Les États membres de l'UE soutiennent la proposition visant à abaisser le statut de protection des loups
Une majorité d’ambassadeurs de l’UE a soutenu ce mercredi 25 septembre une proposition de la Commission européenne visant à abaisser le statut de protection des loups en Europe, une première étape cruciale vers la modification des règles actuelles de la Convention de Berne.
Une majorité d’ambassadeurs de l’UE a soutenu ce mercredi 25 septembre une proposition de la Commission européenne visant à abaisser le statut de protection des loups en Europe. Il s’agit d’une première étape cruciale vers la modification des règles actuelles de la Convention de Berne.
En décembre 2023, la Commission a proposé de faire passer le statut des loups de « strictement protégé » à « protégé », permettant ainsi aux gouvernements et aux régions de disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour autoriser la chasse au loup.
Selon des sources diplomatiques européennes, seuls deux États membres, l’Espagne et l’Irlande, ont voté contre cette proposition.
Le Luxembourg a changé de position lundi 23 septembre, passant de l’opposition au soutien, et le Portugal lui a emboîté le pas. L’Allemagne, un autre acteur clé, a également voté en faveur de la proposition. Des sources diplomatiques ont toutefois indiqué à Euractiv que Berlin souhaitait que le changement de statut soit uniquement appliqué aux loups, et non à d’autres espèces de carnivores.
Un vote final aura lieu jeudi 26 septembre lors du Conseil Compétitivité (COMPET), où les ministres devraient ratifier la décision des ambassadeurs. Bruxelles doit notifier au secrétariat de la convention de Berne d’ici mardi prochain, le 1er octobre, si elle a l’intention de proposer une modification des règles, car le comité concerné ne se réunit qu’une fois par an.
La protection des loups et ses exceptions
Les loups sont strictement protégés par la directive européenne « Habitats », qui accorde un statut spécial à certains carnivores, dont l’ours brun, le loup, le carcajou, le chacal doré, le lynx d’Eurasie et le lynx ibérique. Cette directive applique les dispositions de la Convention de Berne du Conseil de l’Europe de 1979, signée par les États membres de l’UE.
L’interdiction d’abattre ou de capturer des loups a facilité leur retour dans leurs habitats traditionnels, et de nombreuses populations ont été sauvées de la disparition. En 2023, la Commission européenne estimait la population de loups à 20 300 animaux, soit près du double des 11 193 loups recensés en 2012.
Malgré ce succès, la chasse au loup reste autorisée dans certaines circonstances. Plusieurs États membres ont obtenu des dérogations au statut de protection de cette espèce en vertu de la Convention de Berne ; ils peuvent contourner les mesures de protection strictes en faveur de leurs propres plans nationaux.
La directive européenne « Habitats » permet également aux États membres d’introduire des dérogations pour l’abattage des loups au cas par cas dans des conditions spécifiques, par exemple pour protéger des intérêts économiques.
Toutefois, dans des affaires concernant l’Espagne et l’Autriche, la plus haute juridiction de l’UE a récemment statué que ces dérogations ne pouvaient être accordées que si les populations de loups se trouvaient dans un état de conservation favorable au niveau national.
Agriculteurs vs loups
Les agriculteurs de toute l’Europe réclament depuis longtemps des mesures plus strictes pour protéger leur bétail des attaques de loups.
Selon un rapport de la Commission de 2023, les pertes de bétail en Espagne, en France et en Italie représentent la moitié du total des dommages subis au sein de l’UE. L’Allemagne, la Grèce et la Croatie font également état de nombreuses attaques de loups.
En septembre 2023, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a fait les gros titres en déclarant que les meutes de loups représentaient un « réel danger » pour le bétail et « potentiellement » pour les humains, exhortant les autorités locales à utiliser les dérogations permettant l’abattage de ces animaux.
Cependant, suite à cela, Ursula von der Leyen avait été accusée par la députée néerlandaise Leonie Vestering (PvdD, Parti pour les animaux) d’abus de pouvoir et de mener sa propre vendetta personnelle. En effet, l’un des poneys de la présidente de la Commission avait été tué par un loup en septembre 2022, et la région de Hanovre a délivré un permis de chasse officiel pour le loup en question dans le courant du mois de décembre de la même année.
En outre, la Commission n’a recensé aucune attaque mortelle de loup sur des êtres humains en Europe au cours des 40 dernières années. Elle note d’ailleurs que si la prédation du loup sur le bétail est concentrée dans certaines régions, l’impact global sur l’ensemble de l’UE reste faible.
« À grande échelle, l’impact global des loups sur le bétail dans l’UE est très faible, mais au niveau local, la pression sur les communautés rurales peut être élevée dans certaines régions », peut-on lire dans le rapport de la Commission.
Le rapport ajoute également que seuls 65 000 animaux d’élevage sont perdus chaque année à la suite d’attaques de loups, principalement des ovins et des caprins (73 %) et des bovins (19 %). À titre de comparaison, les pertes annuelles d’ovins ne représentent que 0,06 % du cheptel total de l’Union européenne.
La chasse est-elle efficace ?
Le COPA et le COGECA, deux organisations agricoles de l’Union européenne, ont salué la décision des ambassadeurs comme un « grand pas en avant dans la gestion des populations de loups et la coexistence harmonieuse ».
Cependant, les recherches scientifiques ont à plusieurs reprises remis en question l’efficacité de la chasse dans la prévention des attaques de bétail. Dans une lettre envoyée aux ambassadeurs de l’UE avant le vote, des organisations de la société civile affirmaient que la proposition ne reposait sur aucune base scientifique.
« Il n’existe aucune preuve scientifique que l’abattage […] réduit efficacement les déprédations sur les animaux d’élevage », peut-on lire dans la lettre. « Il pourrait même être contre-productif et augmenter les attaques en perturbant la structure sociale des loups », ajoute la lettre.
Ces affirmations sont en fait conformes aux conclusions du rapport 2023 de la Commission européenne sur les loups, qui note que la chasse « ne semble pas réduire la déprédation des loups sur le bétail », à moins qu’elle ne réduise radicalement les populations de loups sur de vastes zones.
Les ONG ont également rappelé que les loups sont essentiels à la stabilité des écosystèmes, un rôle qui « ne peut être compromis » dans le contexte actuel de la crise mondiale de la biodiversité.
« Nous exhortons les autres parties à la Convention de Berne à rejeter cette proposition, à protéger les animaux sauvages dans l’UE et au-delà, et à continuer à défendre la protection de la biodiversité au niveau mondial », a conclu Léa Badoz, responsable du programme sur la faune sauvage chez Eurogroup for Animals.
Bárbara Machado a contribué à la rédaction de cet article.