Les marchés toujours dans la tourmente
Les dirigeants politiques ne sont pas parvenus à empêcher une dégringolade des bourses qui a pris plus d'ampleur hier (8 août), alors que les investisseurs doutent que l'Europe et les Etats-Unis puissent maîtriser rapidement leurs budgets et craignent une double récession.
Les dirigeants politiques ne sont pas parvenus à empêcher une dégringolade des bourses qui a pris plus d'ampleur hier (8 août), alors que les investisseurs doutent que l'Europe et les Etats-Unis puissent maîtriser rapidement leurs budgets et craignent une double récession.
La Banque centrale européenne est intervenue sur les marchés pour acheter de la dette italienne et espagnole et tisser un filet de protection pour la troisième et quatrième économies de la zone euro. Des différends persistent toutefois en Europe concernant un plan de sauvetage à long terme.
Aux Etats-Unis, le président Barack Obama a demandé que des mesures soient prises dans l'urgence pour réduire le déficit budgétaire américain, mais sa proposition concernant une hausse d'impôts a été rapidement rejetée par les républicains.
La promesse dimanche des ministres des finances du G7 et des Banques centrales d'apporter leur aide pour apaiser les marchés n'a apporté que peu de soulagement.
La confiance des investisseurs a notamment été minée par la dégradation de la note de la dette souveraine américaine par Standard & Poor's vendredi. Cette nouvelle a accentué les craintes que la combinaison de la crise de la zone euro et la faiblesse de l'économie des Etats-Unis n'entraîne une double récession.
« Les gens se demandent si l'économie peut encore croître avec tout ce qu'il se passe », a expliqué John Carey, directeur de portefeuille chez Pioneer Investment Management à Boston, qui a 260 milliards de dollars à gérer.
Le fait que, des deux côtés de l'Atlantique, les obstacles politiques à une réforme budgétaire rapide soient énormes et que les options monétaires soient si limitées a accentué le pessimisme.
L'aggravation des problèmes sur les marchés met la Réserve fédérale américaine sous pression pour qu'elle annonce, lors de sa réunion hebdomadaire de mardi, de nouvelles mesures pour soutenir l'économie.
« Il serait décevant que la Fed ne fasse rien à ce stade », ont déclaré les analystes de JP Morgan.
Récession
Les bourses ont perdu quelque 3800 milliards de dollars au cours de ces huit derniers jours dans le monde et les investisseurs se ruent sur le franc suisse, le yen japonais et l'or, les valeurs refuges. Aux Etats-Unis, les craintes d'une récession s'accentuent. Goldman Sachs estimait qu'il y avait une chance sur trois pour que l'économie entre en récession la semaine dernière, avant l'effondrement.
« Ce changement radical sur les marchés assombrit les perspectives économiques pour les six prochains mois », a affirmé Carl Riccadonna, économiste en chef pour la Deutsche Bank à New York. « Nous dirions qu'il y a environ 40 pour cent de chances qu'il y ait une récession, alors qu'il y a deux semaines, il n'y avait que 10 pour cent de chances ».
Les ministres des finances du G7 ont déclaré dimanche qu'ils étaient prêts à injecter des liquidités si nécessaire, qu'ils se consultaient régulièrement et qu'ils pourraient coopérer pour calmer la volatilité du marché des changes.
Il fut particulièrement inquiétant d'assister à une chute de 20 pour cent des titres de la Bank of America, la plus grande banque américaine. AIG a décidé de la poursuivre, réclamant 10 milliards de dollars, dans la mesure où AIG estime avoir été induit en erreur par la banque à propos de valeurs mobilières adossées à des crédits hypothécaires, ce qui a occasionné des pertes. La banque a perdu près d'un tiers de sa valeur sur les marchés en trois jours.
La BCE à la rescousse
Du côté politique, M. Obama a déclaré qu'il espérait que le fait que Standard & Poor's ait dégradé la note américaine apporterait de l'eau au moulin des plans de réduction budgétaire.
M. Obama a réclamé une hausse des impôts et une réduction des fonds alloués aux programmes d'aide sociale afin de contribuer à une réduction du déficit de 1500 milliards de dollars que présentera un comité spécial fin novembre. Toutefois, le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, a de nouveau rejeté cette idée, affirmant qu'une hausse des impôts était « simplement une mauvaise approche ».
M. Obama s'est également entretenu avec le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, et le président espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, saluant les mesures prises par leur gouvernement pour lutter contre les troubles sur les marchés en Europe.
Les traders ont estimé que la BCE avait acheté environ 2 milliards d'euros de papier italien et espagnol après avoir décidé dimanche d'élargir la portée de son programme de rachat d'obligation pour la première fois afin d'aider les pays méditerranéens. Les rendements italiens et espagnols ont considérablement diminué.
« L'intervention de la Banque centrale européenne ce matin semble avoir fonctionné », a affirmé le ministre irlandais des finances, Michael Noonan, à la radio publique RTE.
« La semaine dernière, le risque était que le rendement obligataire en Italie dépasse les 7,0 pour cent et qu'elle doive demander un renflouement. Les rendements ont chuté de près d'un pour cent ce matin, donc ils ne risquent plus en renflouement à présent ».
Néanmoins, les CDS (« credit default swaps ») à cinq ans sur la dette française se sont envolés à 160 points de base, un niveau sans précédent, alors que la dégradation de la note américaine suscite de plus en plus de questions quant à savoir combien de temps les autres pays AAA, comme la France, pourront maintenir leur note.
La décision de la BCE n'est toutefois considérée que comme une solution temporaire étant donné l'ampleur du marché obligataire italien, à savoir 1600 milliards de dollars. Les bourses européennes ont chuté à leur plus bas niveau en près de deux ans : le DAX allemand a fini en baisse de 5 pour cent. Les marchés doutent en effet de la capacité des gouvernements à gérer la crise de la dette dans la zone euro et son impact sur la croissance économique.
Un renflouement de l'Italie accablerait littéralement le fonds de sauvetage de l'Europe. L'Allemagne a toujours refusé d'augmenter sa capacité jusqu'à présent, mais le ministre français des finances, François Baroin, a déclaré : « L'enveloppe est établie à 440 milliards et nous avons déjà dit que s'il fallait aller plus loin, nous irions plus loin ».
EURACTIV avec Reuters —Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet