Les marchés du carbone mettent le cap à l'Est

Si les prix du carbone restent modestes, sa tarification gagne du terrain, notamment en Asie, qui sera d'ici un an le théâtre principal des marchés du carbone.

EURACTIV.fr
Taiwan a l’intention de mettre en place un marché du carbone
Taiwan a l'intention de mettre en place un marché du carbone

Si les prix du carbone restent modestes, sa tarification gagne du terrain, notamment en Asie, qui sera d’ici un an le théâtre principal des marchés du carbone.

C’est une des grandes nouveautés de la COP21. Le marché du carbone n’est plus une coquetterie européenne, mais une solution de plus en plus répandue dans le monde pour gérer la réduction des émissions de CO2. En revanche, les niveaux de prix restent insuffisants, comme le montre une étude de l’OCDE publiée le 7 décembre.

Les prix effectifs du CO2 dans 41 pays de l’OCDE et les pays du G20 montrent que 90 % des émissions de CO2 liées à l’énergie ont un prix inférieur à 30 euros par tonne. Or ce niveau de 30 euros serait, selon l’OCDE, le prix plancher par rapport aux dommages qu’une tonne de CO2 inflige.

« Le prix du CO2 est directement fonction de l’ambition. Si l’ambition n’est pas là, ou dépend d’un football partisan, on aura forcément des problèmes », prévient Rachel Kyte, envoyée spéciale sur le climat de la Banque mondiale.

Aujourd’hui, 60 % des émissions globales ne sont encore soumises à aucune tarification carbone, qu’il s’agisse de taxe ou de marché. La moitié des contributions nationales soumises par les 195 parties de la COP21 fait pourtant référence à un prix du carbone, souvent prévu dans un futur proche.

Satisfaction générale, malgré les problèmes

Une alerte qui tranche avec la satisfaction apparente reflétée à la COP21 par de nombreux acteurs du marché du carbone, qui rêvent d’un nouveau printemps après un long hiver pour la plupart des marchés.

En Europe, l’abondance de quotas a eu raison des prix, passés d’un pic de 30 euros à quelques euros seulement en 2014. La tonne coûte actuellement 9 euros, un prix qui reste ridicule. Mais malgré ses déboires, le marché européen a fait des émules.

>>Lire:La COP 21 s’apprête à saborder 10 ans de finance climat

En début de COP, Hollande et Merkel avaient d’ailleurs appelé le monde à donner un prix au carbone, tout en défendant le marché crée par les Européens il y a de cela 10 ans.

« Le marché du carbone souffre du fait que nous avons différents mécanismes, différentes taxes, et que nous n’ayons pas inclus toutes les industries. Mais il existe, même si nous sommes un peu seuls», avait indiqué la chancelière.

La solitude du marché européen sera bientôt un mauvais souvenir.

A l’Est, toute

Des marchés existent actuellement aux États-Unis, au Canada, en Corée du Sud, en Chine en plus du marché européen, qui reste le plus gros. Mais les autres progressent très rapidement : les marchés du carbone seront surtout asiatiques d’ici 2017.

À cette date, le marché chinois sera en effet généralisé du jour au lendemain à l’ensemble du territoire et représentera alors deux fois la taille du marché du carbone européen.

Pour la Chine, lancer des marchés du carbone fut avant tout un investissement pour l’avenir.

« Les 7 pilotes de marches du carbone permettent de transformer petit à petit l’économie, et de créer des emplois », assure le Dr Qimin Chai, du centre national contre le changement climatique chinois. Le prix de la tonne de CO2 en Chine est passé de 60 à 100 yuan, soit 14 euros par tonne, en raison de l’effondrement des prix du charbon qui a motivé les électriciens à avoir recours au carburant le plus émetteur de gaz à effet de serre, qui nécessite de gros achats de quotas de CO2.

Selon Jeff Swartz, de l’IETA, le marché chinois a été mûrement réfléchi, et représente « la volonté du gouvernement chinois de faire émerger un vrai prix de marché ». Selon lui, le fait que la Chine ait été partie prenante du Mécanisme de Développement Propre (MDP) durant le protocole de Kyoto a nettement facilité l’intégration du mécanisme dans l’économie chinoise.

Projet de Taiwan

À Taiwan, où un projet de mise en place de marché du CO2 a vu le jour, les conditions de réussite d’un marché efficace ont déjà été mûrement étudiées. Malgré sa petite taille, l’ïle est le 31ème émetteur de CO2 de la planète, et dépend à 98 % de l’énergie qu’elle importe.

Un contexte dans lequel réduire les émissions s’avère complexe. Dans un premier temps, le pays qui n’est pas membre de l’UNFCCC prévoit de réduire ses émissions de CO2 en ayant recours à des crédits issus du Mécanisme de Développement Propre, notamment en Afrique.

Mais à terme, c’est un vrai marché du carbone que le pays veut mettre en place. Taiwan a déposé une « contribution nationale volontaire » avant la COP21, sans que rien ne l’y oblige puisqu’elle n’est pas partie à la conférence. Le pays souhaite réduire de 50 % ses émissions de CO2 d’ici 2050, par rapport à 2005. « Nous nous concentrons sur la coopération internationale pour développer ce marché, » assure la directrice de l’agence de l’environnement taiwanaise, le Dr Hui-Chen Chien.

À terme, la clé de ces marches reposera sans doute sur le fait qu’ils soient liés les uns aux autres : la Corée du Sud a d’ailleurs inscrit dans sa contribution volontaire son souhait d’ouvrir son marché à d’autres systèmes d’échanges de quotas, ce qui devrait se faire avec la Chine.