Le système de soins européen peine à répondre aux besoins de la population vieillissante, selon Caritas

Alors que le nombre de personnes âgées et la demande de soins augmentent, le secteur européen des soins est en danger, car les soignants sont sous-payés, surchargés de travail et non protégés, selon un rapport publié par Caritas Europa lundi (27 juin).

Euractiv.com
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Selon le rapport de Caritas Europa, la population de certains États membres comptera plus de 60 % de personnes âgées d’ici 2050. [[Rawpixel.com / Shutterstock]]

Alors que le nombre de personnes âgées et la demande de soins augmentent, le secteur européen des soins est en danger, car les soignants sont sous-payés, surchargés de travail et non protégés. L’UE devrait donc en faire davantage, selon un rapport publié par Caritas Europa lundi (27 juin).

Intitulé « Vieillir dans la dignité, les défis des soins de longue durée en Europe » (Growing Old with Dignity, the Challenges of Long-Term Care in Europe), le rapport montre qu’aujourd’hui encore, les personnes âgées en Europe doivent de plus en plus compter sur des soignants qui se retrouvent souvent à dispenser des soins qu’ils n’auraient pas les moyens de s’offrir eux-mêmes.

« Le vieillissement de la population est la tendance mondiale la plus marquante de notre époque », a déclaré Shannon Pfohman, directrice des politiques et du plaidoyer de Caritas Europa, lors de la conférence de présentation du rapport. Selon elle, « la demande de soins de longue durée monte en flèche et les dépenses publiques ne suivent pas le rythme de la demande ».

D’après le rapport, le secteur des soins de longue durée peine déjà à répondre aux besoins de nombreux citoyens âgés, en particulier ceux qui disposent d’un faible revenu.

Cette situation risque de se détériorer au fur et à mesure que la différence entre le nombre de personnes âgées et de citoyens actifs augmentera dans les années à venir. En Grèce, en Italie, au Portugal et en Espagne, on prévoit par exemple que les personnes âgées de plus de 65 ans représenteront 60 % de la population d’ici 2050.

Le nombre de personnes susceptibles d’avoir besoin de soins de longue durée dans l’Union européenne devrait passer de 30,8 millions en 2019 à 33,7 millions en 2030, puis à 38,1 millions en 2050, selon le rapport.

Un autre enjeu souligné dans le rapport concerne le recrutement et la fidélisation du personnel de soins de longue durée. Il existe une dépendance continue à l’égard de travailleurs informels et de personnel non déclaré, « ce qui n’est pas surprenant lorsque le coût des soins est si élevé et que de nombreuses familles ne sont pas en mesure de les couvrir », a déclaré Mme Pfohman.

Le rapport indique que plus d’un tiers des soignants de l’UE font partie du « secteur non déclaré », c’est-à-dire qu’ils travaillent sans permis, sans protection sociale et sans soutien professionnel. En outre, on dénombre quelque 52 millions d’aidants informels, principalement des épouses, des enfants, des amis ou des voisins, dont les salaires non versés s’élèvent au total à 242 milliards d’euros par an.

À mesure que la population du continent vieillit et que les taux de natalité continuent de baisser, la population active diminuera également.

Remédier aux faiblesses du secteur

Au-delà des chiffres, le rapport affirme qu’une grande partie du secteur est soutenue par l’empathie de soignants exploités.

« Je paie toutes mes factures médicales. Je n’ai pas d’assurance médicale. Je n’ai pas de fonds de pension », a déclaré Yolly Parco, une aide-soignante philippine qui travaille à Bruxelles et qui s’est exprimée lors de la conférence d’hier. « J’ai toujours à l’esprit que cette personne dont je m’occupe bénéficie de tous les soins de santé et de l’aide dont elle a besoin, mais pas moi », a-t-elle poursuivi.

Mme Parco a envisagé d’autres emplois, mais lorsqu’elle se rappelle à quel point ses employeurs sont malades, elle fait passer leur santé avant la sienne.

« Les [soignants] s’occupent d’abord du patient et ensuite [d’eux-mêmes] », a déclaré Oliver Roethig, secrétaire général d’UNI Europa, un syndicat représentant le secteur des services.

Un soutien politique incertain

Dans le rapport, de nombreuses suggestions politiques sont faites à l’UE et aux États membres, notamment en ce qui concerne l’augmentation des fonds alloués aux prestataires de soins à but non lucratif. Les représentants de la Commission ont déclaré que leur travail sur le sujet présentait « une forte convergence avec les messages clés » du rapport, mais ont évité de l’approuver de manière plus spécifique.

L’attention de la Commission s’est surtout portée sur une récente recommandation du Conseil sur les soins de longue durée, qui correspondait à des degrés divers aux recommandations politiques du rapport.

L’ONG a souligné les progrès réalisés grâce à la directive relative aux salaires minimaux et à la directive concernant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée des parents et des aidants, mais a déclaré qu’il serait difficile d’en constater les conséquences à court terme.

Les auteurs du rapport soulignent également le rôle joué par les travailleurs migrants dans le secteur des soins de longue durée et demandent de meilleures voies d’accès à la migration régulière. Comme ces travailleurs sont plus susceptibles de se retrouver coincés dans des postes de soignants non déclarés, le rapport demande le renforcement de l’Autorité européenne du travail.

Enfin, Caritas demande aux États membres d’investir davantage dans les soins de longue durée.

« À ce jour, l’un des principaux défis du modèle social européen concerne les préoccupations macro-économiques et budgétaires qui prennent le pas sur les préoccupations sociales, au détriment des groupes vulnérables », peut-on lire dans le rapport.

Dans les récentes recommandations budgétaires de la Commission, l’exécutif européen appelle à réduire les dépenses publiques et à investir davantage dans la compétitivité et la transition écologique. Les salaires des travailleurs hospitaliers et des autres travailleurs de la santé sont généralement considérés comme des dépenses plutôt que comme des investissements : il est donc peu probable que la pression exercée sur leurs salaires diminue de sitôt.