Les marchés : une nouvelle régulation agricole?

Certaines garanties pour les agriculteurs étant sur le point de disparaître, les marchés à terme peuvent constituer une nouvelle forme de régulation, estiment des professionnels du secteur.

EURACTIV.fr
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Certaines garanties pour les agriculteurs étant sur le point de disparaître, les marchés à terme peuvent constituer une nouvelle forme de régulation, estiment des professionnels du secteur.

«La réforme de la politique agricole commune nous a transformé en spéculateurs.» L’homme qui parle est agriculteur. Mais Renaud de Kerpoisson est aussi président d’Offre et demande agricole (ODA), une agence de conseil de «management et maîtrise des risques commerciaux agricoles». Au cours d’un débat organisé par l’Association française des journalistes agricoles, il a présenté les marchés boursiers comme l’un des outils à la disposition des producteurs pour se protéger de la fluctuation des prix. 

«Puisque Bruxelles ne veut pas revenir vers plus de garanties données à l’agriculteur, je ne vois pas comment nous couvrir des fluctuations, si ce n’est en utilisant les marchés à terme», a-t-il affirmé. 

Dans le domaine agricole, ce type de marchés désigne les places financières où s’échangent des contrats garantissant à l’avance le prix d’un produit. En France, il existe par exemple un marché à terme pour le maïs, le colza ou l’orge de brasserie. Un producteur peut ainsi vendre, plus d’un an avant de la récolter, la production de céréales qu’il s’apprête à semer. Interdits de 1936 à 1993, ces marchés ont été réintroduits en France en 1994.

Chaque jour, 800 000 tonnes de blé sont ainsi échangés sur les marchés français. Soit environ le quart du volume qui circule à la bourse de Chicago, la référence en la matière.

Opaque

Reste que ce marché demeure relativement opaque. En France, contrairement aux États-Unis, il est pour l’instant impossible de déterminer qui sont les investisseurs qui achètent ou vendent les contrats à terme. On ne peut donc savoir, par exemple, si les acheteurs exercent une activité réelle dans le secteur agricole, ou s’il s’agit de spéculateurs. Une procédure pour accroître la transparence devrait entrer en vigueur prochainement.

Pour le porte-parole de la Confédération paysanne, Régis Hochard, ce sont précisément ces «acteurs financiers» qui posent problème. Pire, ce syndicaliste soutient que ce mécanisme de marché à terme amplifie la volatilité des prix. «Ce système a totalement échappé aux producteurs-vendeurs et aux acheteurs-utilisateurs», affirme-t-il. 

Il dénonce surtout la présence de spéculateurs, qui jouent sur les prix, sans nécessairement prendre en compte la nature des produits échangés. «Tous les speculateurs veulent gagner de l’argent. Et on ne va pas leur en vouloir», affirme-t-il. Leur action lui fait craindre «une variation des prix spectaculaires» des denrées agricoles dans les temps à venir. «Les spéculateurs investissent sur les produits dont les prix augmentent. Et cela amplifie la volatilité.»

«Il est normal que les gens veuillent se couvrir!», poursuit Régis Hochard, qui regrette la disparition progressive du stockage public. Ce processus consiste, pour les autorités publiques, à se porter acquéreurs des produits agricoles afin de faire remonter artificiellement les prix.

Poudre de lait

«On peut aussi voir le spéculateur comme un apporteur de liquidités», objecte le chef de produits matières premières de NYSE Euronext, Lionel Porte. De plus, ajoute Renaud de Kerpoisson, les marchés à terme peuvent, certes, permettre aux agriculteurs de se prémunir de certains risques financiers, mais «ils ne sont pas fait pour empêcher les fluctuations des prix».

Euronext veut désormais dépasser le secteur des céréales. Le groupe mondial de place boursière a annoncé, à la mi-octobre, le lancement d’un marché à terme dédié à la poudre de lait. La disparition des quotas laitiers en Europe, prévue en 2015, laissera un vide important dans la filière. Avec ce système, les opérateurs boursiers entendent proposer aux producteurs et aux industriels une régulation d’un genre nouveau.

«Une fois encore, ça ne répond pas au problème», répond Régis Hochard. «La disparition des quotas va entraîner une volatilité des prix qui obligera les producteurs à se couvrir avec des marchés à terme», déplore-t-il.

A cela s’ajoute la complexité de ces marchés, qui peut dérouter les agriculteurs. Elle empêche la plupart d’entre eux d’utiliser ce type de transactions, et les oblige à passer par des organismes intermédiaires.