Les associations demandent à l’UE d'interdire les volailles à croissance rapide

Les volailles à croissance rapide doivent être interdites dans l’UE pour des raisons de bien-être animal, alerte l’ONG Eurogroup for animal. Pour les producteurs européens toutefois, cela conduira nécessairement à des prix plus élevés pour les consommateurs et à des problèmes environnementaux.

Euractiv France
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Les volailles à croissance rapide sont des races d'élevage hybrides ayant la capacité de prendre rapidement de la taille et du poids. [Shutterstock/Mai.Chayakorn]

Les volailles à croissance rapide doivent être interdites dans l’Union européenne pour des raisons de bien-être animal, alerte l’ONG Eurogroup for Animals, alors que les représentants des producteurs européens considèrent que cela conduira nécessairement à des prix plus élevés pour les consommateurs, et à des problèmes environnementaux.

« Nous appelons les décideurs politiques à éliminer progressivement ces races et donner la priorité aux races à croissance plus lente dans la législation européenne », demande l’ONG Eurogroup for Animals dans un livre blanc publié ces jours-ci et destiné aux futurs législateurs de l’UE.

Les volailles à croissance rapide sont des races d’élevage hybrides ayant la capacité de prendre rapidement de la taille et du poids. Ces pratiques sont critiquées depuis longtemps par les ONGs et de nombreux scientifiques, lesquelles entraîneraient des problèmes de santé pour les animaux (difficulté à marcher, agressivité, et hausse de la mortalité).

« Un immense corpus scientifique montre que le facteur le plus important pour le bien-être d’un poulet de chair est sa race, et que les souches à croissance lente présentent des résultats plus élevés en matière de bien-être », souligne l’organisme.

Une nouvelle législation

La directive européenne de 2007 qui encadre les pratiques dans les élevages n’interdit pas le recours à des races à croissance rapide. Pour Eurogroup for Animals, les futurs eurodéputés devront donc légiférer dans le cadre la prochaine législation sur le bien-être animal, initialement prévue sous ce mandat avant d’être reportée.

L’association recommande de s’appuyer sur la déclaration « Better Chicken Commitment » (BCC), un ensemble de recommandations visant à améliorer le bien-être des volailles, comprenant la fin des animaux à croissance rapide. 570 entreprises dans le monde entier se sont engagées à mettre en œuvre ces changements avant 2026.

Concrètement, l’ONG demande à l’UE de définir une liste de races autorisées à croissance lente pour l’élevage. A minima, elle demande d’imposer un gain de poids quotidien maximum, par exemple 50 grammes/jour, comme le recommande l’EFSA.

L’association s’inspire également du cahier des charges européen de l’élevage biologique, qui impose déjà une durée d’élevage minimum ou des races de volailles à croissance lente.

9 692 nouveaux poulaillers en plus dans l’UE

Pour le syndicat des producteurs de volaille en Europe, l’AVEC, ces mesures ne tiennent pas compte des aspects économiques et même environnementaux.

Selon une étude d’impact commandée par l’association, la mise en œuvre de la déclaration BCC – avec la suppression des poulets à croissance rapide -, entraînerait un surcoût de production de 37,5 % par kilogramme de viande.

Sur le plan environnemental, cela augmenterait la consommation d’eau de 35,4 %, mais aussi les émissions de gaz à effet de serre par kilogramme de viande produite de 24,4  %.

Globalement, ces changements de pratiques conduiraient à une baisse de la production qui nécessiterait de construire 9 692 nouveaux poulaillers en plus dans l’Union européenne, pour un coût estimé à 8,24 milliards d’euros, « afin de maintenir les niveaux de production actuels ».

L’augmentation des prix de la viande pourrait enfin « exclure une large partie des consommateurs », et augmenter les importations issues de pays tiers.

Alors que la consommation de volaille devrait augmenter dans les 10 ans à venir, « les consommateurs doivent pouvoir choisir des produits plus performants s’ils le souhaitent, mais il est essentiel que des options standard et abordables restent disponibles », souligne le président de l’AVEC Gert-Jan Oplaat.

De son côté l’ONG Eurogroup for Animals estime que la transition est possible, comme en attestent les initiatives de certains États membres de l’UE, et demande à l’Union de s’en inspirer dans le cadre de la nouvelle législation sur le bien-être animal.

C’est le cas des Pays Bas qui, depuis 2015, imposent des poulets de chair à croissance lente. Ou encore du Danemark qui va supprimer progressivement les achats publics de volaille à croissance rapide, avec une volonté d’agir au niveau européen.

Des mesures législatives sont également sur le point d’éclore en Suède ou en Norvège.

[Édité par Anna Martino]