Les députés européens demandent des cantines scolaires plus inclusives
Les produits disponibles dans les cantines scolaires devraient être adaptés aux restrictions alimentaires des enfants, comme les intolérances et les allergies alimentaires, par la mise en place de substituts à base de plantes. Il s’agit de déclarations formulées par les eurodéputés et qui ont divisé les parties prenantes.
Les produits disponibles dans les cantines scolaires devraient être adaptés aux restrictions alimentaires des enfants, comme les intolérances et les allergies, par la mise en place de substituts à base de plantes. Ces déclarations formulées par les eurodéputés ont divisé les parties prenantes.
Mardi (9 mai), les eurodéputés ont voté en faveur d’un rapport d’initiative. Ce vote est intervenu avant la révision par la Commission européenne du programme à destination des écoles, attendue pour la fin de 2023 dans le cadre de la stratégie alimentaire phare de l’UE « De la ferme à la table » (Farm to Fork).
Lancé en 2017, le programme vise à soutenir la distribution de produits agricoles déterminés aux écoliers tout en promouvant des régimes alimentaires sains dans les cantines publiques. L’initiative a pour objectif de promouvoir les fruits et légumes ainsi que le lait et les produits laitiers.
Dans le rapport, piloté par l’eurodéputée socialiste Carmen Avram, il est demandé d’« allouer des fonds supplémentaires à l’achat de produits de substitution diversifiés, dans le cadre du programme, afin de garantir son inclusivité » pour les enfants souffrant de restrictions alimentaires.
Selon Mme Avram, 24 % des élèves interrogés par la Commission européenne n’ont pas accès à ce programme en raison d’un manque de substituts pour pallier leurs restrictions alimentaires.
Le lait de vache constitue par exemple la seule possibilité offerte dans le programme actuel : les enfants intolérants au lactose risquent donc de ne pas recevoir de produits adaptés à leur état de santé.
Cependant, la possibilité d’inclure des substituts à base de plantes dans le programme a suscité un vif débat entre les parties prenantes.
Mme Avram a expliqué à EURACTIV que cette proposition « ne signifie pas qu’il faille adopter un régime à base de plantes ». « Toutefois, nous devons renforcer le budget afin que, parmi la liste des produits déjà approuvés, ces enfants puissent également recevoir quelque chose » a-t-elle ajouté.
Des produits comme les « boissons » à base d’amandes, par exemple, pourraient remplacer le lait de vache en cas d’intolérance au lactose, puisque les amandes font également partie du programme, a-t-elle expliqué.
Les États membres ont le dernier mot en la matière et peuvent donc choisir s’ils veulent « opter pour une liste diversifiée de substituts pour les enfants souffrant de restrictions médicales et alimentaires, conformément au champ d’application du programme », a fait remarquer Mme Avram.
Ainsi, le texte veut « concilier à la fois la nécessité d’inclure cette catégorie d’élèves dans le programme et la demande de promouvoir les produits d’origine locale », a déclaré la rapporteure.
Elle a ajouté qu’en l’absence d’une telle révision, la possibilité pour les enfants souffrant de restrictions alimentaires de bénéficier du programme serait mise en danger, « ce qui aurait pu constituer un manque total de responsabilité politique que certains groupes politiques ont malheureusement tenté de faire ».
Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, bien qu’il ait finalement soutenu le rapport, a toujours critiqué les substituts à base de plantes et a qualifié leur inscription dans le programme d’« idéologie ».
« Certains ont voulu changer la nature [du programme] en proposant des substituts à base de plantes », a déclaré l’eurodéputé italien du PPE, Salvatore de Meo.
« J’espère que le Parlement européen soutiendra les agriculteurs et s’assurera que nous disposons d’une éducation alimentaire exempte d’idéologie », a-t-il ajouté.
Qu’est-ce qu’un « substitut » ?
Malgré l’accord politique général sur le rapport, l’ambiguïté des « substituts » n’a pas convaincu les groupes de défense des droits des animaux.
Selon l’association militante Compassion in World Farming EU (CIWF EU), l’appel du Parlement à subventionner des « produits de substitution diversifiés » pourrait faire référence au lait sans lactose.
« Cela n’aidera pas les enfants qui évitent le lait de vache pour des raisons environnementales, éthiques, culturelles, religieuses ou médicales », a déclaré Olga Kikou, directrice de CIWF EU.
« À la lumière de l’urgence climatique et des demandes sociétales pour des aliments plus éthiques et durables, il est choquant qu’une réforme ambitieuse de nos régimes alimentaires soit encore considérée comme un tabou dans la [Parlement européen] », a-t-elle ajouté.
En revanche, l’association des agriculteurs européens s’est félicitée que « les eurodéputés se sont assurés que les boissons à base de plantes n’entreront pas dans le programme malgré les fortes pressions exercées en ce sens ».
« Pour rester crédible, ce programme devait rester factuel et éviter de constituer une porte d’entrée à l’idéologie », a souligné l’organisation.
La Commission prend note
Dans sa réponse, le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, s’est félicité du rapport et de la reconnaissance des « défis à relever, notamment en ce qui concerne le champ d’application des produits éligibles ».
Toutefois, la Commission avait déjà réduit les attentes concernant la possibilité d’inclure des produits de substitution à base de plantes dans le programme il y a quelque temps.
« Notre objectif est de proposer des régimes alimentaires plus équilibrés et plus nutritifs […] les protéines animales font partie d’un régime équilibré », a indiqué à EURACTIV Wolfgang Burtscher, directeur général de la direction générale de l’agriculture et du développement rural de la Commission, en novembre 2022.
Cependant, il a également affirmé que plus la marge de manœuvre laissée aux États membres est grande, plus la gamme de produits soumis au programme à destination des écoles pourrait être large.
Une évaluation publiée par la Commission en novembre a montré une augmentation de l’importance de la part réservée aux fruits et légumes dans le programme, alors qu’une diminution est constatée pour la part du lait, en particulier dans certains États membres, comme la France, l’Italie ou la Pologne.