Les experts dénoncent le manque de données sur les troubles de la santé mentale chez les jeunes
Les eurodéputés et les parties prenantes de l’UE dénoncent le manque de données sur la santé mentale des jeunes, affirmant que cette lacune les empêche de comprendre l’étendue du problème et les moyens de le résoudre.
Les eurodéputés et les parties prenantes de l’UE ont dénoncé jeudi dernier (29 juin) le manque de données sur la santé mentale des jeunes, affirmant que cette lacune les empêche de comprendre l’étendue du problème et les moyens de le résoudre.
En 2021, une étude de l’UNICEF avait montré que neuf millions de jeunes européens vivaient avec des troubles de la santé mentale, tels que l’anxiété et la dépression. Par ailleurs, le rapport annuel « Health at a Glance », publié en 2022 par la Commission européenne et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), notait qu’environ 50 % des jeunes avaient fait état de besoins non satisfaits en matière de soins de santé mentale en 2022.
Ce même rapport indique que les conséquences réelles des troubles de la santé mentale sont difficiles à estimer, car les données obtenues à partir d’enquêtes auprès de la population portent généralement sur des troubles de la santé mentale spécifiques ou sur la prévalence de ces troubles dans des groupes d’âge spécifiques.
Cette préoccupation a été soulevée jeudi dernier par la sous-commission de la santé publique (SANT) du Parlement européen. Louise De Meulenaer, de la Fédération européenne des associations d’étudiants de psychologie (EFPSA), a expliqué aux eurodéputés que le stress à l’école, l’incertitude portant sur l’avenir, l’anxiété provoquée par la crise climatique et les normes inatteignables fixées par les réseaux sociaux contribuaient à la détérioration de la santé mentale de la jeunesse.
« Il y a beaucoup d’étudiants qui luttent contre les burnouts parce que le monde réel ne correspond pas vraiment à ce qu’on leur a enseigné » durant leurs études, a donné comme exemple Mme De Meulenaer.
Toutefois, pour comprendre l’ampleur du problème et y remédier, les experts ont alerté les députés européens sur la nécessité de disposer de davantage de données.
« Nous n’avons pas beaucoup de données à l’heure actuelle sur la santé mentale des jeunes », a indiqué au Parlement Cassie Redlich, responsable technique de la santé mentale au Bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe.
Mme Redlich a ajouté qu’il s’agissait d’un problème au moment d’essayer de déterminer si la situation s’améliorait pour les jeunes.
Un problème également pour le Parlement européen
Les membres de la sous-commission SANT ont rappelé leurs préoccupations concernant le manque d’informations. « Il y a un besoin de données qui contribueront à une meilleure compréhension de ces troubles et d’autres problèmes de santé », a déclaré l’eurodéputée socialiste portugaise Sara Cerdas.
L’eurodéputé croate Tomislav Sokol a confié à EURACTIV que le Parlement avait « besoin de plus de données, en particulier sur les effets de la Covid-19 ».
Pour ce qui est des conséquences de la pandémie, le rapport « Health at a Glance » de 2022 montre que, dans les pays européens disposant de données comparables avant et après la Covid-19, le nombre de jeunes présentant des symptômes de dépression a doublé.
En Islande, en Suède et en Norvège, plus d’un jeune sur trois a signalé des symptômes de dépression, contre un sur neuf avant la pandémie.
M. Sokol a ajouté que, bien qu’elle exacerbe la situation actuelle, la pandémie n’est qu’un élément à surveiller et que les effets des réseaux sociaux, des téléphones portables et d’autres technologies sur les jeunes et les enfants en bas âge sont également importants à contrôler.
Ewa Kopacz, vice-présidente et coordinatrice du Parlement européen pour les droits de l’enfant, également présente à la réunion de la sous-commission SANT, a expliqué que les jeunes disposent souvent d’idées pour améliorer leur situation et accéder à un soutien psychologique.
« Écoutons nos enfants. Essayons de trouver des solutions en coopération avec eux, car ils nous disent souvent directement qu’ils ont besoin de notre soutien pour faire face au monde qui les entoure », a-t-elle indiqué.
Dans sa communication sur la santé mentale, la Commission européenne reconnaît la nécessité d’aborder la question de la santé mentale des jeunes « pour éviter que cette génération ne soit marquée à jamais ».
Le texte, présenté le 7 juin, vise à intégrer la santé mentale dans toutes les politiques, de l’éducation à l’environnement en passant par l’emploi et le monde numérique. L’objectif sera atteint grâce à 20 initiatives phares, soutenues par différents instruments financiers, pour un total de 1,23 milliard d’euros.
Pour 2024, la Commission entend contribuer à la mise en place d’un réseau pour la santé mentale des enfants et des jeunes et à l’élaboration d’une boîte à outils de prévention.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]