Les pour et contre de la relance du cycle de Doha [FR]
Les appels à la reprise des négociations sur la libéralisation des échanges se font de plus en plus pressants; pourtant une nouvelle réunion dont l'objectif est de relancer le cycle de Doha risque de nouveau d'être un échec.
Les appels à la reprise des négociations sur la libéralisation des échanges se font de plus en plus pressants; pourtant une nouvelle réunion dont l’objectif est de relancer le cycle de Doha risque de nouveau d’être un échec.
Le directeur de l’OMC, Pascal Lamy, considère que le cycle a échoué car « trop de négociateurs se sont concentrés sur les détails et en ont oublié le principal. » Selon lui, les pays doivent cesser de se préoccuper de leurs politiques nationales et élargir leur champ de vision.
Impact économique :
De nombreuses études ont tenté d’évaluer l’impact économique du cycle de Doha et sont parvenues à des résultats très différents.
Selon le Carnegie Institute, « tous les scénarios plausibles ne généreront que des gains modestes, le revenu mondial passant de 40 à 60 milliards de dollars, ce qui représente une hausse de moins de 0,2% du PNB mondial. »
Pour sa part, la Banque mondiale prévoit qu’une libéralisation des échanges cohérente par rapport à la Déclaration ministérielle de Hong Kong donnerait lieu à « des bénéfices globaux de l’ordre de 95 à 120 milliards de dollars par an. »
Néanmoins, les ONG opposées à l’OMC soulignent que même ce fervent partisan du cycle de Doha a revu à la baisse ses prévisions d’origine; en 2003, la Banque mondiale avait prévu une progression de 832 milliards de dollars par an de l’économie mondiale grâce à l’élimination totale des barrières commerciales, la majorité (539 milliards de dollars) allant aux pays en développement. En 2006, de nouvelles projections ont estimé les éventuels bénéfices totaux à seulement 287 milliards de dollars – soit seul un tiers des prévisions d’origine. De plus, les profits pour les pays en développement passaient à 90 milliards de dollars, soit une « perte » de plus de 80%.
Malgré les contradictions entre ces chiffres, même les plus fervents adversaires de l’OMC reconnaissent qu’un accord augmenterait les richesses économiques globales. Cependant, ils soulignent que ces bénéfices ne profiteraient pas à ceux qui en ont le plus besoin. Selon eux, les pays les plus pauvres seraient perdants, soit à cause de l’érosion des avantages dont ils jouissent sur les marchés des pays tiers ou de l’impact direct sur leurs propres secteurs agricole, industriel et des services.
Malgré cela, tout le monde reconnaît que renoncer à un accord mondial maintenant entraînerait des pertes pour tous.
Accès au marché :
- L’accord multilatéral récent sur l’accès aux marchés en franchise de droit et sans contingent pour les produits originaires des pays les moins avancés sera abandonné;
- les exportateurs agricoles ne profiteront pas des réductions des droits de douane les plus importantes que l’UE n’ait jamais offertes;
- l’Europe et les Etats-Unis perdront un nouvel accès aux marchés des économies émergentes comme la Chine et le Brésil pour leurs produits et services industriels exportés
Subventions ayant des effets de distortion des échanges :
Les Etats-Unis et l’UE pourront maintenir les subventions à leur production agricole, renforçant ainsi de manière artificielle leur compétitivité et entraînant de la surproduction et du dumping, dont les victimes sont les agriculteurs pauvres des pays en développement.
Crédibilité de l’OMC :
Cet échec pourrait sérieusement entamer la crédibilité du système de commerce international et de l’OMC en tant qu’institution. L’organe de règlement des différends, le seul organe supranational actuellement en mesure de délivrer des jugements obligatoires sur les conflits entre les pays, pourrait être ébranlé.
Retour du bilatéralisme :
Cet échec pourrait signifier le retour à un système d’accords bilatéraux et d’accords de libre-échange donnant l’avantage aux plus forts. La multiplication des règles commerciales et des tarifs douaniers pourrait alors entraîner des coûts de transaction plus élevés et nuire à l’environnement du commerce et des investissements.