Le procès de Ioulia Timochenko, un test pour l'UE ?

  Le parquet ukrainien a requis hier (27 septembre) une peine de sept ans de prison pour l'ancienne première ministre du pays, Ioulia Timochenko, lors d'un procès qui, selon Bruxelles, pourrait amenuiser les espoirs de l'Ukraine de renforcer ses relations commerciales avec l’Union européenne et d’y adhérer à terme.

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Le parquet ukrainien a requis hier (27 septembre) une peine de sept ans de prison pour l'ancienne première ministre du pays, Ioulia Timochenko, lors d'un procès qui, selon Bruxelles, pourrait amenuiser les espoirs de l'Ukraine de renforcer ses relations commerciales avec l’Union européenne et d’y adhérer à terme.

Ioulia Timochenko, figure de l'opposition en Ukraine, est accusée d'abus de pouvoir concernant un accord gazier conclu avec la Russie en janvier 2009 qui, selon le président Viktor Ianoukovitch, a entraîné l'application de prix exorbitants pour le gaz. Elle nie toutefois les faits.

Les Etats-Unis et l'Union européenne affirment que ce procès a des implications politiques et ils ont demandé à M. Ianoukovitch de mettre fin aux poursuites (voir « Contexte »).

Mais lorsque le procès a repris mardi, après deux semaines d'interruption, le procureur Lilia Frolova a déclaré que les accusations contre Mme Timochenko avaient été prouvées et qu'elle requérait une peine de prison de sept ans.

Mme Timochenko, qui a perdu les élections présidentielles contre M. Ianoukovitch en février 2010 et qualifié ce procès de vendetta à son encontre, a déclaré à la cour :   « Ceci s'inscrit dans le prolongement de la répression politique et je suis persuadée qu'ils agissent sous les ordres du président Ianoukovitch ».

M. Ianoukovitch et ses partisans affirment qu'en ayant fait pression sur l'entreprise publique Naftotgaz pour qu'elle signe un accord avec le géant gazier russe Gazprom en 2009, l’ancienne première ministre avait agi à l'encontre de l'intérêt national.

Ce procès divise l'opinion publique dans cette ancienne république soviétique et a donné lieu à des manifestations contre M. Ianoukovitch. Il a été ajourné le 12 septembre jusqu'à ce mardi, après que les Etats-Unis et l'UE ont exprimé leur inquiétude quant à la tenue de ce procès.

Depuis lors, l'UE a durci sa position, prévenant M. Ianoukovitch qu'il risquait de mettre en péril des accords bilatéraux de libre-échange et leur association politique si Mme Timochenko était emprisonnée.

« A la vitesse où se déroule le procès, il pourrait être terminé jeudi », a déclaré Iouri Sukhov, l'avocat de la défense, après que Mme Frolova a requis une peine de sept ans de prison.

Mme Timochenko, une populiste charismatique, avait fait échouer la première tentative de M. Ianoukovitch de devenir président en 2004 en organisant des manifestations pour protester contre les résultats du deuxième tour de l'élection présidentielle. Cette série de manifestations avait par la suite pris le nom de « révolution orange ». Ils sont en conflit depuis lors.

Rébellion

Lors d'une suspension d'audience mardi, elle a fait preuve de véhémence malgré son incarcération depuis le 5 août en déclarant aux journalistes : « Cette mascarade doit prendre fin ».

« Je voudrais rappeler à M. Ianoukovitch qu’où que je sois, en prison ou libre, je me sens comme une personne libre », a-t-elle affirmé.

Des centaines de partisans de Mme Timochenko ont campé à l'extérieur du tribunal durant tout l'été en signe de solidarité. Les forces de police anti-émeutes les ont déplacées lorsque l'audience a repris, même si aucun problème majeur n'a été rapporté, hormis quelques échauffourées sans gravité.

A la veille de la reprise du procès, le premier ministre, Mykola Azarov, a déclaré que la Russie avait finalement accepté de réviser le contrat gazier de 2009 qui est à la base des poursuites entamées contre Mme Timochenko. Un porte-parole de Gazprom a expliqué que les discussions étaient toujours en cours.

Toutefois, devant les journalistes, Mme Timochenko a accusé les autorités ukrainiennes de s'apprêter à laisser le contrôle du système de transit du gaz aux mains de la Russie.

Le gouvernement de M. Ianoukovitch, qui affirme que l'intégration du pays dans l'Europe est à la base de sa politique étrangère, espère signer des accords avec l'UE lors d'un sommet un décembre. Avant cela, il devra rencontrer de hauts représentants de l'UE lors d'un sommet « Partenariat » à Varsovie les 29 et 30 septembre.

L'UE assure que M. Ianoukovitch a répondu favorablement à la proposition de requalifier les charges qui pèsent contre elle afin qu'elle puisse être libérée, même si certains partisans de la ligne dure au sein de son gouvernement souhaitent que le pouvoir politique de Mme Timochenko soit neutralisé.

Toute modification de la loi pour « décriminaliser » les charges qui pèsent contre Mme Timochenko prendra sûrement des semaines, voire des mois, pour être adoptée par le parlement, ont expliqué des observateurs.

La juge a placé l’impétueuse Ioulia Timochenko en détention le 5 août pour avoir « systématiquement » perturbé le déroulement du procès et a refusé les demandes de la défense pour sa libération pendant la durée du procès.

De nombreux commentateurs estiment que ce procès est un désastre en termes de relations publiques pour M. Ianoukovitch, étant donné les critiques qu'il suscite de la part de l'Occident et la résurgence de la force politique de Mme Timochenko.

EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet