Les Premiers ministres finlandais et suédois veulent protéger les forêts d’une règlementation excessive
Dans une lettre où ils invitent la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à visiter les forêts de leur pays, les Premiers ministres suédois et finlandais demandent à Bruxelles d’éviter de surcharger le secteur forestier à l’approche des élections.
Dans une lettre où ils invitent la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à visiter les forêts de leur pays, les Premiers ministres suédois et finlandais demandent à Bruxelles d’éviter de surcharger le secteur forestier à l’approche des élections.
Les forêts représentent 20 % des exportations finlandaise, tandis qu’un Suédois sur dix travaille dans le secteur forestier, ce qui fait de ce secteur un pilier central de l’économie des deux pays nordiques.
Les Premiers ministres finlandais et suédois, Petteri Orpo et Ulf Kristersson, ont tenu à porter cet élément à l’attention de la présidente de la Commission européenne dans une lettre envoyée le 4 octobre dernier.
L’alliance entre les deux dirigeants nordiques a été scellée en août, lorsque MM. Orpo et Kristersson ont convenu d’intensifier leur coopération dans des domaines d’intérêt commun.
Mais pourquoi les deux dirigeants, qui sont affiliés, comme Mme von der Leyen, au Parti populaire européen (PPE) de centre droit, ont-ils envoyé cette lettre ?
D’une part, ils veulent éviter que le secteur se retrouve surchargé. D’autre part, ils souhaitent s’assurer que la prochaine législature européenne prenne les intérêts nordiques, et donc le secteur forestier, en compte.
« Comme vous le savez bien, les forêts sont d’une grande importance économique, environnementale, culturelle et sociale pour la Finlande et la Suède, et elles sont donc un sujet qui suscite une attention politique considérable dans nos pays », peut-on lire dans la lettre des deux Premiers ministres.
Protéger le secteur d’une règlementation imposée par Bruxelles jugée excessive est donc une question politique de premier plan pour les deux pays.
« Nos forêts, la foresterie et ses chaînes de valeur subissent une forte pression règlementaire [provenant de l’UE en raison des législations] récemment négociées sur l’énergie, le climat et l’environnement », écrivent les deux chefs d’État.
« Il est important de prendre du temps, de se concentrer sur la mise en œuvre [de la législation existante] et d’analyser l’impact global de ces mesures sur les forêts », ajoutent-ils. « Les forêts sont mieux préservées grâce aux pratiques et au savoir-faire nationaux. »
Voilà qui semble clair : n’ajoutez pas à la pression règlementaire existante.
« Alors que la préparation de l’agenda stratégique des dirigeants de l’UE est sur le point de commencer et que l’Europe se dirige vers des élections, il est d’autant plus important de veiller à ce que les forêts fassent partie de la solution [pour la transition écologique], y compris à l’avenir », écrivent-ils encore.
La référence explicite aux élections de l’année prochaine est peut-être aussi un rappel pour Mme von der Leyen du fait qu’elle aura besoin du soutien de ses collègues du PPE si elle veut être reconduite pour un second mandat à la tête de l’exécutif.
« Nous sommes déterminés à trouver les meilleures solutions, non seulement pour la prochaine période législative, mais aussi pour les décennies à venir. Et nous voulons travailler avec vous pour y parvenir », est-il indiqué.
Surveillance des forêts
Une autre préoccupation, plus immédiate, se profile à l’horizon : la nouvelle législation sur la surveillance des forêts. Ce n’est pas un hasard si la lettre est datée du 4 octobre, alors qu’elle n’a été remise officiellement à la présidente de la Commission que deux jours plus tard.
La veille, le commissaire européen chargé du Pacte vert (Green Deal), Maroš Šefčovič, s’est engagé à présenter une loi européenne sur la surveillance des forêts d’ici décembre.
Le projet de loi, soutenu par les écologistes, vise à mettre en place « un cadre européen d’observation des forêts » offrant un accès ouvert à la condition et à la gestion des forêts de l’Union.
Les sylviculteurs craignent de nouvelles formalités administratives, une préoccupation partagée par les Premiers ministres finlandais et suédois, qui demandent à la présidente de la Commission de veiller à ce que les lois soient « claires, cohérentes et prévisibles », conformément au programme pour une meilleure règlementation de l’UE.
Les deux dirigeants invitent également Mme von der Leyen à se rendre en Suède ou en Finlande « pour discuter plus en détail de la manière dont nous pouvons utiliser au mieux le potentiel de nos forêts et de la foresterie ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]