Les libéraux détiennent la clé de la prochaine majorité au Parlement européen

Former une majorité stable au Parlement européen après les élections de 2024 sera une équation difficile, et les libéraux de l’UE devraient jouer les faiseurs de rois, mais cela ne sera toujours pas suffisant pour combattre la popularité croissante de la droite, selon un nouveau sondage.

/ EURACTIV.com avec Europe Elects
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Le groupe libéral de centre Renew Europe devrait quant à lui remporter 87 sièges, soit 14 de moins qu’actuellement. En effet, le groupe d’Emmanuel Macron est en tête dans les sondages seulement en Estonie, au Danemark et en République tchèque. [Shutterstock/Daniel Jedzura]

Former une majorité stable au Parlement européen après les élections de 2024 sera une équation difficile, et les libéraux de l’UE devraient jouer les faiseurs de rois. Or, cela ne sera toujours pas suffisant pour combattre la popularité croissante de la droite, selon un nouveau sondage publié par Europe Elects, partenaire d’EURACTIV.

La dernière projection montre que le soutien à l’extrême droite et au bloc de droite au Parlement européen a augmenté un an avant les élections.

Si l’on tient compte des sondages nationaux, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit resterait la plus grande force au niveau de l’UE, remportant 161 sièges, soit 16 sièges de moins que ceux qu’il détient actuellement.

Le PPE remporterait le plus grand nombre de voix en Allemagne, en Bulgarie, à Chypre, en Croatie, en Espagne, en Finlande, en Lettonie, au Luxembourg, au Portugal et en Slovénie. Soit dans dix États membres au total.

Les sociaux-démocrates (S&D) obtiendraient environ 142 sièges, ce qui correspond à peu près à leurs 143 sièges actuels.

Ils sont en tête en Belgique, en Lituanie, à Malte, en Roumanie, en Slovaquie et en Suède, soit dans six États membres.

Le groupe libéral de centre Renew Europe devrait quant à lui remporter 87 sièges, soit 14 de moins qu’actuellement. En effet, le groupe d’Emmanuel Macron est en tête dans les sondages seulement en Estonie, au Danemark et en République tchèque. En France, il se bat pour la deuxième ou la troisième position selon les configurations (autour de 20 %).

Giorgia Meloni dope CRE

À droite de l’échiquier politique, le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) pourrait progresser de 66 à 83 sièges, selon ces projections. Quelque 28 sièges devraient provenir du parti Frères d’Italie (FdI) de Giorgia Meloni en Italie et 19 du parti gouvernemental polonais Droit et Justice (PiS).

Le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) devrait obtenir 69 sièges, soit un peu plus qu’il n’en détient actuellement (62).

Dix-neuf de ces sièges proviendraient du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), ce qui remettrait en cause le statut prédominant du Rassemblement national de Marine Le Pen en France, qui devrait remporter 22 sièges.

ID est en tête des sondages en Autriche et en France.

Les Non-Inscrits devraient remporter 53 sièges (+6). Le parti hongrois Fidesz, du Premier ministre Viktor Orban, qui s’associe aux Non-Inscrits, devrait arriver en tête.

Les Non-Inscrits sont un groupe diversifié qui comprend des partis de gauche et d’extrême droite qui ont choisi de ne pas siéger au sein d’un groupe formel.

Le camp de la gauche

La Gauche au Parlement européen devrait remporter 50 sièges (+13) et la plupart des voix en Irlande, alors que le groupe des Verts/ALE devrait remporter 48 sièges (-24).

Toutefois, la Gauche obtient généralement de moins bons résultats lors des élections européennes, tandis que les Verts parviennent mieux à mobiliser leur électorat, ce qui pourrait signifier que ces écarts pourraient se réduire à l’approche de la campagne électorale.

Le Mouvement agriculteur-citoyen remporterait le plus grand nombre de voix aux Pays-Bas, mais on ne sait pas exactement à quel groupe ce parti national se joindrait.

Une coalition stable devient un rêve lointain

La majorité requise dans la prochaine Assemblée de l’UE est de 353 sièges. Selon le sondage, le PPE, le S&D et Renew continueraient à détenir 390 sièges au total et seraient en mesure d’atteindre la majorité.

Toutefois, les équilibres politiques ont changé puisque le PPE — du moins en période préélectorale — a montré un virage vers CRE.

Lors d’un entretien exclusif avec EURACTIV, la présidente de S&D, Iratxe García Pérez, a déclaré que la collaboration avec le PPE n’était plus possible car il avait « franchi la ligne rouge » en votant avec CRE.

La direction du PPE semble favoriser un partenariat avec CRE, surtout après la victoire de Giorgia Meloni aux élections italiennes.

Le même scénario s’applique actuellement à l’Espagne après les récentes élections régionales, où le Partido Popular (PPE) a formé plusieurs gouvernements de coalition avec Vox, membre de CRE. La presse espagnole laisse entendre qu’un pacte PP-Vox est également en cours avant les élections nationales du 23 juillet.

Compte tenu des équilibres politiques actuels, les 87 sièges de Renew seront cruciaux pour former une majorité dans la prochaine Assemblée de l’UE, car le camp progressiste et une coalition de droite en auront tous deux besoin.

Mais cela ne suffira pas pour obtenir une majorité absolue de 353 sièges, et des voix supplémentaires seront nécessaires. Toutes les forces démocratiques ont exclu toute collaboration avec l’extrême droite.

Le PPE et CRE disposent ensemble de 244 sièges, tandis que les « progressistes » (S&D, Verts, Gauche de l’UE) pourraient en obtenir 240.

Si Renew rejoint l’alliance PPE-CRE — ce que le groupe libéral a totalement exclu en raison de la présence de CRE — une majorité de 331 sièges pourrait être formée.

En revanche, si Renew conclut un accord avec les « progressistes », ils pourraient tous obtenir 327 sièges. Cependant, certains partis membres de la gauche de l’UE sont extrêmes et difficiles à gérer.

D’après les chiffres électoraux actuels, des voix supplémentaires seront nécessaires dans les deux scénarios, et il n’est pas exclu qu’une majorité stable ne soit qu’un rêve lointain.

Les factions libérales et de la droite traditionnelle du PPE joueront également un rôle crucial — principalement les partis de la droite nordique et allemande — qui s’opposent à la collaboration avec les conservateurs de CRE et voient d’un œil de plus en plus négatif ce flirt croissant.

Lire le rapport complet ici.