.

De plus, les règles actuelles permettraient aux mêmes absorptions d’être comptabilisées deux fois — dans les registres privés et publics.

« Cela signifie que les mêmes absorptions générées par un projet pourraient être utilisées par des entreprises, mais aussi par des pays pour atteindre leurs objectifs climatiques », a déclaré Wijnand Stoefs de Carbon Market Watch.

« L’utilisation des absorptions de carbone à des fins de compensation dans le cadre de mécanismes volontaires et de conformité doit être totalement exclue », a ajouté M. Stoefs.

La proposition concernant un système de certification de l’absorption du carbone sera votée lors de la session plénière du Parlement européen au cours de la troisième semaine de novembre. Entre-temps, les États membres de l’UE devraient adopter leur position sur le texte en décembre 2023.

La proposition deviendra une loi lorsque le Parlement européen et le Conseil se seront mis d’accord sur un texte commun lors des négociations en trilogue avec la Commission.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]